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CHRONIQUE PAR ...

87
Malice
Cette chronique a été mise en ligne le 06 mai 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Jyrki 69
(chant)

-Bazie
(guitare)

-Timo-Timo
(guitare)

-Archzie
(basse)

-Jussi 69
(batterie)

TRACKLIST

1) Dolce Vita
2) Jet Fighter Plane
3) Blackbird Pie
4) Lady Darkness
5) Miss Pastis
6) Shallow Graves
7) Jerusalem
8) Stiv & Johnny
9) Never
10) Blue
11) Rock'n'Roll Junkie

DISCOGRAPHIE


The 69 Eyes - Universal Monsters
(2016) - hard rock gothique - Label : Nuclear Blast



Comme dirait un adage populaire, « you can't judge a book by its cover». Et comme je suis pleine de préjugés, mes frères, je l'avoue : j'ai jugé. Devant l'apparence du dernier album d'un groupe dont le patronyme (sans parler des pseudos de ses membres) me paraissait déjà suffisamment risible, j'ai ricané. J'ai affuté mon verbe, préparé mes sarcasmes et ouvert mes oreilles, prête à cracher. En vain : la musique de la formation finlandaise m'a forcée à ravaler mes couleuvres. Ce serait presque dommage.

Actif depuis 1989, The 69 Eyes n'est plus vraiment ce que l'on pourrait appeler un jeune groupe. Et cette maturité saute aux oreilles dès les premières mesures de "Dolce Vita" : Universal Monsters se veut efficace et sans fioritures, un objectif louable dont l'exécution confère à l'album une dynamique tout à fait appréciable - typique du hard rock dont la formation se réclame. Cette dernière n'a pas sacrifié ses racines gothiques pour autant : la voix de Jyrki 69 est toujours aussi sépulcrale que profonde, théâtrale jusqu'à l'absurde. Quant à l'atmosphère qui se dégage des compositions, elle emprunte au meilleur des deux mondes, entre ambiances torturées ("Blue", "Jerusalem") et riffs efficaces ("Shallow Graves", Rock'n'Roll Junkie"). Quant aux refrains, ils sont souvent le point culminant des compositions (l'excellent "Blackbird Pie" et ses choeurs fédérateurs en est la preuve). Aux tracks viennent s'ajouter des passages instrumentaux qui, s'ils ne brillent pas par leur innovation - tout comme la structure des morceaux, au demeurant - restent néanmoins un bon supplément à des pistes qui mettent tous les membres de la formation à l'honneur.
La sauce, cependant, ne prend pas à tous les coups. C'est que, fort de ses onze titres, Universal Monsters est d'une cohérence à double-tranchant : sa continuité peut ravir comme ennuyer. L'opus est ainsi légèrement trop long dans son ensemble, possédant ses moments faibles (un "Miss Pastis" dispensable, le refrain de "Lady Darkness" trop mollasson). Certes, ces derniers sont loin d'être aussi nombreux que les bons moments... mais il serait injuste de ne pas les mentionner - c'est difficile, d'être parfait. De plus, le manque de variations vocales de Jirky 69 peut avoir tendance à lasser et contribuer à la légère impression de monotonie qui se dégage de l'album - d'autant plus que les passages où il s'essaie à varier son style (mansonesque dans "Stiv & Johnny", intimiste dans "Blue") sont souvent réussis. En bref : mises bout à bout, les compositions d'Universal Monsters auront tendance à lasser ; écoutées individuellement, elles sont souvent plus efficaces. Une continuité aussi admirable que regrettable, faisant de ce dernier album une œuvre solide mais fermée. Il en faudra plus pour innover.


En musique, il y a les charlatans, ceux qui ouvrent la voie et ceux qui font leur travail, offrant au peuple des galettes honorables, fruits d'efforts sincères. The 69 Eyes n'ont rien inventé avec Universal Monsters, et pourtant... ça marche. Leurs compositions sont réfléchies, dynamiques, maîtrisées et efficaces : un travail d'honnêtes artisans à prendre en exemple, d'autant plus que la formation marque ici une évolution tout à fait appréciable. On ne juge pas un livre à sa couverture, on ne juge pas un groupe à ses dehors ; je l'aurai appris à mes dépends mais sans regret : le plaisir d'avoir découvert cet opus compense largement la sensation d'avoir eu tort.


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