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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été mise en ligne le 06 novembre 2007
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Annlouice Loegdlund
(chant)

-Daniel Håkansson
(guitare+chant)

-Pontus Mantefors
(guitare)

-Johannes Bergion
(violoncelle)

-Andy Johansson
(basse)

-Andreas Halvardsson
(batterie)

TRACKLIST

ACT No. 1
1)Balrog Boogie
2)Heroines
3)Poetic Pitbull Revelations
4)Rag Doll Physics
5)D’Angelo
6)Velvet Embracer
ACT No. 2
7)Gunpowder Chant
8)Infralove
9)Wedding March For A Bullet
10)Qualms Of Conscience
11)Zodiac Virtues
12)Porcelain Judas
13)Pink Noise Waltz

DISCOGRAPHIE


Diablo Swing Orchestra - The Butcher's Ballroom
(2007) - barré fusion musique classique metal prog jazz Cabaret Démoniaque / Big Band Métallique - Label : Candlelight



N’avez-vous jamais peur du consensus ? Ne vous méfiez-vous pas des salutations unanimes ? Moi oui. C’est pour ça que j’ai choisi d’inviter ce soir le Diablo Swing Orchestra – groupe dont tout le monde dit le plus grand bien en ville. Je ne suis pas n’importe qui, et je me devais de savoir si la réputation de cet ensemble n’était pas usurpée. Malgré une pointe d’étonnement qui m’assaillit à plusieurs reprises, leur représentation fut un succès de déstabilisation lumineuse – si le Diablo Swing Orchestra est salué de toute part, c’est à raison. Hier soir, la salle de bal nocturne du Boucher fut le théâtre d’une révélation.

DIABLO – 2.001 / Metal, Electric-Guitars & Distortion.
Mes amis se plaignent souvent. « Les musiciens métalliques tournent en rond », disent-ils. L'Orchestra leur a répondu « Ne jouons plus de métallisme ». Ou plus de metal tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les participants ont toujours tenté de s’ouvrir au maximum en créant une myriade de sous-genres jusqu’à régurgitation – le Diablo Swing Orchestra nous en dispensera en prenant le contre-pied de cette démarche et choisit la recette contraire : Jouons tout autre chose en assaisonnant de ce qu’il faut de saturation. Comme leur rage électrique se prête aux attaques de violoncelle ("Velvet Embracer"). Comme ces jeunes gens sont primesautiers, et Diantre ! que le mélange s’accorde bien. Dans leur cirque empli d’humour, même les néophytes se réjouirent devant ce qu’ils prirent pour la "Salsa du Démon" s’accouplant avec le "Pink Panther Theme", sans se parjurer dans un imbroglio inconfortable. Leur folie est parfaitement contrôlée, et les invités dansent à s’en arracher les mollets.

SWING – 1.901 / Jazz, Doublebass & Boogie-Woogie.
Les invités furent à peine arrivés que l’orchestre entamait déjà "Balrog Boogie", une des danses les plus incroyables qui fut jouée chez moi, conjuguant avec magnificence l’énergie des guitares métalliques et leur approche big band. Mené par la contrebasse et les cuivres, la décoction nous lâche immédiatement dans le Cotton Club de l’an 3.000 où Count Basie dirige des guitares en fusion. C’est le lancement du sabbat : Déjà un mort parmi les invités ! Le point fort de l’Orchestra ? Le Swiiing ! Comme les invités dansèrent ! Ils virevoltèrent sous les coups assénés par le panache du Diablo ! Nous entraînant de ballets macabres ("Heroines") en halay diaboliques, vers des tangos démembrés et des flamencos sataniques ("Poetic Pitbull Revelations") qui pourtant feront grogner car trop souvent entachés par quelques lourdeurs guitaristiques malvenues lors des marches ou des valses ("Pink Noise Waltz").

ORCHESTRA – 1.701 / Barocco, Organs & Violins.
Le Diablo Swing Orchestra aurait-il appris sa musique dans les réceptions de nos amis la famille Addams ? Leur diva appelle la comparaison – cependant que le chant lyrique n’est ni une excuse ni un opportunisme ; il fait partie intégrante de l’orgie foldingue qui se déroula ce soir, ne laissant se reposer les invités que par interlude ("Qualms Of Conscience"). Je ne puis pourtant les recommander comme un ensemble baroque, jazz ou métallique. Le Diablo Swing Orchestra est un ensemble alternatif de démonstrations alternatives. Il fait aujourd’hui son entrée dans le monde métallique moins par la représentation consciente de cette musique que parce qu’il est suédois et qu’il est plus facile de se faire connaître comme ça qu’en jouant de la musique de cabaret – mais dans le fond, l’Orchestra le sait : il n’y a pas plus de métallisme qu’autre chose. Nous sommes donc face à un de ces nouveaux groupes alternatifs. Joie !

GLOOM IN THE BALLROOM – 1.501 / Dance, Theatre & Witchcraft
Et pourtant, pour quelle maligne raison l’Orchestra ne repartira-t-il pas avec un pourboire généreux ? Malheureusement : pour la fin du bal. On m’a justement fait remarquer que le groupe manque encore d’expérience – il sait qu’il avait besoin de frapper fort aux débuts de la réception pour que personne ne reste assis en fond de salle et que chaque invité participe aux bacchanales furieuses organisées cette nuit. Ainsi, il a comprimé ses idées follement ingénieuses durant le premier acte, et une fois "Infralove" passée la moitié de l’orchestre avait cessé d’intervenir, l’inspiration est alors sérieusement retombée pour la fin de leur exhibition – jusqu’à un "Porcelain Judas" faible et peu original, justement trop métallique pour une formation dont ce n’est pas le point fort – et quand est arrivée la clôture de leur démonstration, la moitié des invités était partie, l’autre moitié était déjà transportée vers les grands frigos. La transe provoquée par le "Balrog Boogie" est déjà loin…


Cela sera-t-il un critère éliminatoire lorsqu’il s’agira de choisir un orchestre pour la prochaine réception que je donnerai ? Non. Car malgré cette conclusion pesante, l’Orchestra représente la musique du nouveau siècle ; celle qui ne connaît plus de limites, celle qui emmêle à désir musiques occidentales et orientales, qui sait l’intérêt d’accoupler une guitare électrique et une trompette, une grosse caisse et un violoncelle. Ces musiciens font partie des nouveaux ensembles sans bornes et sans préjugés qui fleurissent en ce moment. Le Diablo Swing a posé sa première mélodie dans le livre d’or des plus grandes prestations. Un orchestre qui construira le futur – s’ils parviennent à davantage d’unité – des macabres cérémonies du Boucher. Et pourquoi pas des salles de bal nocturne du monde entier ? Nous ne leur souhaitons rien de moins, si nous pouvons attendre jusque là avant de les goûter…


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