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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 9/20

LINE UP

-Alex Brachet
(tout)

TRACKLIST

1)Stronger
2)Slave Utopia
3)Black Desires
4)Travel Day
5)Mr Slowfinger
6)Dance Of The Crazy Elves
7)Destiny
8)Prelude To Death
9)Hero’s Death
10)The Resurection
11)Maestro

DISCOGRAPHIE


Brachet, Alex - Experimental Fusion
(2006) - shred metal prog instrumental - Label : Autoproduction



«De l'audace, que diable ! De l'audace !». Voila en gros ce que l'on a envie de dire à Alex Brachet après avoir posé une oreille sur son Experimental Fusion. S'il est un mouvement musical underground qui comprend tout un ramassis d'artistes quasiment anonymes, c'est bien celui qui réunit ce que l'on nomme un peu abusivement les « guitar-heroes », ces genres de mutants dotés d'un super pouvoir, celui de maîtriser leur instrument à la perfection (ou peu s'en faut) et d'avoir envie de le faire savoir au monde entier. De là à privilégier l'épate stérile au sens de la mélodie, il n'y a qu'un pas que certains franchissent en toute connaissance de cause et sans vergogne, et d'autres qui ne se rendent compte que trop tard qu'ils sont passés du côté obscur de la mélodie.

Alex Brachet est un cas hybride. Bi-instrumentiste, à l'instar de Bob Katsionis (ex-Nightfall), Alex exerce son talent sur la six-cordes et le synthé. Aux racines classiques (le sieur a fait un conservatoire Marseillais et est concertiste au piano) mais également jazz et bien sûr rock-prog, Alex possède une indéniable maîtrise de ses instruments. Il est toujours impressionnant de considérer quelqu'un pour qui jouer une nocturne de Chopin semble aussi aisé que d'aligner des plans de tappings diaboliques sur le manche de sa six-cordes. Bref, Alex débarque donc dans le joyeux univers du metal prog instrumental avec beaucoup de dextérité et son premier album Experimental Fusion, qui mine de rien porte assez bien son nom. Autoproduction quasi-intégrale, Alex y assure, outre bien évidemment le synthé et la guitare, la programmation de la basse et de la batterie.

Je vois d'ici les esprits chagrins s'animer et s'armer de leurs remarques acerbes en se préparant à ranger ce CD dans la case « album démonstratif », ici même où ils ont rangé leurs CDs de Fransesco Fareri et de Rusty Cooley. Ne portons pas de jugement hâtif et posons une oreille attentive sur la chose. Déjà, on constate que la production maison est bien réussie. Le son est clair, la batterie sonne étonnamment bien pour une batterie synthétique, et la basse n'a que peu d'importance, d'où sans doute le choix de la synthétiser également (sauf sur un titre). C'est par un furieux duel de guitare/synthé qui rappelle vaguement le couple Petrucci-Rudess ou encore certaines oeuvres de Sherinian que débute l'album. Les sons de synthé font délicieusement kitsch et ne manqueront pas de faire sourire ceux qui jugent Rudess has-been quant à ses sonorités. L'oreille ainsi accrochée, l'auditeur se met à battre le rythme et se laisse entraîner par ce riff vaguement Satrianique, en se disant que si le reste est du même acabit, on est parti pour passer un moment agréable.

Vraiment ? Cassons le suspens avant que l'un d'entre vous nous fasse un infarctus : eh bien pas tout à fait. Je le disais dans l'introduction : mais où est l'audace ? Dans un style musical exploré par des dizaines de musiciens pros et des centaines d'amateurs plus ou moins talentueux, ce style où des ténors (citons Vai et Satriani, par exemple) ont imposé leur vue et où toute comparaison reste difficilement évitable, faire preuve d'originalité et de surprise est de plus en plus dur. Preuve en est faite avec cet Experimental Fusion : avec toute la bonne volonté du monde et un indéniable talent, Alex Brachet reste collé aux canons que l'on trouve dans une écrasante majorité d'albums rock/prog instrumentaux depuis Surfing With The Alien. Des patterns rythmiques répétitifs au possible sur lesquels sont brodés des soli pas toujours très inspirés ("Slave Utopia") ou des gros riffs rock/blues bien gras où la pentatonique est de rigueur ("Mr Slowfinger") en passant par les ballades sur fond d'arpèges déjà entendues des quintillions de fois ("Destiny" ou "Travel Day"), Alex Brachet enchaîne les clichés les uns après les autres.

Même sur le triptyque de fin, l'intensité dramatique apportée par cette variation d'un thème de Bach ("Prelude To Death"), puis par la voix féminine éthérée suivie d’un titre très heavy-mélodique ("Hero's Death") et enfin par ce moment de bravoure arpégé ("The Resurection") n'arrivent pas à faire totalement mouche, bien que l’on soit un cran au dessus du reste dans cette essai neo-classique. Le titre le plus accrocheur de cet album reste le très groovy "Dance Of The Crazy Elves" qui porte très bien son nom, libre adaptation (réussie) de Popper. C’est donc légèrement déçus par la teneur globale de cet album que l’on termine avec "Maestro", petite plage de conclusion à l'ambiance vaguement typée musique d’ascenseur.


Mais alors que manque t-il à ce Experimental Fusion pour passer du statut de « un album de plus » blasé à celui de « oh ben ça, alors, c’est bon » enjoué ? Eh bien de l’ambition et de l’audace, encore une fois. Le reste y est : le talent instrumental bien évidemment, mais surtout une indéniable bonne volonté et une passion que l’on perçoit au détour d’une descente de gamme supersonique ou d’un phrasé bien amené. Alors, oui, ça shred par endroit, mais heureusement, Alex Brachet est suffisamment subtil pour réfréner ses ardeurs et ne balance la sauce que lorsque cela est utile. On ne peut donc pas lui reprocher l’étalage démonstratif comme à beaucoup. À l’instar d’artistes comme Elias Viljanen ou Borislav Mitic, Alex Brachet pourrait, s’il s’en donne les moyens, devenir un des acteurs du renouveau guitaristique instrumental français, voire même européen.


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