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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 24 juin 2015
Sa note : 11/20

LINE UP

-Andreas "Andi" Deris
(chant)

-Michael Ingo Joachim "Weiki" Weikath
(guitare)

-Sascha Gerstner
(guitare)

-Markus Peter Großkopf
(basse)

-Daniel "Dani" Loeble
(batterie)

Ont participé à l'album :

-Billy King
(chœurs)

-Olaf Senkbeil
(chœurs)

-Matthias Ulmer
(claviers)

TRACKLIST

1) Heroes
2) Battle's Won
3) My God Given Right
4) Stay Crazy
5) Lost in America
6) Russian Roulé
7) The Swing of a Fallen World
8) Like Everybody Else
9) Creatures In Heaven
10) If God Loves Rock 'n' Roll
11) Living on the Edge
12) Claws
13) You, Still of War

DISCOGRAPHIE


Helloween - My God-Given Right



Et de quinze. Quinzième album des Citrouilles de Hambourg. Celles et ceux qui ne se sont jamais remis du départ de Kai Hansen rétorqueront que cela fait douze de trop, alors que d'autres estimeront ce jugement un peu cruel envers certaines productions des années Deris, bien que celles-ci n'atteignent effectivement pas le summum artistique des débuts. Le problème, c'est que de l'avis quasi-général, les derniers efforts des Germains font plus songer à l'essoufflement de fumeurs invétérés en milieu de footing qu'à la fraîcheur de marathoniens kényans qu'il faut contraindre à l'arrêt une fois la ligne d'arrivée franchie. My God-Given Right redonnera-t-il un peu d'air aux pionniers du speed metal à l'allemande ?

Diantre, quel suspense. Bien sûr, les déclarations des musiciens précédant la livraison se voulaient rassurantes, voire enthousiastes – si tant est que l'on puisse employer ce qualificatif à propos de Michael Weikath, le très décontracté guitariste et membre fondateur qui hésite rarement à s'en griller une sur scène et qui, en matière de flegme, rendrait des points à un joueur de snooker sous tranquillisants. Pour résumer le propos, cette nouvelle sortie censée coïncider avec l'événement interplanétaire que constitue le trentième anniversaire de la section teutonne, annoncerait un-retour-aux-sources-mais-pas-trop-quand-même-parce-qu'on-est-moderne-et-qu'on-fait-bien-ce-qu'on-veut, d'où l'intitulé du disque en forme de kolossal clin d’œil. Soit l'habituel n'importe quoi promotionnel de vieux briscards revenus de tout - ça augure mal. Mais faisons fi des a priori et concentrons-nous sur la musique. Dès le titre d'ouverture signé Sascha « bogosse » Gerstner, le six-cordiste en second, on regrette déjà d'avoir adopté cet honorable postulat. C'est qu'ils nous font la totale dès le départ, les pépères : riff aussi recyclé qu'une bouteille de villageoise consignée sous Jean Carmet, refrain bateau et chœurs pseudo-virils sur fond de claviers en toc, rythmes automatiques en mode boum-boum qu'un séquenceur bien programmé aurait avantageusement remplacé et un chant qui évoque la manière dont le schtroumpf grognon se serait débrouillé si quelqu'un avait eu l'idée incongrue de lui filer le micro. En plus, les mecs s'obstinent à faire rimer « hero » avec « zero ». En 2015. On a beau être consentant et ne pas s'attendre à passer la séquence la plus torride de sa vie, cette introduction sans préliminaire est définitivement trop rude, même pour un public averti.
La suite se révèle, hélas, du même acabit, soit du couplet/refrain basique sur fond de double-pédale qui ne semble jamais vouloir s'arrêter. La première partie de My God-Given Right s'apparente au tout venant heavy speed mélodique comme les innombrables suiveurs... D'Helloween en pondent au kilomètre, mais qui venant de cette formation historique, devient carrément gênant. La consternation s'installe avant qu'enfin les compatriotes de Jean-Sébastien Bach tentent quelques variations. L'événement se produit sur "The Swing of a Fallen World" sur lequel le tempo ralentit et les guitares se font lourdes – pas autant que les paupières de l'auditeur, mais la démarche visant à installer une ambiance un peu plus sombre que vient casser une accélération aussi brève que bienvenue mérite d'être signalée. Dans une veine similaire, "Creatures In Heaven" retient également l'attention avec son atmosphère assez plaisante initiée par des claviers pour une fois à leur avantage, des esquisses de variations rythmiques, des couplets et un refrain plutôt entraînants ainsi que des solos travaillés – ô miracle. Dommage que Deris se lance dans l'une de ses célèbres séries de screams approximatifs – mais qui lui dira un jour ? - et que les synthés se font moches en bout de piste, comme sur le reste de l'enregistrement. Or, il n'y avait vraiment pas besoin d'une faute de goût supplémentaire pour épaissir la tambouille peu ragoûtante concoctée par des cuistots qui ont manifestement renoncé à l'idée de récupérer un jour leur prestigieuse étoile.
Pourtant, la volonté de revenir aux bonnes vieilles recettes des Keepers (les deux premiers) est manifeste – sur "Battle's Won" retentissent d'ailleurs les fausses trompettes délicieusement kitsch du tube "Eagle fly free". Sauf que, à l'instar de "Lost in America" qui évoque "I want out" (lui aussi sur le deuxième Keeper) ou encore "If God Loves Rock 'n' Roll" qui lorgne du côté des euphorisants "Future World" et "Rise and Fall", l'inspiration en berne fait passer les morceaux les plus récents pour d'anecdotiques ersatz. Et puis il y a les ratages, tel le fade "You, Still of War" et sa fin bâclée – dommage, c'est également celle de l'album - ou le bas du front "Claws" qu'auraient inspiré – on se pince - "Barracuda" de Heart,  "Livin' My Life for you" de Pink Cream 69 (l'ancien groupe de Deris) et "Achilles Last Stand" de Led Zeppelin, rien que ça. Mais il est vrai que les types d'Helloween ont toujours été réputés pour leur sens de l'humour. Reste à savoir si ce dernier est constamment volontaire, le doute étant permis sur un "Russian Roulé" aussi foiré que son titre – un jeu de mots impliquant les expressions « russian roulette » et « rock and roll », oui Messieurs-Dames. En prime, ils nous balancent le petit motif kazatchok horripilant et les (faux) chœurs de l'Armée Rouge : franchement, les gars... Heureusement, et bien qu'il faudra expliquer au batteur qu'il a le droit à un autre schéma que frapper sur tous les temps en mode binaire et même si Deris ne retrouvera jamais l'aisance vocale de ses jeunes années, la qualité d'interprétation demeure plus qu'honorable. Un bon point – on n'en attendait pas moins de la part des tauliers – mais ça reste maigre.


Malgré quelques rares sursauts d'inspiration lorsque le collectif germanique s'éloigne de sa source habituelle aujourd'hui sévèrement tarie, le manque d'imagination plombe des compositions trop linéaires qui font pâle figure par rapport aux illustres modèles revendiqués des années quatre-vingts. My God-Given Right, s'il témoigne de la longévité remarquable des vétérans de la scène metal allemande, ne risque donc pas de faire revenir les amateurs exclusifs de leurs premières productions et plongera un peu plus les fans de l'Helloween actuel dans l'incertitude quant à la capacité de leurs idoles à proposer, à nouveau, de bonnes chansons.

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