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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 18 mai 2016
Sa note : 11/20

LINE UP

-Stephen John "Steve Zodiac" Hepworth
(chant+guitare)

-Martin Connolly
(basse)

-Joe Clancy
(batterie)

TRACKLIST

1) Red Eye
2) Paranoia Strikes
3) I Need You Now
4) The Knowledge
5) Lightning Man
6) Back To School
7) Jolly Roger
8) Head of the Nail
9) Hold Me
10) 200 M.P.H.
11) Living Out Of Touch (bonus)
12) 200 M.P.H. - Reprise (bonus)

DISCOGRAPHIE

100 M.P.H. (live) (1980)
Red Eye (2016)

Vardis - Red Eye
(2016) - heavy metal - Label : SPV Steamhammer



 « Revenu d'entre les morts ». L'expression pourrait s'appliquer à n'importe quel groupe issu de la New Wave of British Heavy Metal (N.W.O.B.H.M.) dont les ultimes traces d'écume se sont évaporées depuis plus de trois décennies. Hormis les multi-platinés Def Leppard, Saxon et, évidemment, Iron Maiden, aucune formation ayant participé au mouvement ne s'est imposée durablement, et Vardis ne fait pas exception à cet impitoyable constat. À l'instar de Diamond Head, Angelwitch et autre Jaguar, le trio britannique a connu des débuts prometteurs avant de rater le train du succès à force de choix de carrière malencontreux et de productions décevantes. La réactivation de ces gangs faisant moins souvent songer à un retour de flammes qu'à un lumignon se consumant dans l'anonymat d'une chapelle bretonne, la crainte que la seconde option soit validée concernant Vardis s'impose logiquement. En espérant que le résultat démente cet a priori négatif.

L'affaire s'engage sous des auspices tragiques, le bassiste Terry Horbury décédant en décembre 2015, quelques mois après la sortie de l'EP 200 M.P.H.. Le guitariste, chanteur et unique membre fondateur Steve Zodiac décide cependant de poursuivre l'aventure en recrutant Martin Conolly, un vieux routier ayant notamment joué pour le claviériste virtuose Rick Wakeman (ex- ou in-Yes, selon les périodes). Que peut-on retenir de Red Eye, cinquième LP - en comptant l'inaugural et foudroyant live 100 M.P.H. - paru trente ans après le précédent ? Tout d'abord que la section du Nord de l'Angleterre n'a pas variée son style d'un iota. Ce qui ne constitue pas une surprise, tant les come-backs des vieilles gloires plus ou moins éphémères s'appuient en grande majorité sur la nostalgie que ces dernières sont en mesure de susciter chez celles et ceux qui les avaient admirées à l'époque de tous les possibles. Rien d'inquiétant néanmoins : les plus remarquables spécimens de la N.W.O.B.H.M. étaient parvenus, même brièvement, à tirer leur épingle du jeu par un style qui les singularisaient et Vardis faisait partie du nombre. Ainsi l'approche très rock'n'roll du collectif se vérifie à nouveau, celle-ci lui ayant valu à l'orée des années quatre-vingts d'être comparée à Motörhead, lorsque la bande à Lemmy évoluait encore à trois. Moins lourd que la plupart de ses contemporains, son « heavy » se caractérise par la guitare aiguisée et véloce de Zodiac et ses redoutables solos hard blues. Le schéma est donc déployé sur toutes les pistes de Red Eye mais malgré les bonnes dispositions de départ, il manque indubitablement quelque chose à ce nouvel effort.
La vitesse d'exécution a en effet diminué, rendant l'ensemble moins tranchant. Car même au sommet de sa carrière (au début, donc), Vardis ne se distinguait pas par l'originalité de son écriture, ce que dissimulait bien souvent la célérité générale qui emballait les morceaux et faisait passer la pilule. Dénué de cet atout déterminant, Red Eye ne peut dès lors rivaliser en terme de plaisir d'écoute, même si le fait que le son gagne en confortables rondeurs ce qu'il perd en fougueuse âpreté pourra plaire à certains. Quant à la voix de Zodiac, elle est demeurée intacte et malgré un manque de variété dans ses intonations qui, lui aussi, a perduré, sa scansion particulière fait plaisir à ré-entendre. Toutefois, en conformité avec la tendance générale, les inflexions se font un peu moins vigoureuses que par le passé : à ceux qui évoqueront la logique du « poids des ans », il leur sera répondu Celtic Frost – Monotheist. Ou Death Angel, qui bourrine davantage aujourd'hui qu'il ne le faisait dans les eighties. Celles-ci sont d'ailleurs copieusement mises à l'honneur par Vardis, quitte à s'auto-citer avec un clin d'œil à "Lion's Share" sur "Back to School" ou encore en proposant une reprise mollassonne de "100 m.p.h." baptisée... "200 M.P.H." - pour l'innovation, on repassera. Le parti pris du retour aux sources trouve ici ses limites, et ce n'est pas la légère accélération du riff en slide d'"In my Time of Dying" de Led Zeppelin sur "Hold me" qui risque d'inverser la tendance. Ni les deux titres bonus, l'un consistant en un solo de guitare sans intérêt intitulé "200 M.P.H. (reprise)" - les mecs insistent – l'autre étant une version studio plutôt pépère de "Living out of Touch" qui figurait sur le premier album live. Comme un aveu d'impuissance à se réinventer.


Steve Zodiac aurait dû se méfier : on ne revient pas aussi facilement des Enfers - une histoire au moins aussi ancienne que celle d'Orphée et Eurydice. En voulant ressusciter Vardis, son leader - jadis plébiscité comme l'un des tout meilleurs six-cordistes de sa génération - a redonné vie à un golem bâti sur le même modèle que son aîné des années Thatcher mais, hélas, en moins fringant, privé de cette fougue qui permettait de décrocher les étoiles. Le savoir-faire ne s'est heureusement pas envolé et permet à l'enregistrement de sonner propre et rester digne. Reste que celui-ci, passéiste et routinier, ne brille guère par son originalité et aura sans doute du mal à séduire autant les aficionados exigeants de la N.W.O.B.H.M. que les amateurs de nouvelles sensations dont il serait fort étonnant qu'ils goûtassent ce heavy rock vintage en déficit d'intensité.


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