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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 18 janvier 2016
Sa note : 17/20

LINE UP

-Selvans Haruspex
(chant+claviers+instruments traditionnels)

-Sethlans Fulguriator
(guitare+basse)

TRACKLIST

1) Matavitatau
2) Versipellis
3) O Clitumne!
4)
Hirpi Sorani
5) Scurtchin
6) N.A.F.H.

DISCOGRAPHIE

Lupercalia (2015)

Selvans - Lupercalia
(2015) - black metal Sympho/folk vertigineux - Label : AvantGarde Music



-  Ah ben, elles sont belles nos vacances en Italie ! 
-  Trésor, arrête de te plaindre… 
-  L’Italie c’est les gondoles, "O Sole Mio", les vespa, George Clooney… 
-  George Clooney ? 
-  Oui, parfaitement, George Clooney ! Et nous qu’est-ce qu’on fait ? On marche, on marche et on marche ! De la montagne, de la forêt, encore de la montagne, toujours de la forêt ! Elles me sortent par les yeux ces Arbouses là ! 
-  Abruzzes, Trésor, ce sont les Abruzzes. 
-  M'en fous ! Et le guide là, non mais t’as vu à quoi il ressemble ? Avec son masque de loup là ! Et cette espèce de concert de terreur hier soir ! Qu’est-ce que c’est nul ! 
-  Stop. Trésor, tu redis du mal de Selvans Haruspex et je te balance dans le ravin. Compris ? 

 
Il y a effectivement des limites à ne pas franchir. Se moquer de Selvans devrait être, dans tout pays qui se respecte, passible au minimum de la peine de mort et de la malédiction des descendants sur 66 générations. On savait depuis longtemps que l’Italie était une grande productrice de groupes métalliques de talent et on en a une nouvelle preuve. Selvans est un duo masqué originaire des Abruzzes dont le premier LP est frappé sous le sceau de la très haute qualité. Pas sûr qu’à la ville les deux gaillards soient très prolixes, en revanche, instruments en main, ils aiment s’exprimer longuement. Lupercalia ne contient ainsi que cinq titres (plus une fort belle intro), mais dure plus d’une heure. Néanmoins, pour peu que l’on entre dans l’univers brillamment dépeint par nos artistes, je vous assure que l’on ne voit pas le temps passer. "Versipellis" est une mise en bouche dont le mérite principal est de bien planter le décor : ambiance saturée de claviers, utilisés la plupart du temps en nappes (même s’ils s’autorisent quelques épisodes Bontempi ou se permettent un clin d’œil jazzy à Vulture Industries à la fin de "Scurtchin"), rythme bien souvent trépidant, vocaux black classiques, la base de travail de Selvans est le black symphonique pas forcément moderne : les sonorités provenant des nappes nous situent quelque part entre In the Nightside Eclipse et Black Spiritual Dimensions, avec un je-ne-sais-quoi de suédois dans les mélodies. De facture relativement classique donc, Lupercalia est néanmoins agrémenté de sonorités folk par le biais d’instruments locaux. Selvans Haruspex est en quelque sorte le Ian Anderson du black metal, tant la flûte (enfin bon, le tibia, si j’ai bien compris) qu’il utilise joue le rôle, comme dans les albums de Jethro Tull, de maître de cérémonies.  
Loin d’être omniprésente, on la retrouve néanmoins dans toutes les chansons, sorte de fil conducteur de l’album. D’autres instruments viennent donner une touche pagan/folk à l’ensemble ou conférer une certaine originalité aux compositions, comme cet improbable accordéon sur la partie finale de "O Clitumne!". Dès lors, il est à peu près inévitable de songer à Negura Bunget ou Dordeduh, mais Selvans n’a pas vraiment le style des Roumains. Les Italiens sont d’une part très principalement orientés vers le black metal symphonique et mélodique, d’autre part, ils font un usage bien plus intensif des claviers, qui saturent l’atmosphère de l’album et lui donnent une coloration plus scandinave. Bref, sans être absolument original, Selvans n’en a pas moins un univers propre et Lupercalia respire la fougue et l’envie, Sethlans n’hésitant pas à nous gratifier également de solos de guitare qui semblent vouloir démontrer la volonté de tous les instants qu’a le groupe de stupéfier ses auditeurs. Ils y parviennent parfaitement, notamment lors de la triade mortelle "O Clitumne!", sorte de balade black étrange et magnifique, "Hirpi Sorani", et le succulent et accrocheur "Scurtchin", où les saccades rappellent du vieux Satyricon dopé aux claviers diaboliques. Si "N.A.F.H.", où les vocaux cleans ont la part belle, se situe un peu en dessous du reste de l’album, on sort quand mème de Lupercalia ravi, étourdi et prêt à retenter illico un périple dans ces terres hostiles et superbes à la fois.

Symphonique et magique, Lupercalia crée une ambiance spéciale qui, sans être d’une originalité totale et absolue, sort tout de même des sentiers battus, au sens figuré, et presque au sens propre : Selvans emmène son auditeur en pleine nature, sur des chemins obscurs avec la ferme et mauvaise intention de le perdre. Amateurs de black sympho et de sonorités folk, prenez quelques cailloux blancs dans votre proche et suivez vos guides à tête de loup, le voyage en vaut vraiment la peine.



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