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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 02 mars 2008
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Thomas
(chant)

-Ben
(guitare)

-Charlotte
(basse)

-Etienne
(batterie)

TRACKLIST

1)Hérésie
2)Uniformes
3)Lourd sacrifice
4)Un goût amer
5)Karma et nicotine
6)Les Enfers
7)En saga om livet
8)Romance mathématique
9)Casser / détruire
10)312
11)AM : un jour de pluie
12)Triskaïdékaphobie

DISCOGRAPHIE


AqME - Hérésie
(2008) - rock hardcore pop rock noisy - Label : At(h)ome



Dans la série des groupes qui fâchent, AqME fait très fort. Combien de groupes français auront dû bouffer autant de critiques violentes ? Crucifiés par le public métal au même titre que leurs ex-collègues de la Team Nowhere (Pleymo, Enhancer...), encensés par un public de djeunz rebelles dépressifs qui leur a valu d'être encore plus méprisés par les trve ivol ouannz (ne parlons même pas pas du fait d'avoir joué en première partie d'Indochine), AqME a perdu en crédibilité ce qu'ils gagnaient en exposition médiatique, comme souvent. Est-ce pour ça que Hérésie est aussi violent ?

On va finir par croire que c'est toujours comme ça que ça se passe : comme Watcha, AqME a sorti un album plus soft que leurs précédents (La Fin Des Temps), ce qui leur a valu de se faire encore plus mal voir par un public qui ne les considérait déjà pas des masses. Et comme Watcha, AqME balance derrière le truc le plus méchant qu'ils aient jamais sorti. Et ça commence avec le son : finies les infidélités parisiennes, le groupe est revenu enregistrer avec leur producteur emblématique Daniel Bergstrand. Et si les fans d'In Flames, Scarve et Meshuggah savent déjà que l'homme est un ingé son de génie, même eux seront soufflés par la prod d'Hérésie tant elle est typée et unique. La saturation des basses est limite inhumaine : le tout est tellement gras et lourd qu'on a littéralement les tripes qui vibrent à chaque note de basse jouée par Charlotte, et même à chaque accord de guitare joué par Ben tant le spectre de son instrument est élargi dans les graves. La grosse caisse sort perdante à ce jeu mais force est de constater que ce son colle extrêmement bien à la musique du quartet... pour peu qu'on écoute l'album au casque ou avec une chaîne bass boost par contre, car sur un poste de faible qualité on perd tout.

AqME oscille traditionnellement entre rock et métal, mais penche franchement du côté le plus brutal cette fois-ci. Dès le gros riff qui lance "Uniformes" on comprend qu'on n'est pas là pour enfiler des perles, et si le chant clair de Thomas sur les couplets maintient l'équilibre, dès qu'il se met à hurler sur les refrains c'est une autre histoire. On savait déjà qu'il pouvait crier mais les progrès dans ce registre sont effarants : Thomas est clairement dans le growl, et pourrait assurer le chant dans un groupe de thrashcore (voire de death) sans aucun souci tant son grain est agressif, écorché et méchant. Et il hurle vraiment beaucoup : Hérésie est l'album d'AqME avec le moins de chant clair et le début de l'album est un festival à ce niveau : qu'on soit dans le rock noisy ("Un goût amer") et dans le hardcore pesant ("Lourd Sacrifice") Thomas beugle avec le même brio. Les seuls morceaux mélodiques sont alors la jolie intro "Hérésie" au feeling Placebo contemplatif et "Karma Nicotine", compo pop-rock qui rappelle l'album précédent. On peut d'ailleurs regretter que ce morceau fort joli au demeurant ait été choisi comme single car il représente une respiration sur l'album et absolument pas la direction générale.

La deuxième moitié de l'album est néanmoins plus soft : il faut attendre "Casser Détruire" pour retomber sur une compo franchement rentre-dedans... mais pour le coup c'est une boucherie ! Riffs énormes, chant carrément ébouriffant de violence et de technique sur le refrain, break ambiancé extrêmement bien pensé avant un final en apocalypse... on n'avait jamais entendu Thomas se déchirer à se point et Etienne avoir un jeu aussi thrash ! Quand AqME n'est pas dans l'agression c'est alors la mélancolie qui prend le pas, avec une réussite musicale assez constante ("Romance Mathématique" développe de sacrées ambiances)... contrairement aux textes. Car Thomas fait toujours du Thomas, et le côté parfois simpliste de ses paroles torturées est encore gênant par moments : "Triskaidekaphobie" est vraiment gâchée par ses incessants « vendredi 13 », et le problème se pose souvent dans les parties en chant clair... tout simplement parce qu'on comprend ce qu'il dit. Mais ces textes sont porteurs de l'identité du groupe depuis les débuts et c'est le paradoxe AqME : le point faible du groupe est aussi ce qui a fait leur succès et on ne saurait désormais l'imaginer autrement.


Hérésie est un fort bon album d'AqME : la violence du tout donne une impression de renouveau salutaire et les moments plus calmes sont loin d'être ratés, qu'ils penchent du côté pop-rock ou du côté ambient. Près de dix ans après la formation du groupe, AqME prouve avec cet opus qu'ils sont loin d'être finis... et ça fait du bien, forcément. Recommandé aux fans du groupe comme aux autres.


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