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CHRONIQUE PAR ...

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Fly
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Billy Corgan
(chant+guitare+claviers)

-James Iha
(guitare+chant)

-D'Arcy Wretzky
(basse+chant)

-Jimmy Chamberlin
(batterie)

TRACKLIST

1)Cherub Rock
2)Quiet
3)Today
4)Hummer
5)Rocket
6)Disarm
7)Soma
8)Geek U.S.A.
9)Mayonaise
10)Spaceboy
11)Silverfuck
12)Sweet Sweet
13)Luna

DISCOGRAPHIE


Smashing Pumpkins (the) - Siamese Dream
(1993) - rock - Label : Reprise Records



Principal maître d’œuvre de la formation depuis ses débuts à l’orée des années 1990, Billy Corgan a toujours eu la réputation d’être un leader charismatique, certes, mais surtout tyrannique. Et si, pendant la période faste du groupe, on tentait de donner l’image d’un ensemble soudé et coopératif, la suite des choses (notamment la « reformation » du groupe sept ans après sa séparation) a prouvé plus que jamais que l’inspiration des Citrouilles jaillissait surtout du cerveau génial de leur chanteur.

Pourtant, dès la sortie de Siamese Dream, en 1993, les rumeurs veulent que l’album ait été en majeure partie enregistré par Corgan seul, accompagné de son fidèle batteur Jimmy Chamberlin, afin de garder un contrôle total sur le produit final. Cette situation particulière n’empêchera néanmoins pas le résultat d’être à la fois une réussite hors du commun et un succès totalement mérité. Ainsi donc, pour leur deuxième album, les Smashing Pumpkins décident de sortir l’artillerie lourde. Même si Gish était déjà une belle preuve de leur potentiel, l’album suivant est sans commune mesure, que ce soit en termes d’ambition, d’écriture ou de production. Butch Vig, déjà aux manettes de l’album précédent (et, accessoirement, de Nevermind, sorti la même année), peaufine jusqu’à l’extrême le son si particulier qui caractérise le groupe, un son ultra compressé, basé sur la superposition des pistes de guitare, d’une lourdeur et d’une puissance que ne renierait pas Black Sabbath (un des groupes fétiches de Corgan). De ce point de vue, les Smashing Pumpkins sont un groupe à part, un de ces groupes que l’on reconnaît dès les premières notes. Mais, bien évidemment, ils sont plus que ça.

Ils sont surtout l’un des groupes de rock alternatif les plus importants de la décennie, dont le relatif succès ne sera malheureusement pas totalement à la hauteur du talent. Et ils le prouvent hors de tout doute grâce à ce monumental Siamese Dream. C’est bien simple, cet album est une succession d’hymnes. La recette de base est fort simple : guitares vrombissantes, riffs dantesques et solos débridés, le tout servi sous la forme de morceaux tous plus saisissants les uns que les autres, sur lesquels se pose la voix unique de Billy Corgan, cette voix nasillarde et criarde qui rebutera plus d’un novice. Peut-être est-ce là LA pierre d’achoppement, l’élément qui a empêché le groupe d’être non pas simplement populaire, mais énorme. Cette voix, qui est pourtant l’âme du groupe, serait donc aussi son pire ennemi? Car en dehors de cet aspect facilement repoussant, absolument tout dans la musique du groupe est à même de plaire aux amateurs de rock. L’enchaînement des trois premiers titres devrait suffire à mettre à genoux les plus réticents, que ce soit l’intro mythique de "Cherub Rock", le solo démentiel de "Quiet" ou le tubesque "Today". Et pourtant, le meilleur reste à venir.

Première pièce d’anthologie, "Hummer" est un peu la quintessence du groupe : intro trafiquée, montée en puissance, refrain entêtant et solo qui colle la chair de poule, avant que le morceau ne s’enfonce progressivement dans une outro tranquille et délicieuse. "Disarm", l’autre tube de l’album, acoustique cette fois-ci, permet de reprendre son souffle avant le clou de l’album, le fabuleux "Soma". Le morceau reprend l’approche adoptée sur "Hummer", mais à l’inverse : à la première partie toute en douceur succède une deuxième partie ahurissante de puissance, qui se conclut par un solo à la fois totalement barge (ça déborde de fuzz) et pourtant parfaitement maîtrisé. À pleurer. La suite de l’album, entrecoupée de morceaux tantôt rock ("Geek USA", "Mayonaise"), tantôt acoustique ("Spaceboy", "Sweet Sweet"), vaut surtout pour sa troisième tuerie, j’ai nommé l’immense "Silverfuck". Avec un titre comme ça, on pouvait s’attendre à tout et on est servis! Ce long morceau de près de neuf minutes témoigne encore une fois de toute la dichotomie dont était capable le groupe, faisant se succéder une première partie ravageuse (ce riff!), un long pont quasi minimaliste et une explosion finale à décorner les bœufs. Une réussite totale.


Siamese Dream est donc un triomphe, rien de moins. Une des pierres angulaires du rock américain des années 1990, et l’album de la renommée pour le groupe. Difficile d’imaginer qu’à peine deux ans plus tard, Corgan et sa bande pousseront l’audace jusqu’à son paroxysme et largueront à la face du monde le gigantesque Mellon Collie & The Infinite Sadness. La suite sera moins glorieuse (ou plutôt, moins couronnée de succès) et l’étoile des Citrouilles pâlira, pour ne jamais retrouver le même éclat. Le plus étrange dans l’histoire restera tout de même le mépris qu’afficheront beaucoup de critiques, toujours plus prompts à porter aux nues d’autres contemporains comme Nirvana ou Radiohead. Une injustice que ne méritait pas ce groupe bien plus important que ce que l’histoire retiendra. Dommage.


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