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CHRONIQUE PAR ...

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Minddrop
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Billy Corgan
(chant+guitare+claviers)

-James Iha
(guitare+chant)

-D'Arcy Wretzky
(basse+chant)

-Jimmy Chamberlin
(batterie)

TRACKLIST

CD 1 : Dawn To Dusk
1)Mellon Collie & the Infinite Sadness
2)Tonight, Tonight
3)Jellybelly
4)Zero
5)Here Is No Why
6)Bullet With Butterfly Wings
7)To Forgive
8)An Ode to No One
9)Love
10)Cupid de Locke
11)Galapogos
12)Muzzle
13)Porcelina of the Vast Oceans
14)Take Me Down

CD 2 : Twighlight To Starlight
1)Where Boys Fear to Tread
2)Bodies
3)Thirty-Three
4)In the Arms of Sleep
5)1979
6)Tales of a Scorched Earth
7)Thru the Eyes of Ruby
8)Stumbleine
9)X.Y.U.
10)We Only Come Out at Night
11)Beautiful
12)Lily (My One & Only)
13)By Starlight
14)Farewell & Goodnight

DISCOGRAPHIE


Smashing Pumpkins (the) - Mellon Collie & The Infinite Sadness
(1995) - rock - Label : Reprise Records



Il était une fois un gentil monsieur qui décide un beau jour de créer un super groupe trop top!!!! Avec tous ses amis, youpi... ils décident d’appeler ce groupe de rock « les citrouilles écrasées »... Et voilà, la première claque... on entend presque un vinyle grincer.... ouais, le décor est mal planté là.... Il faut alors se mettre dans un contexte un peu plus métal, un peu plus morbide. Comme si la mort symbolisait l’aspect périssable, impermanent de l’existence mais aussi de la révélation. Les Smashing Pumpkins, de leur vrai nom, imposent un style bien à eux. Un peu crache, super sensuel. On parle alors de la référence rock 90’s.

1987, à Chicago quatre potes vont former le groupe qui fera couler beaucoup d’encre... The Smashing Pumpkins! Billy Corgan, simple vendeur de disque; D’Arcy, serveuse; James Iha, étudiant et Jimmy Chamberlin forment une équipe au complet qui en veulent. D’ailleurs c’est simple, ils veulent de tout : rock et drogue. On n’est pas dans un monde tout rose... Et puis, Billy le fait ressentir assez rapidement dans ses compos. Ils se sont fait une petite place avec un style rock divers... mais à quel prix? Le groupe est presque mort-né. Avec Gish, premier album sorti en 1991, c’est le bide... face à Nevermind de Nirvana... tout s’explique. Les gens ont fait leur choix. Mais le groupe ne « s’écrase » pas pour autant.

1995, deuxième claque! C’est une résurrection après un album qui passe presque inaperçus (excepté pour les fidèles anti-commerciaux). Les Smashing Pumpkins nous offrent un cadeau dont nos oreilles ne souviennent encore : Mellon Collie & the Infinite Sadness. Un double CD qui nous hérisse le poil du début jusqu’à la fin. À la fois grave et poétique comme ces douceurs toutes tendres "Take Me Down" ou "To Forgive", qui sonne un peu Midnight Oil, ou encore "In the Arms of Sleep". Le groupe nous fait une belle leçon de morale avec leur histoire tragique en 1996. Jonathan Melvoin, clavier destiné au live, meurt d’une overdose. Jimmy, qui s’intéresse bien plus aux dernières nouveautés de substances illicites qu’au groupe, est viré... motif : « va faire ta cure de désintox! » Y’a pas plus clair.

1998, le groupe se perd. Ils exploitent un son moins... ou plus... bref, les vrais acharnés fans, ne veulent pas de cet album à la maison. Adore est le signe que le groupe se fragmente. Trois ans plus tard avec un nouvel album, les Smashing Pumpkins meurent. 2002, Billy revient avec un album et un nouveau groupe, Zwan, qui est, en fait, dans la continuité d’Adore.... la bonne blague... mais qui qui est à la batterie? Bah, Jimmy bien sur! Ça rappelle une pub, c’est pas du coca, ça n’a pas la couleur du coca, mais ça a le goût du coca... pffff . Au delà de ne nous prendre pour des imbéciles, ils ont réussi en une carrière si courte à laisser un monument du rock, une révélation. Mellon Collie & the Infinite Sadness est la plus belle chose qui soit venue au monde. C’est un très beau bébé monsieur. Rongé par la détresse, le tout sous la directive de la fluidité. Inspirations morbides et angoissées sont couchées sur les partitions.

Encore que... on sent une cassure dans le style. Le CD numéro 1, Dawn to Dusk est rythmé de grosses guitares en colère, saccadé de jolies ballades. Alors que le CD numéro 2, Twilight to Starlight, est bien plus représentatif d’une recherche réelle à exploser. Mais, lequel choisir? Cruel celui qui ose nous poser cette question! L’un et l’autre sont unis par une force bivalente propre aux Smashing Pumpkins. Ce n’est pas une division, ce n’est pas non plus une cassure distincte, c’est une forme de continuité dans leur monde. Un monde déjà fragilisé. Cet album est une référence rock.

Avec les morceaux les plus populaires comme "Tonight, Tonight", ou "Bullet With Butterfly Wings", ou bien "1979", les Smashing sont rentrés par la grande porte dans le monde sans pitié du rock. Même Bowie les a soutenus, reconnaissant alors en eux un vrai talent. Encore que Billy et David sont deux êtres à mille facettes. Les ambiguïtés que Bowie cultive ont été retrouvées et reconnues dans le style de Billy. On ne sait pas trop comment étiqueter leur son. De ce fait, malheur à ceux qui veulent se mesurer à ce jeu. Tantôt métal, parfois pop, presque goth, souvent progressif... non... ils ont un style à eux... Billy reconnaît avoir des influences à la Cure et du son rock 70’s. Mais peu importe, cet album est d’une créativité reconnue.

C’est avec un petit sourire sournois, sur un fond assez rose que les Smashing commencent à attaquer. Rien de très monstrueux en soi. Quelles notes de piano, une touche de violon en guise d’intro instrumentale. Une mélodie qui nous balade. Une balade à tendance dépressive. Ils nous prennent par la main, avec douceur, tendresse. Ils nous envoûtent, nous vampirisent. On reprend les violons, on monte juste un peu le son... un rythme à la batterie... et hop, nous voilà avec le morceau qui nous rappelle tant de souvenir : "Tonight, Tonight". Avec cette chanson, alors on sait pourquoi ce groupe avait tout pour grandir... L’emprunte vocale de Billy, qui s’est posé, s’est calmé... plus sensuel, que ses albums précédents; il nous caresse et nous pénètre de façon étrange. Un monstre venu de ce monde des légendes, genre le fils du père Fouettard. Incarnation, progéniture de « La Belle et la Bête ». Il en joue... on ferme les yeux, on est dedans pour de bon.

Au fait, ce qui permet de ressentir le son sous toutes ses formes, c’est la batterie. Je l’avoue, jusqu’aux Smashing, à mes oreilles, la batterie ne jouait pas un rôle aussi déterminant que maintenant. On misait sur les jeux prépondérants de gratte, mais là, ici, la batterie enrobe tout le son. Bien plus qu’une boîte à rythmes, c’est un élément qui prend toute sa place. Sans forcément faire de l’ombre sur le reste, elle est là. Mais ce qui d’autant plus beau, c’est de voir que le groupe s’harmonise de façon magique. "Zero"... c’est mon titre coup de cœur. L’ombre des B.O. de films d’horreur plane sur le son. Des riffs à en tomber... une voix qui ensorcelle. Un rythme qui nous projette dans un monde bien rock métal. Chacun est dans son trip, et c’est un bonheur. Dans le même style, mon deuxième coup de cœur serait aussi "An Ode To No One"... encore que TOUT soit prodigieusement bon — l’objectivité restant bien sûr une valeur très fidèle.

En prenant en considération que la voix est un instrument, alors, chaque instrument se répond. Ce n’est pas un groupe qui se met en scène en solo. Ils sont comme les cinq doigts de la main. C’est une force non épurée. Ce n’est pas de politiquement correct... c’est le vrai son rock. Ces solos de grattes, ces riffs qui n’en finissent pas... ça fout la chair de poule. Une guitare d’ailleurs vraiment maîtrisée. Cette dernière qui semble sauvage est capable de faire de si belles choses en acoustique, accompagnée d’une voix chaude ("Stumbleine"). Rien que "Tales of a Scorched Earth", là pour le coup c’est du n’importe quoi harmonieux, c’est du Smashing vraiment en colère, c’est limite du Manson. Suivi d’une nouvelle douceur comme "Thru the Eyes of Ruby". Cette disposition, de jongler entre le coté bourrin et angélique du son, impose alors la grande dimension du groupe. On ne peut pas, ne pas s’imaginer, à quel point ils ont dû prendre leur pied à confectionner ce bijou sonore.

Encore un coup de cœur? Ce serait "Love". Un jeu avec les sons. Tout est si bien étudié et, en même temps, pourquoi ne pas croire juste un instant que ce n’est qu’une impro ? Afin que l’énergie passe, afin qu’on puisse nous aussi goûter à cet état jouissif, il faut que le groupe soit en osmose totale avec leurs instruments, avec ce qu’ils jouent. Et ce n’est qu’à partir de cette loi qu’on s’envole. Et on vole avec les Smashing. Plus on explore cet album, plus on est dans leur sphère. Un équilibre parfait entre leur chanson. Ils jouent presque aux montagnes russes.

Non, quoi? Vous avez la nausée? Ah bon, vous m’avez fait peur là... mais, oh, c’est ça le vrai son. C’est de nous surprendre encore et encore, et encore... Un coup ils s’énervent bien comme il faut, avec des grattes saturées, une batterie qui s’excite, proche de la crise cardiaque. Et puis la chanson d’après c’est presque une berceuse. Un moment très romantique, tout tendre tout plein, avec des fleurs partout, des oiseaux. Un joli piano, une voix posée, une guitare qui habille la douceur du moment. Un équilibre entre le noir et le blanc; entre la colère et la joie. Plutôt que de rester dans le mutisme, l’incarnation de chaque émotion est décortiquée sur cet album. Des émotions écoutées, analysées, recherchées. On finit même par s’approprier quelques chansons de façon si intime, qu’on croirait que Billy les a écrites en écoutant nos plaintes. C’est alors de la sensibilité tout en nuance. Des mesures à 2 ou 4 temps qui fissent par prendre leur envolée.

Inutile de présenter chaque musique, chaque chanson de l’album... elles sont toutes différentes. Toutes singulières... mais en même temps, elles ont un point en commun. Les textes subsistent philosophiques, morbides, touchants. Les larmes peuvent vite monter... Les images sont trop fortes peut-être. Ou alors, elles savent toucher dans notre cœur une carence quelconque qui remonte à la surface. En effet autant d’émotions en quelques lignes, le tout sublimé par les instruments, il n’en reste pas moins vrai que ce ne sont pas que des chansons, c’est un témoignage. En étant plus poétique que démago, les Smashing Pumpkins impressionnent...

Si la musique pouvait être une énergie comme une fumée de clope, plus consistante, alors elle serait toute bleue. Elle nous caresserait. Ferait des mouvements de va-et-vient dans le ciel, pour foncer tête baissée sur nous à toute vitesse. Et finirait alors par nous transpercer... cette énergie achèverait sa course dans nos tissus sanguins... pour se dissoudre dans notre cœur. On entendrait presque le son d’une harpe... et oui, on est tout simplement en train de planer sur "Cupid de Locke". Ou alors on est dans un autre monde. Un sourire ironique cette fois sur "Lily (My One & Only)". De la poésie à la Beatles non puritaine pour le coup. D’ailleurs, y’a comme un faux air au groupe des années 90 Won Ton Ton, avec leur chanson "Can I Come Near You", sur l’album Home.

Même la pochette de l’album comporte des références soit aux contes de la Fontaine, soit aux boites à biscuits de nos arrière-grands-mères. Ces dessins qui ont une portée de sagesse et de souvenir fabriquent alors au groupe une envie de vomir. Toute la symbolique des dessins, l’histoire qui s’en dégage, montrent une grande naïveté juvénile. Éléments dubitatifs que le groupe semble rejeter en bloc. Ou peut-être que c’est ce qu’ils recherchent tout compte fait... un bien être simple que seul les enfants connaissent, préservé par leur innocence! Le groupe impose des ambiances particulières, uniques.


Lors d’une interview, Billy disait lui-même dans les grandes lignes que cet opéra rock, lui permettait d’exorciser ses propres démons. Pile, c’est le visage qui sourit, face, c’est le visage qui pleure. Pile, c’est le coté crache, face, c’est le coté plus mélancolique. Pile, c’est le coté rose, face, c’est le coté plus sombre. Plus on apprivoise l’album, plus nous sommes tentés de croire que ces chansons sont le reflet d’un miroir. Quelques chemins poétiques pour déterrer la tendresse. Un cycle qui tout compte fait ne prend pas fin puisque la dernière chanson de l’album Twilight To Starlight se finit sur une ballade avec un piano omniprésent; un air reconnu dans l’intro de Dawn To Dusk. Très bel album qui suscite encore une grande admiration.


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