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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-John Wetton
(basse+chant)

-Robert Fripp
(guitare+mellotron)

-David Cross
(violon+claviers)

-Bill Bruford
(batterie)

TRACKLIST

1)The Great Deceiver
2)Lament
3)We'll Let You Know
4)Night Watch
5)Trio
6)Mincer
7)Starless and Bible Black
8)Fracture

DISCOGRAPHIE


King Crimson - Starless And Bible Black
(1974) - rock prog - Label : E.G. Records




Tremblez, mes amis, tremblez.... car voici venue l’heure de la nuit sans étoile, des tromperies et des lamentations... Fripp le grand mage, entouré de ses disciples, est venu prendre possession de vos âmes, pour les entraîner dans un maelström de sensations et d’émotions tantôt noires, tantôt mélancoliques... Qu’elles vous paraissent divines ou repoussantes, vous ne pourrez rester de marbre devant cette nouvelle offrande du Roi Pourpre !


Avant cela, il y eu l’historique Larks’ Tongues in Aspic qui voyait nos compères se fondre en une unité visionnaire et surpuissante, résultat d’une osmose rare dans le milieu rock ; Fripp faisait pleuvoir les riffs menaçants et imparables, tandis que David Cross lançait son violon dans de longues plaintes où rôdait la folie... Wetton appuyait le côté lourd de la musique grâce à sa basse grondante, tandis que Bruford et Muir faisaient voltiger peaux et percussions en rafales auxquelles nul être humain ne pouvait résister. Cette formation (moins Muir - ce dernier a quitté le groupe juste après l’enregistrement de Larks’, pour se réfugier dans un monastère anglais...) va ensuite arpenter la scène, se laissant aller à de nombreuses improvisations, toujours sur le fil du rasoir, se mettant perpétuellement en danger... des improvisations vertigineuses qui donneront naissance à une bonne moitié de l’album suivant : l’insidieux Starless And Bible Black...

Imprévisible, insaisissable, insoutenable par moments... cette fois plus que jamais, King Crimson va s’amuser à jouer avec nos nerfs, à nous mener sur de fausses pistes, à nous égarer au beau milieu d’un chemin qu’on pensait impraticable, avant de nous repêcher brutalement et de nous soumettre, impuissants que nous sommes, à des assauts d’une violence aussi surprenante que contenue. Et, au détour d’un autre chemin, il nous mettra face à ce qu’on peut appeler la Beauté... ne restera plus que notre corps pour frissonner. Et des frissons, vous allez en avoir à l’écoute de ce disque, pour peu que vous vous laissiez prendre au jeu... des frissons de peur ou de plaisir... ou de frustration. Entre les morceaux qui finissent avant même d’avoir commencé ou ceux qui ne semblent avoir aucune structure apparente, vous risquez de perdre les pédales à la première écoute... mais patience et longueur de temps, dit-on... et c’est bien vrai dans le cas présent.

Car aucun titre ne se discerne vraiment au premier abord. Aucun... sauf peut-être "The Great Deceiver", qui ouvre l’album d’une manière trépidante ; pas besoin d’intro, fais péter le son Robert ! Un titre étonnamment enjoué pour du King Crimson, on pourrait même dire que ça swingue ! Et ça marche ? Ca cartonne, ouais ! Tout est en place dès la première mesure, le chant de Wetton est assuré comme jamais... et quel refrain ! (si si, il y a un refrain !) Bref, une entrée en matière réjouissante ! Voilà, j’espère que vous en profiterez bien ; car dès le deuxième titre, on pénètre dans la face sombre de la musique ; le reste ne sera que plaintes, menaces, tensions, appels au secours... et tout cela de manière si insidieuse, que les moments «brutaux» n’en sont que plus intenses. Il y a les improvisations cahoteuses et imprévisibles : "We’ll Let You Know", "The Mincer" et le très noir morceau-titre, sur lequel la guitare de Fripp est plus cruelle que jamais. Alors oui, il est tout à fait possible que ces titres ennuient, car ils ne reposent pratiquement sur rien... mais pour moi, c’est justement ce qui fait tout l’intérêt de ces titres ; le côté imprévisible... le sentiment que le groupe ne savait pas plus que le public ce qui allait suivre... un sentiment peut-être erroné, car il est probable que Fripp savait ce qu’il faisait. En bref, on trouvera cela passionnant, intriguant, ou ennuyeux.

Il y a ensuite les morceaux (ou semi-impros) qui présentent une réelle structure ; vous parler de "Lament" serait vous gâcher la surprise d’un titre qui joue merveilleusement bien sur les faux-semblants et la violence contenue. En revanche, je ne me priverai pas de vous parler de "The Night Watch", un petit bijou de romantisme, à l’intro renversante qui vous collera sans peine des frissons, avec ce rapide crescendo vers les cieux... je parlais d’osmose tout à l’heure, cette intro en est le parfait exemple. Nos quatre gaillards semblent vraiment ne faire qu’un pour nous plonger avec eux dans un univers plein de tristesse et de beauté... mais si "The Night Watch" est beau, alors "Trio" (eh oui, puisque sans Bruford...) est tout simplement bouleversant. Un morceau d’une infinie retenue qui évoque l’absolue pureté mélée à la mélancolie... sans rire, on se rapproche du classique, de par les émotions qu’un tel titre peut dégager... une magistrale leçon de musique. A écouter absolument.

Et puis, comment ne pas parler de "Fracture"... pour moi, le meilleur morceau du King (ex-aequo avec "Starless", sur Red). Comment ne pas en parler... mais comment vous en parler ? Parce que c’est un peu coton à décrire, tout de même... En fait, reprenez tous les éléments que j’ai utilisé pour parler de cet album, vous savez, la tension, la retenue, la violence, ce genre de choses... multipliez tout cela par dix, et vous obtenez "Fracture" : pièce maîtresse du sieur Fripp (qu’il a composée seul, contrairement à "Starless"), œuvre entièrement instrumentale, habitée par la colère et la frustration, qui va vous emmener très loin, que vous le vouliez ou non. D’ailleurs, il vaudrait mieux que vous ne refusiez pas, sinon vous allez vous en vouloir... En effet, pour les distraits qui n’ont suivi le titre que d’une oreille , Fripp a concocté pour les punir une dernière partie bien rentre-dedans dans laquelle nos hommes se lâchent complètement, avant de terminer le tout par un crescendo insoutenable... Mais j’en ai déjà trop dit. Sachez simplement que ce morceau a pour but de vous transporter dans un tourbillon duquel on ne revient pas. Une expérience inoubliable pour peu qu’on ait suivi, bien évidemment (hin hin...).


Ne nous leurrons pas, Starless And Bible Black n’est pas un disque facile. C’est même l’un des plus ardus de la discographie de King Crimson, groupe qui n’est pas réputé pour avoir sorti des albums easy-listening. Pour découvrir King Crimson, ce n’est donc pas un bon choix. Essayez plutôt son successeur, l’incontournable Red, ou à la limite son prédécesseur, Larks’ Tongues In Aspic ; sans parler bien sûr de leur premier album, In The Court Of The Crimson King. Et si le côté sombre de ces disques vous plaît, que vous aimez qu’on se joue de vous et qu’on vous fasse ressentir le grand frisson, alors vous êtes prêts pour vivre une nuit sans étoile, mais pleine de merveilles...


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