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CHRONIQUE PAR ...

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Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 28 novembre 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Michael Dafferner
(chant)

-Greg Kubacki
(guitare)

-Jon Modell
(basse)

-Elliot Hoffman
(batterie)

TRACKLIST

From The Dust Of This Planet
Secrets Within
Nonagon
Gratitude
Constant Sleep
The Oppressor
Black Blood
Sets
Cenotaph
Lights Out
Infinite Sun

DISCOGRAPHIE

Meta (2016)

Car Bomb - Meta
(2016) - inclassable metal extreme mathcore - Label : Solid Grey



J’ai découvert Car Bomb lors du dernier passage de Meshuggah à Paris (au Cabaret Sauvage). Ouvrant pour les demi-dieux suédois (on vous cause d’ailleurs de leur dernier opus ici), les New-yorkais avaient fait forte impression grâce un set extrêmement bourrin et complexe, en cohérence avec le ton général de la soirée (je rappelle qu’on n’était pas à un concert d’Avenged Sevenfold). J’avais donc immédiatement écouté les albums disponibles à l’époque (les abrupts Centralia et w^w^^w^) et avait été largement séduit par le côté barge et inclassable de leur forme de mathcore/métal extrême, même si très honnêtement, j’en avais aussi retenu qu’il s’agissait là d’un groupe difficile à écouter à longueur de journée, sous peine de se faire de très gros nœuds au cerveau. Quoi qu’il en soit, il était exclu qu’on ne vous parle pas du dernier né des Américains, Meta.

Et il y a pas mal à dire sur ce troisième album de Car Bomb car clairement, on n’est pas face à un album de street-punk qu’on pourrait résumer en un rot et un cul-sec de Maximator (ou plutôt le contraire). Non. Meta donne plutôt dans le cérébral, le réfléchi, mais il donne surtout dans la violence et la folie. De manière assez basique, c’est un combo qu’on peut rapprocher de Converge ou de Dillinger Escape Plan pour le côté très agressif et barré, mais surtout de Meshuggah, clairement la principale et plus large influence du combo. Pas de doute quand on entend ces riffs abscons et dissonants, saccadés et rythmiquement imbitables (''Nonagon'', ''Constant Sleep'', ''The Oppressor'', ''Lights Out'') : c’est bien chez les indépassables suédois que les New-yorkais se fournissent en came inspiratrice de qualité premium. Cependant, très loin de n’être qu’un simple ersatz de Meshuggah en moins bien comme beaucoup trop de groupes djent, Car Bomb a développé sa propre identité et tracé sa route hors des sentiers battus des musiques extrêmes, pour proposer un truc qui n’appartient qu’à lui. Un morceau comme ''Infinite Sun'' par exemple, a moins à voir avec le métal extrême polyrythmique auquel on serait tentés de le rattacher en permanence, et tient plus d’un Dillinger Escape Plan « métallisé ». De la même manière, ''Gratitude'', sûrement le morceau le plus mélodique de l’album et à mon sens un des plus représentatifs du « style Car Bomb », est doté d’un chant clair/couplet rappelant Deftones et d’un refrain efficace mais indéfinissable, notamment grâce à un son de guitare lead assez déroutant. De manière plus générale, Car Bomb est de toute façon un groupe profondément déroutant. Cela tient largement à sa manière de traiter les riffs : en gros, le petit modus operandi de Car Bomb c’est de prendre un riff tranchant comme une lame de mandoline, généralement inspiré de Meshuggah, et de le tordre dans tous les sens.
Un peu comme font les suédois finalement, mais Car Bomb va presque encore plus loin : accélérations démentes (''From The Dust Of This Planet'', ''Black Blood''), ralentissements écrasants (''Constant Sleep'', ''Nonagon''), variations rythmiques et ruades inattendues (''Secrets Within''), passages totalement dissonants (''Sets'', et ''Secrets Within'' encore, qui combinent d’ailleurs un peu tous les effets précités en plus de bouts de solos bien barges également) bref, Car Bomb joue avec nos nerfs et avec nos petites certitudes de fan de musiques extrêmes, et en cela ils sont encore une fois très proches de Meshuggah. Car Bomb travaille aussi énormément sur les ambiances, comme sur ''The Oppressor'' où leur grand copain Joe Duplantier (qui les a d’ailleurs déjà emmené en tournée et qui figurait aussi en feat. sur w^w^^w^) vient poser sa voix sur un morceau alternant passages très calmes et agressions pures de manière carrément imprévisible. Une belle réussite. Au final, l’élément le moins extrême de la musique des américains est sans doute le chant : classiquement hurlé et bien écorché la plupart du temps, il se fait parfois beaucoup plus calme et l’album comporte plus de passages chantés en voix claire que ce qu’on aurait pu attendre d’un groupe aussi abrupt (''From The Dust Of This Planet'', ''Gratitude'') : ces quelques moments offrent d’agréables respirations dans le Meta-paysage déchiqueté au milieu duquel les Américains tentent de nous abandonner. Mais in fine, ces rares pauses n’empêchent pas Meta de demeurer un golgoth de complexité : même ''Infinite Sun'' et ''Gratitude'', à mon sens les deux morceaux les plus aisément compréhensibles, restent de sacrés Rubicubes musicaux.


Vous l’aurez compris : Car Bomb n’est pas trop le genre de combos que vous pourrez mettre en exergue pour tenter de faire découvrir et apprécier les musiques extrêmes à votre petit neveu Billouis (un mix entre Billy et Louis, c’est chié non ? Non ? Bon…) à l’occasion des fêtes de fin d’année. Clairement, la proposition des New-yorkais n’enjaillera a priori pas des masses le rigolard fan d’Eluveitie, pas plus qu’elle ne fera dresser un sourcil à l’intransigeant fan d’Emperor. Elle ne fera pas davantage brandir le poing fermé du fan de Madball, et risque également fort de déplaire aux bedonnifiants amateurs de thrash allemand et de death métal suédois…A moins qu’elle ne les atteigne tous en plein cœur : c’est là tout l’intérêt du propos de Car Bomb : il est si surprenant et si particulier que, quels que soient vos genres de prédilection, vous seriez bien inspirés de lui donner sa chance.


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