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CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 27 septembre 2016
Sa note : 16/20

LINE UP

-Sascha Simms
(chant)   

-Graham Brooks
(guitar+choeurs)
   
-Justin Elbourn
(guitare)    

-Jonathan Kelley
(basse)

-Dylan Blake
(batterie)   

TRACKLIST

1) Grave Of The Creator
2) Blood From The Lion’s Mouth
3) The Great Ennead
4) Death Moves In Silence
5) Master Crossroads, Baron Cemetary

6) Bonesetter
7) The Deep
8) The Spectral Order

DISCOGRAPHIE


Barishi - Blood From The Lion's Mouth
(2016) - metal prog extreme prog - modern metal - Label : Season Of Mist



En général, je suis plutôt du genre à ignorer royalement la scène prog’. Mon accointance avec celle-ci s’est, pendant bien longtemps, borné à un certain respect éprouvé pour quelques albums de Dream Theater (notamment Metropolis Pt. 2 et Train Of Thought, tout en étant irrité par le chant et par ces putains de solos de synthé). Dernièrement, je suis resté totalement de marbre face à l’émergence de deux nouvelles figures de poids au sein de cette scène (Haken et Leprous si j’ai bien suivi). Mais il est tout à fait possible que cette respectueuse indifférence soit bientôt remplacée par un intérêt certain, à l’unique condition que cette scène « néo-prog » ne ponde plus que ces combos atteignant le niveau d’excellence de celui dont on va parler ici. Parce que Barishi, mes petits potes, c’est de l’excessivement lourd. Plus lourd que la culotte de cheval de la mère Boutin, c’est dire. Plongée dans ce qui pourrait bien être un des meilleurs albums-surprise de 2016.

Originaire du Vermont (un endroit absolument magnifique et bucolique, soit dit en passant), Barishi pratique une musique un peu à l’image de sa région natale : ample et volontiers belle car bardée de mélodies, invitant à la réflexion et plus encore à la contemplation, mais également terrible et sauvage. La première rencontre de votre serviteur avec ce combo date de l’an dernier, avec la découverte tardive de leur précédent album éponyme, qui tuait déjà de manière tout à fait satisfaisante. Mais force est de constater que, telle l’apparition de James Cameron dans South Park, les américains sont parvenus à relever encore la barre sur cet nouvel opus, qui est d’ailleurs hébergé par le puissant Season Of Mist, un label qui se plante assez rarement dans ses choix, convenons-en collectivement. Et c’est donc encore une fois un sans-faute pour SOM, puisque Barishi s’impose avec ce second opus comme un des tous nouveaux poids lourds de la scène prog’ à tendance bourrin, et plus généralement de la scène métal moderne. Dès ''Grave Of The Creator'' on est conquis : progression toute en puissance et en subtilité, voix totalement evil et agressive tranchant à merveille avec la finesse de la composition, mélodie classieuse mise en avant juste ce qu’il faut, rythmique implacable, bref, tous les voyants sont au vert. Mais « ce n’était qu’un prélude » (Saruman forever). Car dans l’ensemble, ce BFTLM est une tuerie quasiment du début à la fin. Certes, quelques morceaux moins marquants se placent en fin d’album, mais ils s’apparentent à une descente en douceur plus que bienvenue après le supertanker d’émotions brutes procuré par la première grosse moitié de l’album. Schématiquement, jusqu’à ''Master Crossroads, Baron Cemetary'', apex de ce superbe effort et véritable tube de prog’ extrême, c’est du tout bon. Ensuite un peu moins, bien que ''Bonesetter'', ''The Deep'' et ''Spectral Order'' restent des morceaux des plus qu’honnêtes (voire bons). Mais ils ne font pas le poids face aux véritables branlées qui les précèdent.
Citons en vrac ce morceau-titre sur-mélodique, aux accents post-rock/post-hardcore prononcés mais ne se noyant jamais dans la mièvrerie, grâce à une progression demeurant technique et pointue d’une part, et à une voix dont la haine et la colère qu’elle exprime ne sont jamais prises en défaut d’autre part (''Blood From The Lion’s Mouth''). Difficile également de ne pas évoquer l’impressionnante ''Death Moves In Silence'' et sa progression instrumentale d’une subtilité remarquable, qui ne manque pas de rappeler certains travaux de Steven Wilson, débouchant au tiers du morceau sur une explosion de rage aussi touchante que maitrisée, avant de poursuivre son développement avec brio. Mais là où le groupe éclate tous les compteurs du kiff, c’est sur ''Masters Crossroads, Baron Cemetary''. Derrière ce titre cryptique se cache une véritable petite bombe prog’ extrême qui vous fera passer par toutes les couleurs du spectre sonore : agression, groove, mélodie épique se dévoilant pudiquement, tout y est, et dans de justes proportions car porté par une technique sans failles mais jamais arrogante. A ce niveau ce n’est plus un morceau de musique, c’est de l’alchimie pure et simple mes bon(ne)s ami(e)s. En ajoutant à ce compte, déjà bien rempli, l’excellente ''The Great Ennead'' avec ses riffs de tueurs rappelant tantôt Opeth, tantôt Porcupine Tree, portés par un groove de vrai salopards et une lead subtile qui rappelle les meilleures séquences de leur précédent album (l'excellent éponyme sorti en 2013), on obtient tout simplement un début d’album extraordinaire. Mais les bougres ne s’arrêtent pas là, car il est à noter que le tout est délivré sans aucune surenchère technique (travers pourtant fréquent dans ce genre versatile et parfois m’as-tu vu qu’est le prog), ce qui pour un fan de hardcore impénitent tel que votre serviteur constitue une appréciable surprise. De même, aucun morceau ne dépasse les six minutes à part ''The Deep'' (morceau le plus classiquement prog de l’album et donc le moins intéressant à mon sens), fait une fois de plus relativement rare vu le genre pratiqué, et contribuant à donner encore davantage d’identité à la proposition artistique de Barishi. Bref, on est indéniablement face à une musique aussi progressive et personnelle qu’elle est riche et directe, et ça, on aime.


Vous l’aurez compris, le sang qui se trouve dans la bouche du lion vient très probablement de tous ces auditeurs dévorés de plaisir à l’écoute du nouvel opus des américains. Sans aller jusqu’à dire que ce second album de Barishi est un chef d’œuvre, on peut sans trop s’avancer affirmer qu’il s’agit a minima d’un demi chef-d’œuvre, ce qui est déjà plutôt badass ! Car si la première partie de l’opus est parfaite en tous points, l’ensemble est grevé d’une deuxième partie plus anecdotique : on peut le regretter, ou on peut tout simplement se réjouir d’avoir d’aussi bons titres à kiffer. On peut aussi arrêter de se faire chier avec des considérations de cet ordre, et aller acheter le dernier Barishi bien gentiment sur la distro de Season Of Mist. A bon entendeur, bonsoir.


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