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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 18 avril 2017
Sa note : 15/20

LINE UP

-Joseph D. Rowland
(chant+basse+synthé)

-Devin Holt
(chant+guitare)

-Brett Campbell
(chant+basse+synthé)

-Mark Lierly
(batterie)

TRACKLIST

1) I Saw the End
2) Thorns
3) Lie of Survival
4) Dancing in Madness
5) Cruel Road
6) Heartless
7) A Plea for Understanding

DISCOGRAPHIE


Pallbearer - Heartless
(2017) - doom metal tendance stoner, prog... - Label : Nuclear Blast



Mastodoom ? - L'objet Pallbearer tourne depuis quelques années dans le ciel mais, insaisissable, semble échapper à tous mes radars. Son nom passe et file, rapide dans l'immensité qui règne maitresse, sans que je ne prenne le temps de m'arrêter sur son sujet. Puis, cette une nouvelle trace - Heartless - ! capturée au vol, celle-là ! C'est qu'est enfin venu le temps de voir ce qui se cache sous le renouveau du doom metal, ainsi qu'il est (trop ?) régulièrement présenté médiatiquement. - A défaut d'avoir un cœur, voyons voir ce qu'il se terre, se cache dans le ventre de cette nouvelle œuvre déjà louée de toute part.

Profitant d'une hype assez étonnante, Pallbearer se permet de jouer dans une cour étrange : celle des « inclassables ». Car partout l'on entend hurler : « doom metal ! doom metal ! » Mais ce sont là des chants de sirènes, stéréotypés, trop purs, simples et beaux pour être vrais, véridiquement vrais. Derrière ces chants - qui ne mentent que par omission - il faut bien admettre ne plus trop savoir où se mettre, ni où catégoriser ledit groupe du renouveau. La checklist du bon doomster est par endroit cochée, mais connait également des cases vides. La lenteur, assurément est de la partie. De même qu'une certaine forme de lourdeur. Voilà d'où vient le doom, d'où viennent les chants de sirènes. Quelques riffs aux allures pataudes (le terme est ici un compliment) ; des hommages mélodiques au passé ; des trouvailles bien présentes et un chant « proto-doom » comme il devient rare d'en savourer. Mais l'ensemble, pourtant, colle aux semelles comme du goudron fondu. Le soleil brûle et tout confine ici au stoner, à une certaine forme de stoner, elle-même mêlée de teintes progressives. On ne sait plus où se mettre. Les causes de ces indéterminations ? Un son, tout d'abord, granuleux et rétro. Des couleurs claires, ensuite. Des teintes qui ne sont jamais triste, tout au plus mélancolique. Extérieur jour, soleil couchant, chaleur d'été - et une brise légère qui atteste d'un monde qui continue de tourner. Il ne vous rappelle rien, ce caractère insaisissable chez Pallbearer ? Ce désert de références ? Cet emprunt à gauche et à droite, véritable macronisme musical ? Eh bien à moi, il m'évoque Mastodon. Qui n'est pas aussi lent, bien sur, et jamais aussi doom, certes. Mais inévitablement, je retrouve un esprit-Mastodon dans Pallbearer. Ne me faites cependant pas dire ce que je n'ai pas dit : Pallbearer n'est pas Mastodon. Seul l'esprit est commun. Mastodoom, tout au plus.
Mais alors, est-ce une bonne chose, que le simili-doom complexe mais jamais triste de Pallbearer ? Hein ? Ouais ? Non ? Eh bien... sus au suspens : oui, c'est une bonne chose. Car le disque est bon, c'est indéniable. Il n'est doom que par reflet, et se réserve le privilège d'être autre chose, par aspects et nuances ; il change selon l'angle de vue, mais il est bon, voire très bon lors de ses meilleurs passages, de ses ambiances, de ses lignes de chant (d'ailleurs, souvent doublé, triplé, rappelant cette entité d'Atlanta dont nous avons déjà parlé plus avant). - Partout se cache le plaisir d'écoute sur Pallbearer. L'excellent "I Saw the End" et son riff d'entrée qui impose d'emblée le style du disque. L'entame magnifique de "Dancing with Madness", et sa guitare lead feutrée (que n'aurait pas renié le Baroness du Yellow & Green) - également présente sur "Lie of Survival". La structure persuasive de "Cruel Road". Le chant choral de "Thorns". Et plus encore qu'il n'est nécessaire d'en rapporter ici. Ce n'est pas un catalogue. Le disque comporte suffisamment de bons points pour remplir la page dans son insoutenable vacuité. Dans l'amas de références qu'il trimballe avec lui, Pallbearer n'en oublie jamais d'être personnel. En ce sens, c'est indéniable, le doom metal est renouvelé. D'où une question, majeure, inévitable à ce stade de l'analyse : peut-on vraiment renouveler le doom metal ? Dès lors que l'on s'écarte des codes du genre, alors on déborde. C'est ce qui se produit inévitablement avec Heartless. Il déborde de tous côtés, et perd en doom metal ce qu'il gagne en renouvellement. Un bien ? Un mal ? Rien de tout cela. Je crois comprendre, à l'occasion d'écoutes répétées, que cet Heartless se situe par delà bien et mal.


Pallbearer souffre d'un effet de cadre. Sa volonté de jouer du doom metal se trouve entravée par les règles que le groupe s'impose à lui-même, au premier rang desquelles se trouve le son. Ocre et poussièreux, laissant parfois  entrevoir un bout de psychédélisme ici, un autre de prog' seventies là. - Le voilà, ce poulain supposé renouveler le genre du doom metal : tout en nuances, en emprunts divers et variés et c'est bien là sa force, ainsi que sa faiblesse - éventuellement. Mon avis : c'est un excellent disque que cet Heartless aux formes vagues.


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