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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 20 octobre 2016
Sa note : 16/20

LINE UP

-Elise Mazzarini
(chant)

-Lucas Milang
(guitare)

-Thomas Leclerc
(guitare)

-Fabien Antoine
(basse)

-Simon Leclerc
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Yann Klimezyk
(guitare sur "The Unknown")

-Didier Boutteville-Kraemer
(piano sur "Lack of Words")

TRACKLIST

1) City
2) Half a Sad Man Half a Dreamer

3) Soul Alone
4) Sweep Your Mind
5) Dead End
6) Summer Ended
7) The Unknown
8) Sam Taylor
9) Trippin'
10) Lack of Words
11) L.A Funky

DISCOGRAPHIE

The Flash (2013)

The Flash - The Flash
(2013) - rock avec soliste vanhalenien - Label : Bad Reputation



« Les solos, c'est comme les conseillers à l'éthique dans l'industrie pétrolière, ça sert à rien », aimait à rappeler Petitsuicidator, le fondateur solitaire et unique membre tout seul de Je Hais La Plèbe - Mais Vraiment, le célèbre one-man band confidentiel de country black metal. Si l'on devait retenir un élément positif du genre musical incarné par VomitChapel et Beherit, c'est bien l'éradication des solos - du moins la version déversoirs à ego avec tendance au je-m'en-foutisme pour le reste de la compo. Heureusement il existe des contre-exemples fameux – combien de mélomanes à genoux en découvrant "Maggot Brain" ? - et il arrive parfois que, loin d'inciter à l'avance rapide ou la pause pipi, certains solos apportent une véritable plus-value. The Flash, c'est un peu ça. Entre autres jolies choses.

Des amis d'enfance qui fondent un groupe, accumulent les tours de scène et se font avantageusement remarquer, au point de se voir invités à graver le fruit de leurs inspirations en studio : ce scénario de rêve, pour beaucoup devenu irréalisable au fil du temps, les frères Thomas et Simon Leclerc le concrétisent avec leur camarade de classe Élise, rejoints par Lucas Milang à la guitare et le bassiste Fabien Antoine, dont l'expérience et l'enthousiasme poussent la section de Longwy à multiplier les concerts. Le talent étant au rendez-vous, les efforts des jeunes Lorrains se voient récompensés à la faveur d'un tremplin au Luxembourg – qu'ils remportent – au cours duquel ils sont approchés par leur futur booker, qui les met en relation avec le patron du label Bad Reputation (Glyder, Hardcore Superstar) qui lui-même fait venir le producteur américain Jim Diamond, lequel a travaillé avec les White Stripes - ouf !- rien que ça. Ce dernier a eu sans nul doute une influence déterminante sur le format des chansons, plus concises que sur l'ep inaugural sorti en 2011, mais aussi, en tout logique, sur la texture sonore, à la fois chaleureuse, limpide et dotée de ce petit grain qui l'éloigne de la mièvrerie et confère à l'enregistrement une aura seventies tout en le maintenant dans une dynamique contemporaine. Autrement dit, c'est brillant sans être clinquant, et ce dès le titre d'ouverture qui débute sur une séquence instrumentale particulièrement soignée durant laquelle les musiciens se montrent à leur avantage : tandis que la section rythmique tricote un bon groove des familles – miam, ces cymbales cristallines ! - les guitaristes enchaînent harmoniques intrigantes et solo nerveux. La machine en voie d'emballement s'arrête avant de repartir sur une suite d'accords plus calmes mais préservant la tension. Raisonne alors le singulier chant d'Élise, légèrement nasillard et pourtant d'une puissance émotionnelle qui colle les frissons, spécialement lorsque la jeune femme lâche les chevaux comme sur le refrain de ce superbe "City". Lequel se poursuit sur un nouveau solo qui loin de faire tache, s'insère en toute fluidité et s'achève sur une séance de tapping que n'aurait pas reniée Eddie Van Halen, malgré une dose d'esbroufe très mesurée. Puis le refrain fait un dernier tour avant de laisser la place à une coda toute en fausse quiétude qui donne une envie irrésistible d'appuyer sur repeat.
Voilà ce qui s'appelle un démarrage en fanfare ! Et ça continue avec un deuxième morceau au refrain tubesque – mais pas nunuche – agrémenté de couplets efficaces scandés par la basse, de guitares bavardes - mais pas soûlantes – et d'une voix toujours aussi gracile qui s'enflamme sur les claps. L'auditeur prend feu également, avant qu'une baisse d'intensité au mitan du recueil ne calme quelque peu ses ardeurs. Certaines compositions donnent en effet l'impression d'avoir été bouclées de manière un peu prématurée. Ainsi "Dead End", qui avait pourtant si bien commencé façon "Walking on the Moon" avec ses accords lumineux et l'écho sur la caisse claire, la ballade "Lack of Words" ainsi que "The Unknown" connaissent un épilogue abrupt qui laisse sur sa fin. Néanmoins le dernier nommé bénéficie en fin de parcours d'un solo mordant et virtuose qui fait office de coup de fouet salvateur - les interventions revitalisantes de Lucas Milang justifiant à elles seules l'intitulé de l'album (et le nom du collectif), décharges d'électricité qui emportent le rock de ces jeunes gens parfois un peu trop sages sur des terres plus ardentes. Presque toutes les pistes pourraient être citées, parmi elles la fougueusement mélancolique "Soul Alone" et son dénouement quasi schenkerien, ou encore "Summer ended" qui se termine gentiment jusqu'à ce que l'habile six-cordiste décide de muscler le propos en décochant un chorus d'une minute faisant songer à du Joe Satriani sobre - ou du Mark Knopfler énervé. Quant à l'emballant "Sweep Your Mind", il vire carrément au hard rock façon Thin Lizzy. L'affaire se conclut sur le bien nommé "L.A Funky", imparable prétexte aux déhanchements qui, lui aussi, est doté d'un passage récitatif délicieusement frénétique : la section du Grand Est ayant l'habitude de l'étirer en live sur un quart d'heure, les trois minutes allouées à ce petit bijou paraissent finalement trop courtes – la frustration comme moteur du désir, un truc vieux comme le monde qui fonctionne ici à merveille.


Avec ses fulgurances d'écriture et la qualité de ses interprètes, la première œuvre longue durée de The Flash provoque autant de plaisir qu'elle fait naître de promesses. À l'image de sa chanteuse qui réussit le tour de force de susciter l'émoi tout en restant aussi mesurée que sa frange d'écolière, les mélodies du quintet longovicien, dynamitées par les judicieuses trouvailles de son soliste, naviguent entre tranquillité de façade et vraie propension à l'embrasement. Que celui-ci soit total, musicalement s'entend, voilà ce qu'il faut espérer du futur de cette sympathique et excitante formation.


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