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CHRONIQUE PAR ...

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Adam Weishaupt
Cette chronique a été mise en ligne le 31 janvier 2008
Sa note : 18/20

LINE UP

-Dave Brockie
(chant)

-Danielle Stampe
(chant)

-Hunter Jackson
(chant)

-Mike Derks
(guitare)

-Dave Musel
(claviers+samples)

-Michael Bishop
(basse+chant)

-Brad Roberts
(batterie)

TRACKLIST

1)Ham on the Bone
2)Crack in the Egg
3)Gor-Gor
4)Have You Seen Me ?
5)The Morality Squad
6)America Must Be Destroyed
7)Gilded Lily
8)Poor Ole Tom
9)Rock & Roll Never Felt So Good
10)Blimey
11)The Road Behind
12)Pussy Planet

DISCOGRAPHIE


GWAR - America Must Be Destroyed



Il était une fois l’énorme pénis d’Oderus Urungus. «The Cuttlefish of Cthulhu» (si si) avait une façon toute particulière d’asperger des centaines de spectateurs consentants d’une semence épaisse que l’on devinait exquise et excellente pour le teint. Malheureusement, la police de Charlotte, en Caroline du Nord, n’était pas du même avis. Les mots "obscène" et "mineurs" furent lâché, l’appendice fourré dans un sachet fraîcheur au commissariat et son propriétaire offusqué, l’inénarrable Dave Brockie, eut une idée géniale : créer un concept album sur pourquoi l'Amérique, à l’instar de Carthage, devait être détruite.


Qui dit concept dit histoire : la Morality Squad, une organisation non gouvernementale menée par une vieille bigote à la gâchette facile du nom de Edna P. Granbo, a fait le serment de débarrasser le monde libre des groupes jugés immoraux. Considéré comme "encore plus dégoûtant que 2 Live Crew" et privé du gourdin de son leader, GWAR fomente la destruction des Etats-Unis en insufflant des quantités faramineuses de fumée de crack dans un œuf de dinosaure, donnant ainsi naissance à Gor Gor, un Tyrannosaure ultra violent qui se déchaîne sur le pays. A la fin, GWAR défonce membre par membre la Morality Squad, récupère l’engin sexnappé et tout est bien qui finit bien. Finalement, c’est un demi concept qui a vu le jour puisqu'il n'est abordé qu'au cours de six premiers morceaux. Mais qu’à cela ne tienne, la volonté de noyer valeurs, société et musique américaines sous des hectolitres bouillants de ce que vous voudrez se ressent du début à la fin. Et c'est un "Ham On The Bone" fracassant qui ouvre le bal, sorte d'exaction punk/grind appesantie juste ce qu'il faut par une vague de chaleur moite et assortie de chœurs intempestifs qui ont dû donner deux trois idées au jeune Devin Townsend pour "In The Rainy Season".

Suivent "Crack In The Egg" et "Gor Gor", défouloirs riches en descriptions de carnages démesurés, et on constate – amèrement, peut être – que la production d'America Must Be Destroyed fait beaucoup plus “métal des années 90” que celle de Scumdogs of the Universe. Ce son de batterie qui nous semble aujourd'hui bien poussiéreux, celui de la guitare qui, malgré l'inventivité et l'efficacité de Mike Derks, manque un peu de punch, cette basse parfois un peu terne… Puis arrive "Have You Seen Me ?". Murmures de conversation, verres et couverts qui tintent, contrebasse primesautière, guitare jazzy, bruissement de pinceaux, un Oderus précieux... "Lounge !" s'écrie t-on. Cinquante secondes passent, ainsi que les beuglements les plus outranciers de la carrière studio de Brockie (son "Godammit I'm horny !" mérite de rester dans les annales), et toute cette rétention affectée explose dans un déversement de furie orgasmique aux frontières du punk et du thrash pour un résultat global finalement assez proche, dans une moindre mesure et en plus vil, de Mr Bungle ou de Frank Zappa.

L'histoire se clôt avec "The Morality Squad", rock au swing prodigieux interprété par Hunter Jackson qui prête une voix haut perché et un superbe accent du sud des Etats Unis à Edna Granbo, et le titre éponyme, un instrumental bulldozer où Dave Musel s'excite avec des samples divers et variés (flash infos CNN, extraits de morceaux des Last Poets, de Dr. Folamour, de discours de Nixon, d'Hitler etc.). L'album, lui, continue avec "Poor Ole Tom", abominable plâtrée de sludge pansu où Brockie brame la terrible histoire de ce Tom qui s'en prend décidément plein la gueule et où Musel fait brièvement carillonner un clavier. La paire révoltante "Rock'n'Roll Never Felt So Good", pastiche de morceau auto satisfait de Hair Metal à la Mötley Crüe avec riff pseudo hilare, cowbell obscène et rock'n'roll attitude déliquescente poussée à l’extrême et "The Road Behind", celui de la ballade à faire pleurer dans les chaumières du type Gun's'n'Roses dotée d’un refrain imparable par Mike Bishop, démontre l'aptitude de GWAR à frapper fort dans le domaine de la caricature corrosive… Peut-être trop, tant ces deux morceaux sont aussi embarrassants que ceux dont ils se moquent.

On peut aussi signaler "Blimey", première réelle occurrence de thrash pur et dur dans leur répertoire, et ses paroles indescriptibles : « Tummys tingle/tongues a-mingle/forced extraction/of corn-choked shingle/bristling amoeba hole/matching cunt for every bowl/madly flailing porno-cow/get me on the road right now !», et "Pussy Planet", troublante préfiguration de "Rape Me" par Nirvana, où Mike Bishop, secondé par une discrète Slymenstra Hymen, s'époumone sur un refrain inarticulé avant un effondrement cocasse du quatrième mur.


GWAR a donc perpétré avec America Must Be Destroyed un album solide, surprenant, à la musique et aux textes enragés, véritable fruit de son époque qui, malgré un léger coup de vieux, a définitivement consacré la crédibilité, l'identité et la méchanceté intransigeante du groupe. Pour le meilleur et pour le pire, bien entendu.


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