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CHRONIQUE PAR ...

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S1phonique
Cette chronique a été mise en ligne le 06 juillet 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Joe Duplantier
(chant+guitare)

-Christian Andreu
(guitare)

-Jean-Michel Labadie
(basse)

-Mario Duplantier
(batterie)

TRACKLIST

1) The Shooting Star
2) Silvera
3) The Cell
4) Stranded
5) Yellow Stone
6) Magma
7) Pray
8) Only Pain
9) Low Lands
10) Liberation

DISCOGRAPHIE


Gojira - Magma
(2016) - metal prog Les enfants ne sont plus sauvages - Label : Roadrunner Records



L'éternel débat de comptoir ou de forum à chaque sortie d'album. Les éternelles critiques récurrentes. Les usuels propos du fan(atique) louant le génie de son héros. L'artiste se contente de sortir un album dans la lignée des précédents, alors il est critiqué. Le groupe balance une évolution de style et son approche musicale change, il en sera d'autant descendu. L'enfant sauvage avait déjà bien ramassé son lot de remontrances mais avait gagné de nombreux auditeurs et, avec les quelques éléments diffusés par le groupe puis les deux extraits vidéoclipés avant la sortie de l'album, autant dire que Gojira allait presque devoir utiliser son 49.3 artistique pour passer la barrière du gouvernement bicéphale du metal : le public et la presse. 

Avec dix titres pour un peu moins de trois quart d’heure, Magma sera probablement au moins l’album le plus discuté et commenté dans la petite sphère metal métropolitaine (voire un peu plus) cette année. Déjà quatre années qu’est sorti l’Enfant Sauvage, piètre rejeton du savoir-faire du groupe pour certains et signe d’une évolution et maturité affirmées pour d’autres. Au-delà de la qualité intrinsèque du LP, Gojira accédait définitivement au rang des grosses formations bankable des toureurs, que ce soit en headliner ou en opener pour quelques dates (la tournée de 2009 en compagnie de Lamb of God et Metallica valorisant définitivement le travail des Landais). Les histoires personnelles et familiales serviront largement, selon les deux frangins, d’inspiration pour la composition des nouveaux titres. La construction du Silver Cord Studio à New York donne quant à lui les moyens au groupe de répéter et prendre le temps d’affiner les titres tout érigeant le lieu en fameux « Head quarter ». Le quatuor s’est ainsi offert le luxe de prendre son temps, écrire, composer, enregistrer et produire. Puis une fois le disque prêt, s’amorce une campagne de promotion parfaitement maîtrisée, réussissant à attirer presque toutes les attentions puis sortir coup sur coup deux extrait vidéoclipés qui finalement -  avec le recul c’est bien évidemment plus simple - résument parfaitement l’esprit de ce Magma. Les quatre premières notes de "The Shooting Star", l’ambiance arrière et les suites d’accords ne font plus peser le doute. Exit le death pachydermique du groupe et welcome le metal atmosphérique et progressif. Le chant de Joe Duplantier nous conduit jusqu’au refrain pour revenir à un deuxième mouvement construit sur les mêmes plans. L’album est lancé.
Silence. Longue inspiration. Longue expiration. Gojira n’est pas mort. Vive Gojira. Que ces moments sont finalement rares dans la musique, le sublime instant où l’on sait ressentir ce petit quelque chose historique…Vivre l’instant qui va changer une situation fondée et établie, celle où la clairvoyance est si pure qu’il est presque inutile de s’exprimer. Nul est besoin de parler de « virage à 180 » ou « changement de tout au tout » voire de « se laisser aller à la facilité, à la mode, grand public ». Un très large sourire se dessine après "The Shooting Stars" et "Silvera".  L’identité est largement reconnaissable et affirmée dans des titres plus aérés, nettement moins violents mais avec une intensité et une densité personnelles si essentielles pour le combo. Ces nouvelles créations sont audacieuses et réellement originales, parvenant à renouveler le groupe dans un registre lui semblant si naturel au fil des écoutes.
Monsieur Mario Duplantier blaste moins, chaque coups de tom ou de cymbale affirme pourtant le son et pose la rythmique en repère premier. "The Cell" ou "Only Pain" se permettent toutefois de rappeler qu’il sait accélérer le tempo et la violence de son jeu. Monsieur Jean-Michel Labadie trouve aussi largement sa place et la basse claque et positionne également sa couche rythmique comme naturelle et impérative. L’étrange "Yellow Stone" semble valoir un peu plus qu’un interlude et réussit à apaiser l’auditeur tout en finissant - inconsciemment -  de le préparer spirituellement aux monumentaux  "Magma" et "Pray ". Monsieur Jean-Michel Labadie, peut-être le plus discret finalement sur l’album, pose et superpose ses riffs d’apparence simple. La « technicité » n’est pas la base des les titres , par contre la régularité, la précision des accords justement arpégés et les effets utilisés (du palm muting aux harmoniques) sont les premiers artisans des multiples ambiances atmosphériques qui jalonnent l’album ("Magma";  "Low Lands" ou "Stranded"). Quand à Monsieur Joe Duplantier… Un travail proposé sur les parties chantées (très bien restituées en concert au passage) aura beau faire fuir une partie des « historiques », on ne peut qu’accorder une objective admiration au résultat, des chants clairs depuis le refrain de  "The Shooting Star" ou de l’hypnotique  "Pray" en passant par la gorge rocailleuse d’un "Stranded" ou les passages appuyés sur  "Low Lands". Ses parties de guitares, incluant les solos, sont également  justement posées, parfois riches en mélodies, et précises dans les riffs. Ainsi, c'est un Gojira taille patron qui évolue et pratique dorénavant un style bien plus épuré mais spirituellement dans la lignée de tout ce que le groupe a réalisé. Plus « burné »? Impossible. Même le clôturant "Libération" ne vaut pas rédemption (song) et affirme une dernière fois dans des tonalités tribales que le groupe est totalement libre et libéré et ne suit dorénavant que sa propre voix au-delà de tous les qu’en dira-t-on.


Magma est un très bon album, sincère, mature, direct et personnel, paradoxalement dans la lignée des précédents et pourtant si différent. Il est le type d'album initiateur pour celui qui découvre le metal, il est quasi grand public sur certains titres. Dorénavant objet de toutes les attentions à l'aube d'une prochaine tournée mondiale, Gojira n'appartient même plus à Gojira, son œuvre ne laissant jamais indifférent. Les années parleront, mais il n'est pas risqué d'avancer que quelques titres vont dépasser les modes et les années alors que certains, plus limités, vont rejoindre les listings sans fin des discographies encyclopédiques. A court terme il est urgent de le découvrir, à moyen terme de le réécouter, et à long terme de le redécouvrir.


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