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CHRONIQUE PAR ...

24
Crafty
Cette chronique a été mise en ligne le 23 octobre 2007
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Thom Yorke
(chant+piano)

-Jonny Greenwood
(guitare+programmation)

-Ed O'Brien
(guitare+claviers)

-Colin Greenwood
(basse)

-Phil Selway
(batterie)

TRACKLIST

1)15 Step
2)Bodysnatchers
3)Nude
4)Weird Fishes/Arpeggi
5)All I Need
6)Faust Arp
7)Reckoner
8)House of Cards
9)Jigsaw Falling into Place
10)Videotape

DISCOGRAPHIE

OK Computer (1997)
Kid A (2000)
Amnesiac (2001)
There There (EP) (2003)
Hail to the Thief (2003)
In Rainbows (2007)

Radiohead - In Rainbows
(2007) - rock electro - Label : Autoproduction



S’il y a bien un domaine dans lequel Radiohead excelle, c'est bien sûr l'entretien de son mystère. Adulés par les critiques, vénérés par la sphère Internet, c'est tout logiquement sur cette dernière qu'ils ont décidé de frapper un grand coup. Alors que les rumeurs sur le successeur de Hail to the Thief se multipliaient (on l'imaginait sortir aux alentours d'avril 2008, voire en même temps qu'un certain album parlant de démocratie chinoise...), en ce 1er octobre un coup de massue tombe sur le monde de la musique : il reste moins de 10 jours avant l'arrivée du prochain opus du combo d'Oxford. Pour rajouter à ce séisme une dimension plus idéologique, l'album sortira dans un premier temps en téléchargement uniquement et au prix que l'internaute voudra bien débourser. L'effet de l'annonce est immédiat : une véritable avalanche médiatique, et on voit déjà les premiers journaux crier au génie.

Au delà du buzz médiatique, des précisions s'imposent. L'album aurait pu sortir il y a déjà plus d'un an. Les chansons ont été maintes fois répétées en live (à l’instar d’un Dark Side Of The Moon de Pink Floyd), la plus récente étant "All I Need", jouée fin juin 2006. "Nude" date même de la tournée OK Computer ! Des chansons de dix ans d'âge... On a de quoi être sceptique. Pire encore, la plupart (pour ne pas dire l'intégralité) de ces chansons circulent depuis longtemps en vidéo sur des sites de partage. In Rainbows pourra se vanter d'être le premier album étiqueté Web 2.0 sorti par un groupe majeur. La crainte de voir une compile de faces B s'est faite ressentir à l'annonce de la tracklist. Crainte somme toute assez légitime, même le CD bonus (à paraître) est fait de la même façon. Pour leur défense, on peut aisément dire que moins de 10% des gens qui écouteront In Rainbows auront entendu les versions de mauvaise qualité circulant sur la toile. Et quand bien même, la question était de savoir ce que donneraient ces titres une fois le maître Nigel Godrich passé par là.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que comme d'habitude, rien n'est laissé au hasard, dès "15 Step" on sent la patte Radiohead, par la voix de son leader Thom Yorke d'abord, puis par un beat entraînant et classieux. Une entrée en matière de cette qualité, on en voudrait plus souvent (quoiqu’ils puissent se vanter d’être doués dans ce domaine). Surtout quand vient "Bodysnatchers" et ses distorsions tout droit sorties de "The Bends", qu'il est bon de retrouver cette sensation, ces frissons, que l'on avait quittés sur un "There There" magnifique ou un "Myxamatosis" lourd. On ne les imaginait presque plus capables de sortir un titre de cette trempe, où Yorke chante comme si la fin du monde frappait à sa porte et où Jonny Greenwood nous met à genoux avec un riff noisy simple mais d'une efficacité à toute épreuve. C'est un peu comme retrouver un de ses meilleurs amis après une longue absence, un ami qu'on aurait un peu oublié...

"Big Ideas (Don't Get Any)", ça vous dit quelque chose ? Ce titre a été joué à maintes reprises après la sortie d'OK Computer, a changé de nom plusieurs fois, pour finalement s'appeler "Nude" une fois le contrat avec EMI rompu. Et c'est sous cette identité qu'il vient se greffer à In Rainbows. A vrai dire, on attendait plutôt qu'un tel morceau figure sur une compilation, sur un maxi ou un EP, le voir débarquer en troisième position ici, c'est comme revoir une connaissance dont on avait fini par oublier le nom, ça ne fait ni chaud ni froid, a fortiori après un sommet comme "Bodysnatchers"... Mais en fin de compte, on oublie vite tout ça : "Weird Fishes/Arpeggi", qui fera le bonheur de ceux qui penchent pour le côté fourmillement de détails propre au groupe. Des arpèges de guitares aussi délicatement placés tout le long du titre et enjolivés par la profondeur de Thom Yorke donnent au titre une dimension dramatique presque exceptionnelle. C'est devant un déluge de sonorités aussi subtiles et d'arrangements aussi déroutant qu'on se rend compte de l'importance de voir ces titres apparaître dans une version studio. Nigel Godrich sixième membre du groupe ? Sans doute autant que George Martin était le cinquième Beatles...

"All I Need", ou l'électro sous son meilleur jour. C'est une véritable montée en puissance lyrique qui introduit un piano lourd et menaçant dans un final éclatant, assurément un autre moment fort de l'album, s'enchaînant parfaitement avec l'interlude "Faust Arp", lui aussi superbement arrangé. Les versions live ne sont pas foncièrement différentes des versions studio pour la plupart des morceaux... Mais là où on s'attendait à entendre le "Reckoner" brut qui circulait depuis longtemps, celui qui nous avait été promis il y a plusieurs années, on entend en fait un morceau totalement différent, électronique jusqu'à la moelle, surplombé par le chant plaintif si particulier de Thom Yorke. Bonne surprise pour certains, mauvaise pour d'autres, ceux qui espéraient voir un autre morceau puissant et rock pourront se consoler à moitié avec la suite. Car il n'y a pas grand chose de rock dans un "House of Cards", à part sa guitare hypnotique. C'est un petit peu le rock au service de l'électro, ce qui est le gimmick du combo depuis Kid A après tout...

La tendance s'inverse un peu sur "Jigsaw Falling into Place" (l’anciennement nommé "Open Pick"), mais seulement un peu, car Jonny Greenwood y est plus transparent que sur n'importe quel morceau de The Bends. Il est clair qu'In Rainbows ne signifiera pas un retour aux sources pour Radiohead, il n'en sera pas la synthèse non plus, même si on pourrait dénicher des analogies entre les morceaux de différentes périodes, comme pour le morceau de conclusion, "Videotape", qui rappelle un peu ce qu'était "Pyramid Song", le chant se faisant plus discret. Pour ce qui est de la discrétion, on se serait bien passé des percussions sur le final, qui enlaidissent un titre potentiellement parmi les meilleurs dans son genre... Et c'est déjà fini, ou plutôt, presque fini, car comme dit précédemment, on peut donner ici une certaine importance au second CD (bonus), qui pourrait revêtir un intérêt tout particulier au vu des titres qui y figureront...


Il est difficile dans de telles conditions d'attribuer une note à la musique en elle-même, de la sortir du contexte, et même de ses géniteurs. Car oui, Radiohead a depuis dix ans maintenant, et la sortie d'OK Computer, été désigné fer de lance du rock, d'une part par les rock-critiques, mais aussi par le public lui-même. Beaucoup de groupes ont été surnommés «les nouveaux Beatles» en Grande-Bretagne, mais peu ont tenu la distance aussi bien que Radiohead (sans changement de line-up, qui plus est). Loin d'être seulement un coup de pied dans l'industrie du disque, In Rainbows est là pour nous rappeler pourquoi : même s'il n'aura pas le même impact qu'un The Bends ou OK Computer, il reste très au-dessus de la mêlée, et c'est bien ça le principal.


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