17309

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 23 février 2016
Sa note : 11/20

LINE UP

-Katharina "Kitty Casket" Mrak-Langheiter
(chant)

-Martin "Billy The Bat" Langheiter
(chœurs+guitare)

-Todd Flash
(chœurs+guitare)

-Thomas "Tom Mooner" Sommereder
(basse)

-Max van Angst
(batterie)

TRACKLIST

1) Sticks & Stones
2) Lurking In The Dark
3) Bloodlust
4) Of Cats & Demons
5) Straight To Hell
6) Nightmare
7) Feuer & Eis
8) Deep Black Underground
9) St. Tropez
10) Black Skinny Jeans
11) Yeah Yeah Yeah
12) Red Sweet Red
13) Gone (Bonus)

DISCOGRAPHIE

Kiss & Hell (2016)

Kitty in a Casket - Kiss & Hell
(2016) - rock punk - Label : SPV Rodeostar



-La situation ne nous laisse guère le choix, Messieurs : il faut faire appel à la Répression des Fraudes.
-Madame la Directrice, vous n'y songez pas ! Cela attirera immanquablement l'attention sur les nombreuses casseroles que nous avons au... Enfin sur certains dossiers délicats.
-Quand j'ai repris cette société, je savais qu'il y aurait du ménage à faire et je compte bien m'y mettre sur le champ. Il s'agit là d'un cas d'école.
-Certes, Madame la Directrice, nous sommes tous d'accord autour de cette table pour admettre que le choix de votre prédécesseur ne compte pas parmi les plus judicieux qu'il ait effectués. Mais imaginez que le ministère nous envoie Cerumen et Bombardo : ça risque de faire du dégât !
-J'en prends la responsabilité. Contactez-les immédiatement, François-Xavier.
-Moi c'est Jean-Kevin, Madame la Directrice.
-Tu m'étonnes que cette boîte parte en sucette.


-Bonjour Mademoiselle Kitty. Je m'appelle Jarta Cerumen et voici Eve Bombardo. Nous sommes de la DDPP.
-La quoi ?
-La Direction Départementale de la Protection des Populations. Casket, c'est votre vrai nom ?
-Ben non, je suis Autrichienne : pas d'autre moyen que de changer de blase pour percer dans ce milieu.
-Lequel exactement ?
-Ben celui de la musique, pardi ! Dites, vous auriez pu bosser vos fiches avant de venir me déranger en pleine répétition.
-Ouh là là, je me doutais qu'elle allait me gonfler, la gominée, là. Ravale ton insolence, « Minou » : ma coéquipière et moi, on n'a pas lâché l'affaire Suicide Silence pour gentiment faire la causette avec une demi-mondaine dans ton genre.
-Suicide Silence ? Vous les avez enfin coffrés ? Mais ça relève du grand banditisme, ça : quel rapport avec la Répression des Fraudes ?
-On dit DDPP, maintenant. Instaurée par la RGPP, issue de la fusion entre la DDSV et la DGCCRF, intégrée avec la DDCS au sein de la DDCSPP.
-Mon passage préféré : celui où la personne qui est en face de toi a soudain l'impression de se retrouver dans la Maison qui rend Fou. Et pour répondre à ta dernière question, Minette, la RGPP puis la MAP qui lui a succédé ont tellement fait fondre les effectifs que chaque agent doit exercer plusieurs métiers : infirmière et guide touristique, douanier et professeur de maths... Flic et inspectrice de la DTC.
-De la DDPP, Eve.
-M'y ferai jamais.
-Personne ne s'y fait. Bon, Miss Kitty, vous comprendrez qu'avec ce taf monstrueux - auquel s'ajoute en priorité absolue la traque des collectifs de metal hardcore - nous n'avons pas vraiment eu le temps de vérifier votre casier, euh, dossier, comme vous en avez subtilement fait la remarque tout à l'heure avec une perspicacité qui vous honore.
-Dommage qu'elle ne t'ait pas servi à arrêter les conneries à temps, Chaton.
-Ben je ne vous permets pas ! Je suis une honorable, quoique sexy, chanteuse de rockabilly.
-Ça, c'est ce que tu veux nous faire croire. « Minou Cercueil », tu trouves ça honorable, toi ? Et tes acolytes, « Thomas Lunaire », « Maxime D'Angoisse », « William Chauve-Souris » : c'est quoi, ces pseudos à deux balles ? Ne me dis pas que vous vous êtes mis à plusieurs pour les trouver !
-Ben c'est dans la convention : nous sommes censés faire du punk rock horrifique, un peu comme les Misfits, quoi. Les surnoms qui font peur, c'est pour ça.
-Ouais, enfin « Théodore l'Éclair », ça me fait plus penser à Thomas le Petit Train qu'au Rocky Horror Picture Show. Reprenons depuis le début : toi et tes potes êtes originaires de Vienne, vous martyrisez vos amplis depuis une dizaine d'années et Kiss & Hell constitue déjà votre cinquième production, la première chez Rodeostar/SPV. Comment expliques-tu que tes patrons aient fait appel à nous pour casser ton contrat tout neuf ?
-Ben je sais pas moi : je suis une honnête travailleuse.
-C'est vrai que vos chansons s'en tiennent à du couplet/refrain tout ce qu'il y a de plus classique, le son est propret et tes complices exécutent correctement leur tâche. Toi aussi, d'ailleurs, avec ta petite voix aiguë de...chatonne. Tu me fais penser à Gwen Stefani.
-Ah...
-Et aussi à Judith Holofernes, de Wir Sind Helden.
-Elle est Allemande, mais c'est déjà mieux.

-Il y a forcément un schmilblick quelque part. D'habitude, quand un manager veut se débarrasser d'un employé gênant, il règle ça en interne, quitte à user de procédés à la limite de la légalité...
-Genre diffuser en boucle du raw black bulgare dans les bureaux. Ou exiger une analyse détaillée du dernier Dream Theater.
-Vous mentez ! La torture est interdite dans votre pays, je le sais. Même en Autriche, ils ont arrêté : forcer quelqu'un à écouter des disques d'Edenbridge est désormais passible de la prison à vie.
-Pauvre petite, tu sembles si naïve... Certains sont prêts à tout. Tu évoquais les Misfits : sais-tu qu'un label a récemment sorti un enregistrement de Glenn Danzig ?
-Vous dites ça pour me faire craquer, mais je ne dirai rien !
-Oh, serait-ce que tu as quelque chose à cacher ? Pas grand-chose de ton anatomie, semble-t-il...
-Attends Jarta, elle nous avait parlé de ça, la taulière : c'est du pipeau, le coup de la bombe atomique.
-Ben ouais, c'est pas une vraie roquette sur la pochette, qu'est-ce que vous croyez ?
-Je ne cause pas de ça, Petit Chat. Tu nous la joues toute nue sous le bustier en cuir de vachette pour appâter le geek hypersébacique alors qu'en fait tu portes un pauvre justaucorps qui plisse. Des scrupules avant de déballer la marchandise ?
-Ben puisque je vous dis que je suis une honorable...
-Sainte-nitouche ! Entre tes textes qui n'effraieraient même pas une élève de CP pantophobe, un visuel aussi excitant qu'une scène de lit dans une comédie française et une musique encore plus lisse qu'une pierre de curling, on croirait écouter la sélection d'une chaîne de cafés franchisée.
-Nous jouons de l'authentique rockab...
-Mon arrière-train, ouais !
-Châtie ton langage, Eve : tu vas choquer la dame honorable.
-Oui, pardon : rockabilly mon cul ! Toi et tes gorilles, vous faites du punk rock encore plus insipide que Rancid et Green Day réunis. De l'ersatz de No Doubt. Ça glisse comme la flotte sur le duvet d'un caneton, comme papa dans...
-Oui oui, Eve, on avait compris. Ma bouillante collègue a raison. Votre album n'est pas indigne, mais il s'apparente à un recyclage paresseux des plans les plus éculés du rock pour radio des années deux-mille : guitares à zéro imagination, banco sur le refrain, tandis que la section rythmique réserve autant de surprises qu'un métronome branché sur ampli. Vous faites illusion en maintenant un tempo soutenu, jusqu'à cette ballade d'une mièvrerie invraisemblable lucidement intitulée "Gone". Et là, les masques tombent.

-Il est temps de cracher le morceau, tu crois pas, Minouche ? Toi et tes sbires, vous faites dans l'imitation. Du toc. À première ouïe on se dit que c'est bien fichu, mais si on vérifie d'un peu plus près, on s'aperçoit que ça sonne creux et que le produit n'est qu'une pâle réplique des modèles de référence.
-Ich kapituliere niemals.
-Mademoiselle, cessez de nier l'évidence : même le nom de votre groupe est bidon, c'est le titre d'une comptine des années trente.
-OK, c'est vrai, j'avoue tout : pour signer un contrat avec un gros label, on a fait croire aux responsables qu'on était les nouveaux Cramps, en plus modernes, avec une fille sexy au micro. Sauf qu'on a copié des faux punks et que bon, ben je suis pas Debbie Harry, on va dire. Quand j'ai prononcé le mot « Ramones », j'ai vraiment cru que j'étais allée trop loin, mais ils ont gobé le morceau.
-Bon sang, c'est hallucinant : vous faites la même chose depuis vos débuts ! Ils n'ont pas vu le coup venir ?
-Vous savez, mes vrais patrons, ce sont les ex-caïds de l'electro dark autrichienne : ils s'y connaissent pour contraindre une maison de disque à sortir dix fois le même album en changeant juste le titre et la pochette.
-Ah oui, Der Blutharsch, The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud, Die Verbannten Kinder Evas... Des cas de sinistre mémoire, en effet. Mais tout ce beau monde a été mis hors d'état de nuire. Et je crains que si toi et tes comparses continuez votre petit trafic, vous n'allez pas tarder à les rejoindre au gnouf.
-Vous allez me dénoncer à mes employeurs ?
-Je vais faire un rapport, oui. Il en va de la protection des consommateurs : notre mission est de les soustraire aux dangers de la contrefaçon. Mais je n'ai pas envie de me faire manipuler par des chefs d'entreprise négligents : à eux d'assumer leurs erreurs.
-Ouais, on va en profiter pour passer tout leur catalogue en revue : on a déjà repéré des trucs franchement suspects...
-Un disque tout moisi d'Axel Rudi Pell, un cd radioactif de This is Hell, une réédition dissimulée de Malice... J'ai cru voir traîner un Gamma Ray, aussi.
-La racaille !
-Ils vont morfler.

-Madame la directrice, je vous avais prévenue...
-Je n'arrive pas à y croire : bernée par une gagneuse peroxydée aussi plate que sa musique... L'équipe précédente n'était décidément plus apte à faire passer un entretien d'embauche correct.
-À vrai dire, votre prédécesseur s'était chargé en personne de ce recrutement. Il avait d'ailleurs pris soin de fermer la porte de son bureau à clé.
-Ne m'en dite pas plus ! Quelle déchéance...
-En attendant, certaines affaires nauséabondes risquent d'être étalées au grand jour.
-Ces articles sont périmés depuis longtemps - même les disquaires d'occasion n'osent plus les proposer dans leurs bacs à soldes. Je ne suis pas inquiète : il y aura prescription depuis belle lurette avant que quelqu'un n'ose avouer avoir écouté un disque de Powerworld en entier.
-D'accord, mais que faisons-nous de Kitty ? La mafia autrichienne, ce ne sont pas précisément les rois de la marrade.
-Je sais, j'ai eu affaire une fois à la bande des Dreams of Sanity : elle semait la terreur avec un duo de gothopouffes qui chantaient faux sur des claviers récupérés chez Richard Clayderman. Je n'ai aucune envie de subir de telles représailles.
-On la garde, alors ?
-L'automne prochain nous allons lui faire faire la tournée des rades à budweiser de la Sun Belt : avec un peu de chance, elle va plaire aux autochtones et nous rapporter un peu de cash. Ou s'installer définitivement là-bas. Ou se faire lyncher.
-Il y a cependant un détail que je ne comprends pas dans le procès-verbal des inspectrices : Rancid, c'est pourtant sympa, non ?
-Jean-Kévin, vous êtes viré.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 3 polaroid milieu 3 polaroid gauche 3