17565

CHRONIQUE PAR ...

109
S1phonique
Cette chronique a été mise en ligne le 29 novembre 2016
Sa note : 14/20

LINE UP

-James Alan Hetfield
(guitare+chant)

-Kirk Lee Hammett
(guitare)

-Robert Agustín Miguel Santiago Samuel Trujillo Veracruz
(basse)

-Lars Ulrich
(batterie)

TRACKLIST

Disque 1
1) Hardwired
2) Atlas, Rise!
3) Now That We're Dead
4) Moth Into Flame
5) Dream No More
6) Halo on Fire

Disque 2
1) Confusion
2) ManUnkind
3) Here Comes Revenge
4) Am I Savage?
5) Murder One
6) Spit Out the Bone

DISCOGRAPHIE


Metallica - Hardwired... To Self-Destruct
(2016) - thrash metal Je t'aime moi non plus - Label : Blackened Recordings



Huit ans après la sortie de Death Magnetic, l'organisation de son propre festival, un antarctique concert, un film, la création d'un label, la perte de trois-cents riffs et d'un iphone, revoilà (enfin) Metallica avec son dixième album studio. Le premier « double », le premier à sortir sur leur label indépendant Blackened Recordings, le premier en tête des ventes la semaine de sortie dans presque tous les pays. Et comme avec Metallica la plupart des discussions n'ont rien à voir avec sa musique du moment, contentons-nous simplement du contenu - la sphère « internet BlaBla » et autre forum « pilier de comptoir vieux con» s'occupant du reste.

Été 2016: la sortie du single "Hardwired" - à peine plus de trois minutes au compteur - entrouvrit la porte de tous les fantasmes : court, rapide, concis, pêchu. Le groupe rattrapait d’un coup d’un seul tout le public. Après les délayés St. Anger et Death Magnetic, ce vrai nouveau titre augurait-il un retour au punch « thrashisant » si espéré ? L’annonce ultérieure d’un double LP puis le tracklisting dévoilé réinjectaient par contre une dose de doute : douze morceaux pour deux disques ? Un coup d’œil sur la durée des compositions jouait en défaveur : six, sept voire huit minutes ! Alors quoi ? Metallica continue à « ressucer » sans faim et sans fin les chutes du dernier recueil ? D’un "Lord Of Summer" single Ovni de 2014 ? Le premier extrait ne serait finalement que l’étincelle annonciatrice du néant ("Mama Said" : « The brightest flame burns quickest ») ? Pourtant "Atlas, Rise!" suit les traces de l'opener : c’est que Père Hetfield a retrouvé ses accords préférés des dix dernières années pour écrire les riffs qui structurent ce troisième extrait promo. Tout du long le frontman proposera quelques parties extrêmement bien senties et d’une efficacité remarquable ("Moth in Flame", le deuxième extrait, ou "Spit it the bone" entre autres exemples). Hélas ! Les bons riffs côtoient des passages moins inspirés qui rejoignent la partie témoin à charge sur la longueur des pistes ("Am I Savage" ou "Dream No More").
La production encore largement commentée pour les deux précédents rejetons diffère une fois de plus mais pourra également faire jaser le « bourru vest’à Patch » ou « le binoclar ingé_son barbu décérébré du preset et du taux de compression ». Cette fois la peau de la caisse claire n’est plus tendue au viagra et la course au recording en mode son super fort est moins évidente mais traînent encore quelques décibels peu naturels. Ce sont les parties les plus aérées qui sonnent le plus agréablement, même si le type de saturation du collectif est identifiable et reconnaissable dès les premières secondes. Une perceptible froideur s’installe par moment sur le mid-tempo tantôt sur les quelques mesures annonçant les couplets ("now that we’re dead"), tantôt sur les intros. Inutile de s'attarder sur les soli, qui sans être mémorables, sortent à peine du cliché véhiculé par les trolls anti-Hammett faisant passer le soliste pour un tricoteur de canevas « cul-de-jatte à la prothèse Wha-Wha », bien plus qu'un guitariste continuellement inspiré. Il n’est d'ailleurs crédité sur aucun titre - selon le quatuor, en raison de l’affaire des riffs perdus. Ainsi le soliste joue, se contente de suivre la partition sans défaut ni qualité particulière. Robert Trujillo, en revanche, est crédité sur une composition : "Manunkind " dont il aura d’ailleurs écrit l’intro et qui fait espérer sur le devenir du Metallica quinqua : chanson inspirée avec un refrain très accrocheur tout en ouvrant la porte au rock presque progressif par moments ; comme un « groove infectieux » nourri des décennies post-And Justice For All jusqu’aux aspects rock de la période Load. N’oublions pas non plus les quelques embardées heavy à la Iron Maiden qui subliment quelques passages et surprennent même la première fois. « Et voilà ! » (ndlr : in french in da text).
Avec le recul et une fois les deux disques écoutés, les comparatifs sur les différentes périodes des Californiens posent le constat évident d’une synthèse des neufs premiers LP et des époques musicales du combo. Quelques indices ramènent vers la « triplette Burton », d’autres passages empruntent au Black Album (les fameuses parties heavy). Quelques refrains s’inspirent du Load/ Reload pour enfin puiser dans les riffs de Death Magnetic et, dans une mesure bien moindre, Saint Anger. Mais à l’évidence l’une des grandes réussites de HardWired…To Selfdestruct tient surtout dans les chants. Élément capital réussissant immédiatement à tirer l'œuvre vers le haut. Non seulement James Hetfield, maître de rythmique et chanteur historique par défaut, continue d’écrire des paroles relativement intéressantes avec une vision personnelle du monde mais en plus les refrains restent quasiment tous en tête après écoute, entre un "Atlas, Rise!", "Manunkind", "Now That We ‘re dead", un "Moth into Flame" voire un "Am I Savage" que ses miaulements sauvent (un peu) sur la longueur. Inutile de tirer dans une agressivité poussive ou une hargne surjouée, Hetfield chante avec son timbre si personnel et délivre son message avec sincérité : ça passe et ça marche. Au final cette réalisation est une fois de plus trop longue mais contient assurément son lot de bonnes surprises et d'inspirations mettant en deçà les défauts dorénavant redondants depuis quelques sorties.


Avouez ! Vous n’y croyiez plus ! Metallica capable de sortir un enregistrement avec des morceaux réussis et des refrains accrocheurs ? Un dixième effort longue durée qui divisera probablement le petit monde du metal : les « Burtoniens » s’évanouiront une fois de plus alors que les Exaltés continueront de crier au génie d'égale façon sur un "Battery", un "Junior Dad" ou un "Unforgiven I, II & III". Au milieu ? Tout un public allant et venant avec pour seul guide le ressenti primaire de l’écoute, finalement seul critère suffisant et nécessaire pour appréhender l'expression artistique, quelle qu’elle soit. Et pendant ce temps, Metallica ? Pendant ce temps Metallica déroule son plan de la conquête du monde... pourtant déjà asservi et sous domination depuis bien longtemps.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7