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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 19 décembre 2016
Sa note : 16/20

LINE UP

-Page Nye Hamilton
(chant+guitare)

-Christopher "Chris" Thomas Traynor
(guitare+basse)

-John Joseph Tempesta
(batterie)

TRACKLIST

1) Smart
2) Crashing Foreign Cars
3) See You Dead
4) Drug Lord
5) Enemies
6) Unwound
7) Everybody Loves You
8) Surgery
9) Speak and Spell
10) Throwing Punches
11) Last Breath
12) Black Light (bonus)
13) Just Like Me (bonus)

DISCOGRAPHIE


Helmet - Size Matters
(2004) - hardcore heavy metal - Label : Interscope



Helmet collait tellement aux années quatre-vingt-dix que l'arrêt de ses activités avant la fin du millénaire n'avait ni étonné, ni vraiment ému. Lourd, pessimiste, humble, son metal trempé dans le hardcore, la pop et le jazz constituait un antidote radical aux exubérances laquées et frénétiques de la décennie précédente. Mais cette mode austère à son tour a passé et Helmet aussi. La curiosité est donc vive à l'heure de découvrir ce que la formation est en mesure de proposer en 2004 : redite ou évolution ? Et pourquoi pas... les deux à la fois ?

De tous les brillants avatars du metal à cheveux-courts-jeans-informes-baskets-douteuses qui surgirent à l'orée des nineties - Biohazard, Prong, Fugazi – Helmet était sans doute le plus pondéré, proposant un dosage équilibré entre furia punk, accords plombés et sensibilité à fleur de peau. En un peu moins de dix ans, le collectif originaire de New-York a donné l'impression d'évoluer tout en restant fermement campé sur ses bases, conférant à chaque recueil une coloration propre sans trahir l'orientation générale. De ce point de vue, Size Matters ne fait pas exception. On y retrouve la grande majorité des éléments qui caractérisent le Casque depuis ses débuts : un format chanson respecté de bout en bout – pas même de gentil délire jazzy façon "The Silver Hawaiian" (Betty – 1994) - une jolie collection de riffs syncopés et de couplets sinueux progressant dans une masse compacte et saturée qui ne se laisse pas facilement dépecer - "Surgery" faisant office d'unique et timide exception – ainsi qu'un mid tempo oscillant dans une fourchette réduite, le trio ne lâchant les chevaux que sur "Crashing Foreign Cars". Ce dernier valide cependant d'autres items helmetiens, tels le chant hargneux peu spectaculaire et une propension aux solos anarchiques dont la brièveté remet souvent en cause leur pertinence.
Pourtant, les vocalises de Page Hamilton, qui a impulsé la résurrection du groupe dont il demeure le seul membre originel, se font particulièrement mélodieuses sur la plupart des refrains : là voilà, la « coloration » propre à cet enregistrement. Non pas que cette brillance constitue une nouveauté – Hamilton officiait en voix claire sur la quasi totalité d'Aftertaste, le dernier lp en date avant le hiatus. Mais plusieurs passages se distinguent par des chœurs d'une incontestable puissance émotionnelle que portent de troublantes harmonies, pas si éloignées au final de celles qui irisaient l'inaugural et rêche Strap it on paru en 1990. Or, si ce dernier évoquait par séquences les dissonances dont Voivod était coutumier à la même époque, sur Size Matters le résultat se révèle à la fois plus intense et plus tourmenté, évoquant par instant les accès mélancoliques d'Alice in Chains – par exemple sur "Smart", poignant morceau d'ouverture ou encore "Throwing Punches" qui sonne comme un hommage à feu Layne Staley. Certes, davantage d'audace de la part de la section rythmique aurait pu enflammer quelques pistes un peu trop formatées, constat d'autant plus frustrant que le batteur John Tempesta a déjà prouvé qu'il était capable de se frotter à des schémas denses et dynamiques – c'est lui qui martyrisait les fûts sur Low de Testament deux lustres auparavant. Mais chez Helmet, la rupture naît des guitares, ce que confirme l'addictif "See your dead" dont le groove brise-nuque à la "No one knows" de Queens of the Stone Age contraste violemment et de manière quasi-surnaturelle avec un refrain lumineux qui reste gravé dès la première écoute.


Size Matters, l'album de la réactivation, n'en est pas pour autant celui du renouveau : ne ressemblant à aucune des réalisations antérieures de Helmet, il en reprend néanmoins toutes les singularités. Contradictions ? Incohérences ? Au contraire. Car derrière le paradoxe apparent s'opère la consolidation d'une identité propre – de l'instabilité injectée dans une architecture de béton et d'acier – bien que désormais portée par le seul Page Hamilton. Celui-ci éructe, construit, façonne, pilonne et offre ce faisant son œuvre la plus vulnérable et la plus touchante.


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