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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 07 décembre 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Nehluj
(chant+guitare)

-Nemri
(chant+batterie)

-Nebhen
(basse)

TRACKLIST

1) L'Incendiaire
2) Révolte
3) L'Ombre
4) Trop tard
5) Salis par la haine
6) Fuir la lumière
7) Sans regrets

DISCOGRAPHIE


Sordide - Fuir la lumière
(2016) - black metal - Label : AvantGarde Music



« Le passé m’a trompé. Le présent me tourmente. L’avenir m’épouvante.  »  Conclusion : fuyons la lumière. Ça se tient. Après La France a peur, Sordide revient. Encore plus maigre et squelettique, le spectre que les Normands agitent fout les boules.

Après un premier essai intéressant, mais qui m’avait laissé quelques doutes quant à la capacité du groupe à canaliser son impressionnante énergie – Decline01, lui, avait adoré, vous pouvez le lire ici -, le sordide trio produit avec Fuir la lumière un travail d’une sobriété confinant au dénuement, que ce soit au niveau des instruments utilisés ou des compositions, d’une simplicité… euh... biblique. Néanmoins la sensation d’approximation qui m’avait troublé sur le premier album a disparu à 99% - histoire de faire l’enc**** de mouches, on pourra dire que "Salis par la haine" se cherche un peu par moments -, et le groupe, s’il ne renie pas sa brutalité punko-crustienne, apparente sur des titres comme "Révolte" ou "Trop tard", se concentre sur LA grande spécialité française, à savoir l’art de la dissonance. Une dissonance directe, sans formules alambiquées, mais une vraie dissonance. Les instruments à corde se transforment très fréquemment en fraises. Pas celles rouges qui poussent dans la terre, hein. Celles du dentiste.
D’un dentiste bien mal intentionné d'ailleurs qui entend nous perforer l’émail et la pulpe de nos quenottes et remonter jusqu’au cerveau. Et comme Sordide n’enrobe absolument rien de son propos dans le doux papier de la mélodie, il ne nous reste plus qu’à subir la torture, et écouter  cette musique crue, impudique de pauvreté et de nudité. Et forcément, on aime ça. La seconde partie du morceau initial "L’incendiaire" est à ce titre une excellente indication de l’orientation de l’œuvre et des morceaux comme "L’ombre" ou "Fuir la lumière" enfoncent le clou,  dans la pulpe de la dent, donc. Sordide n’hésite pas à ralentir considérablement la cadence, voire à ne laisser résonner que la batterie, avec ou sans vocaux, ce qui permet de renforcer l’aspect dépouillé et malsain de l’ensemble. Au niveau des critiques, il n’y pas grand-chose à dire : les faiblesses de l’album – grande simplicité des structures et son manque de variété – sont également ses forces et vice versa. En cela, il n’y a aucune tromperie sur la marchandise.

Fuir la lumière est une œuvre que l’on trouve dans un caniveau au fin fond d’une ruelle du quartier mal famé qui hante habituellement nos cauchemars. Maculée de fange, tendue d’une main tremblante par un mendiant édenté, elle déplaira à tout auditeur cherchant un tant soit peu de réconfort musical. En revanche, son côté absolument grinçant séduira les amateurs de grisaille musicale.



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