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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 18 avril 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Vincent Bardaud
(guitare 

-Geoffrey Véron
(guitare)
 
-Jérémy Cas
(basse)
 
-Sébastien Pineau
(batterie)

TRACKLIST

1) Persuasion
2) Architecture of Bones
3) I am ready to be her son
4) Frozen Flesh
5) I will rise
6) Blood to you all
7) Reality & Secret

DISCOGRAPHIE


Abysse - I Am The Wolf



Bon, certes, c'est lent, mais c'est régulier : tous les quatre ans, Abysse revient se rappeler à notre bon souvenir en portant fièrement les couleurs tricolores du post-prog instrumental (cette étiquette en vaut une autre et ma foi, colle plutôt pas mal à la musique du groupe). Alors forcément, on va leur faire bon accueil, écouter leur nouveau disque et se laisser porter en espérant qu'une fois de plus le voyage sera riche en émotions et haut en couleurs.

Car Abysse, cela a déjà été dit, est l'équivalent musical d'une peinture, d'un voyage surprenant et souvent imprévisible. Ça n'est pas une fresque fourmillant de détails mais une vibration impressionniste à la Turner, où la chaleur picturale devient ici le vrombissement d'une basse, où les noirs profonds apparaissent dans la puissance d'un riff de guitare et où la légèreté des nuages se peint dans quelques suites d'accords mélodiques. Abysse, c'est aussi l'équivalent musical d'un moment d'orage, quand les cieux sont lourds et la pluie imminente – et parfois, le ciel se fait clément, lumineux et clair. La rage succède à la tristesse, la plénitude à l'angoisse et le rire se mélange à la crainte : I Am The Wolf est riche en émotion, ses quatre membres usant de l'entière palette mise à leur disposition – ou presque.
Difficile à appréhender d'une traite, I Am The Wolf n'est cependant pas farouche et se laisse approcher par petite touches délicates. Reculez, éloignez votre nez du tableau pour le saisir dans son ensemble et vous apprécierez ainsi la riche gamme chromatique qu'il propose : la colère de "First", la noirceur de "Architecture Of Bones", l'onirisme poisseux de "Frozen Flesh" ou la rage froide de "Blood To You All"... I Am The Wolf est plus torturé que son prédécesseur, plus dense, peut-être aussi plus restreint dans les tons lumineux, là où En(D)Grave savait parfois nous éblouir autant que nous plonger dans les abyssales ténèbres. Le sentiment dominant est plus tempétueux, moins apaisé.
L'absence de chant, cette fois-ci, est une absence différente. S'il avait dû y en avoir, il aurait été écorché, rageur, hurleur. Il n'aurait pas été paisible, sans doute pas mélodique, ou pas tout le temps. Mais son absence lui donne peut-être paradoxalement plus de poids, car on l'attend et il ne vient pas. Et c'est tant mieux : les guitares sont là pour remplacer les cordes vocales en tissant des mélodies, les percussions en martelant des rythmes tantôt ciselés et tantôt massif et directs. Cette absence de voix qu'on se plait à imaginer, c'est sans conteste la force d'Abysse qui du coup n'est pas contraint de délivrer un message clair ou une émotion exacerbée et tape-à-l’œil. Abysse vous donne des clefs, vous fait des propositions : à vous de vous en saisir, d'ouvrir la porte et d'imaginer ce qu'il y a derrière. Plus que des musiciens, les membres d'Abysse sont les guides des paysages musicaux vallonnés qu'ils façonnent.


I Am The Wolf manque parfois peut-être un peu de contraste, de tension et de respirations – les superbes dernières secondes de "Reality And Secret" qui se retrouvent en quasi-bonus track auraient eu leur place au sein d'un morceau – mais la réussite est une fois de plus difficile à contester. Il y a du talent, une identité, des idées... nul besoin de la perfection pour prendre du plaisir et se laisser porter une fois de plus par Abysse.



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