17468

CHRONIQUE PAR ...

108
Fromage Enrage
Cette chronique a été mise en ligne le 23 août 2016
Sa note : 12/20

LINE UP

-Michael Poulsen
(chant+guitare)

-Rob Caggiano
(guitare+basse)

-Jon Larsen
(batterie)

TRACKLIST

1) The Devil's Bleeding Crown
2) Marie Laveau
3) For Evigt
4) The Gates of Babylon
5) Let It Burn
6) Black Rose
7) Rebound
8) Mary Jane Kelly
9) Goodbye Forever
10) Seal the Deal
11) Battleship Chains
12) You Will Know
13) The Loa's Crossroad

DISCOGRAPHIE


Volbeat - Seal the Deal & Let's Boogie
(2016) - hard rock - Label : Vertigo



La petite barre clignotante du traitement de texte n'a pas bougé d'un centimètre. Elle est là, à disparaître et réapparaître sans discontinuer dans le coin supérieur gauche de la page. Les minutes passent, une à une, lentement mais sûrement. J'attends l'inspiration. Mais elle ne viendra pas, la ribaude. Elle doit batifoler avec un autre chroniqueur pendant que j'essaye de noircir la page. Et je crois comprendre pourquoi. Jamais facile d'être loquace face à un disque tiède, qui n'inspire ni réelle haine, ni véritable adoration. Alors que je n'en suis qu'à l'introduction, je réalise que ma chronique sera à l'image de l'album : entre deux eaux, ni chaude ni froide, enfantée sans passion.

Il y a tout de même quelque chose de très intéressant avec Seal the Deal & Let's Boogie : c'est typiquement le genre d'albums qui vous font vous demander ce qui doit primer dans l'appréciation de la musique. Stagnation sans prise de tête ou tentative risquée de renouveau ? Art ou artisanat ? Le cœur ou la raison ? Les premières minutes de ce sixième album sont l'occasion parfaite de mettre ceci à l'épreuve : "The Devil's Bleeding Crown" a tout du titre sans surprises que les fans connaissent depuis longtemps maintenant. Ces couplets explosifs où le chant de Michael Poulsen est entrecoupé de grosses attaques instrumentales bien heavy, on l'a déjà entendu plus d'une fois. Sur "A Warrior's Call", pour ne citer qu'un exemple. Le chant de Poulsen, parlons-en : féroce en couplets, plus mélodieux au moment du refrain, crooner saturé de reverb sur le pont... dieu que tout cela est prévisible et sans imagination. Alors, qu'est-ce qui prime ? L'efficacité impeccable du morceau ou ce cruel manque de prise de risques ? Eh bien... réponse A, Malgré tout. Volbeat a toujours su ouvrir ses albums avec classe,c'est un fait. Et cet album cru 2016 ne fera pas exception.
Mais d'autres problèmes subsistent : à force de ne jamais se renouveler, l'écriture de Volbeat est devenue plus systématique, plus paresseuse, comme dépossédée de sa fougue et de sa passion. On est plus très loin de l'autoparodie par moments. Et même si le premier morceau arrive à faire oublier son manque patent d'originalité par une efficacité de premier plan, la balance penche parfois de l'autre côté. Comme sur ce "Let It Burn", ordinaire et vite oublié. Le groupe a aussi beaucoup perdu en terme de riffing, par exemple. Les guitares sont souvent en pilotage automatique, moins créatives qu'à l'accoutumée, se contentant d'assurer la rythmique ou de créer un gros mur de son. Les ingrédients sont pourtant tous en place : production massive, mélodies, ambiance rock rétro de bon aloi... c'est dans le mélange, le rendu, que Volbeat semble ne plus s'appliquer autant. Total, l'album s'écoute sans aucun déplaisir,et les refrains rentrent en tête sans difficulté après quelques écoutes. Mais ce qui reste à la fin de Seal the Deal... , ce sont surtout des soupirs de lassitude, et non d'aise.
À bien y réfléchir, Volbeat ne stagne pas complètement d'un point de vue stylistique. Son approche des morceaux se déleste peu à peu du côté metal très présent des débuts. Petit à petit, le groupe danois incorpore de l'eau dans son vin. Et le résultat a parfois le goût d'une mauvaise piquette : en exemple, citons "Goodbye Forever"et sa conclusion façon gospel, sortie d'on ne sait trop où. Ou bien encore ce break acoustique quelque peu niais sur "For Evigt"...pas à pas, Volbeat délaisse le thrash derrière lui pour se transformer en groupe de pop / rock à grosses guitares. Et cela n'augure rien de très excitant pour la suite. Le groupe a toujours su trouver un équilibre fragile, mais brillant, entre une férocité purement metal et la facilité d'accroche du vieux rock. Mais ce coup-ci, Volbeat a rompu cet équilibre en voulant plaire à tout le monde. Nul étonnement, du coup, en constatant que l'album a été un succès commercial au Danemark, et surtout aux États-Unis. Volbeat râtisse large, de plus en plus large... trop large ?
Mais pas de panique excessive : quelques fulgurances continuent malgré tout de porter bien haut les couleurs du Volbeat que l'on aime : à commencer par une title track foudroyante, seul moment 100% thrash d'un album par trop consensuel. Les riffs sont décapants, le tempo monte dans les tours, et ça fait sacrément plaisir à entendre. Mais il y a aussi la réussite "Black Rose". On savourera l'alternance entre les couplets tranchants chantés par Danko Jones et un refrain qui fait affleurer l'émotion en un rien de temps, et nous rappelle que Michael Poulsen est tout de même un sacré vocaliste quand il décide de donner du sien. On notera aussi deux reprises ! Tout d'abord "Rebound" des punk rockers Teenage Bottlerocket, en hommage au batteur du groupe, Brandon Carlisle, décédé en novembre 2015. La reprise des Danois s'avère scolaire mais efficace. Plus réussie et plus audacieuse, voilà "Battleship Chains", reprise d'un groupe de southern rock eighties, les Georgia Satellites. Volbeat a su s'approprier le morceau tout en conservant son côté joyeux et insouciant. Le résultat rappelle un Social Distortion avec plus de... distorsion, justement.
Alors voilà. On est au cap du sixième album et Volbeat commence officiellement à lasser. Pour ne pas dire à saouler. Le pire, c'est que l'album est loin d'être indigne, il s'écoute avec un plaisir certain et n'est pas dénué d'une très belle énergie. Mais l'évolution du groupe vers quelque chose de toujours plus accessible semble mal assumée et mal négociée. Sans parler des morceaux qui n'ont maintenant plus rien de surprenant. Un album honnête mais sans surprises, sans audace. Un de plus...



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7