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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 14 mars 2016
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Anup Sastry
(tout)

TRACKLIST

1) Enigma
2) Bloom
3) Villain
4) Memoirs, Part I
5) Memoirs, Part II

DISCOGRAPHIE

Bloom (EP) (2016)

Anup Sastry - Bloom (EP)
(2016) - metal prog instrumental Djent expérimental - Label : Auto-production



Anup Sastry. D’aucuns y verraient une contrepèterie, d’autres le nom d’une divinité aux origines vaguement hindoues. Vous n’y êtes pas, car il s’agit tout simplement d’une personne. Et oui, un énième projet solo. Et pas de n’importe quel style qui plus est ! Nous revoilà donc avec du djent. . .

Quel prétexte allait encore bien pouvoir trouver votre serviteur Djentleman pour vous faire avaler cette nouvelle pilule ? Et bien tout simplement en parlant du projet solo de l'un des meilleurs batteurs du genre, adoubé et reconnu par ses pairs : Anup Sastry. Une brève présentation s’impose avant toute chose. Le natif de Frederick, Maryland, aux origines indiennes, a tout d’abord commencé à travailler simultanément avec les groupes progressifs Intervals et Skyharbor en 2011. Sa passion pour les percussions étant sans doute trop forte pour pouvoir la contenir dans ces deux projets, il décide un an plus tard d'embarquer dans son propre esquif dont il est le seul maître à bord. En parallèle, il abreuve ses fans de moult vidéos par l’intermédiaire de sa chaîne YouTube et accompagne également l’immense Jeff Loomis lors de ses tournées internationales.
Autant dire qu’à tout juste vingt-six ans, le bonhomme à capuche possède un CV assez bien rempli. Mais 2015 sera l’année du grand changement et sûrement une étape importante dans sa carrière, puisqu’il se sépare simultanément de ses deux formations en juin. Vous pensez bien que le gaillard n’allait pas rester sans job très longtemps. Et ce ne sont ni plus ni moins que les membres du groupe de djent à la mode, les Anglais de Monuments, fraîchement orphelins de Mike Malyan, qui viendront le recruter. Depuis tout ce temps, le bonhomme a quand même eu le temps d’écrire la bagatelle d’un album intitulé Ghost, en 2013, et de deux EPs, Lion et Titan, sortis à six mois d’intervalle l’un de l’autre en 2014. Vous l’aurez donc constaté, il se sera écoulé près de deux ans entre Titan et Bloom, sa dernière production. Et qu’est-ce qui a changé entre temps ? A vrai dire, pas grand-chose.
Loin d’être une critique, ce constat est à la fois limpide et peut-être heureux pour le fan d’Anup Sastry. Avant de procéder à une quelconque comparaison entre passé et présent, il semble assez important de mentionner la méthode utilisé par le batteur. « I play Drums ». Cette phrase-étendard de Sastry veut donc nous laisser croire qu’il ne jouerait que cela ? C’est possible ? Eh oui, il ne joue que de la batterie, le reste des instruments étant des samples qu’il a lui-même programmé. Un travail fastidieux qui consiste à enregistrer quelques notes de guitare et de basse une à une puis de les mixer et les poser sur sa session rythmique. Tout cela donne un son très mécanique, industriel et froid qui peut en rebuter – et qui en rebutera à coup sûr – plus d’un, mais qui participe pleinement à la marque de fabrique Anup Sastry.
En trois ans, si sa musique n’a pas évolué dans le fond, elle a pourtant progressé dans la forme. Les mélodies et les structures se font moins répétitives, plus complexes encore et plus déstabilisantes qu’elles ne l’étaient. Un clavier est même venu se greffer dans cette aventure ("Enigma", "Bloom") et aussi surprenant et inattendu que cela puisse paraître, un chœur fait son apparition en plein milieu de l’excellent titre éponyme. Syncopes, contretemps et triples croches sont toujours au rendez-vous dans cette valse frénétique qui tend à devenir de plus en plus progressive. Moins axé sur la rapidité, Anup Sastry joue davantage sur les variations de tempo, n’hésitant pas à mettre ce dernier entre parenthèses afin de se faire un petit plaisir solo, ou à l’accélérer de nouveau selon ses envies. Et ce ne sont pas les parties I et II de "Memoirs", représentant la moitié de l’album à elle seule, qui viendront contredire ces propos. Quelqu’un pourrait-il en revanche lui retirer quelques cymbales ?


Cet EP n’est pas la meilleure production que le compositeur fou ait produite à ce jour. Néanmoins, elle contribue à faire découvrir ce batteur d’exception, qui mérite qu’on jette plus qu’une oreille attentive à son entreprise exutoire. De toute manière, étant donnée la vitesse à laquelle il progresse et compte tenu du groupe dans lequel il a choisi de s’épanouir, vous entendrez très certainement reparler de lui. Et ça ne serait pas étonnant que le vecteur de son projet solo ne soit bientôt plus qu’un ustensile dérisoire.


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