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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2018
Sa note : 14/20

LINE UP

-Mist
(chant+tous les instruments)


TRACKLIST

1) Misanthropy
2) A Mother's Requiem
3) Voice Of Loneliness
4) Existence
5) A Sad Memory
6) Storm
7) The Bliss OF Extinction
8) Last Hope

DISCOGRAPHIE

A Sad Memory (2015)

Dormant Seed - A Sad Memory
(2015) - black metal ambient atmosphérique et dépressif - Label : Depressive Illusions Records



En ce mois de juin 2018, il y a un évènement auquel vous ne pourrez échapper, quelle que soit votre classe sociale, votre origine, ou votre profession. Oui, la coupe du monde de football en Russie est un évènement majeur quoi que vous puissiez en penser. Et pour ceux qui ne sont pas très portés sur le ballon rond, je vous emmène donc la découvrir sous un autre angle, celui de la musique, avec la découverte d’un groupe musical par poule de qualification. Aujourd’hui place au groupe H avec la Colombie.

Quizz du jour : quel sont les deux points communs entre les groupes Amputated Genitals, Carnivore Diprospopus, Ekhymosis, Goretrade, Internal Suffering et Masacre ? Si les plus sagaces et bilingues d’entre vous auront vite fait la liaison grâce aux thèmes pour le moins sanguinolents, ils auront toutefois eu plus de mal à trouver leur origine : la Colombie. C’est ce dernier point qui nous rattache à cette chronique et au groupe en question : Dormant Seed. En réalité, les formations citées dans l’introduction nous importent peu, si ce ne sont les deux dernières, car ce sont celles qui jouissent de la plus grande popularité à l’international, si l’on se réfère au site Spirit Of Metal. Mais leur création, intervenant en 1988 et 1995, nous ramène à des temps où un certain Pablo Escobar sévissait encore dans l’actuel deuxième pays le plus peuplé d’Amérique du Sud. Et depuis ce temps, très peu de bandes ont émergé et se sont fait connaître en dehors de leurs frontières. C’est donc pour essayer de rééquilibrer la balance que m’est apparu le choix de cette chronique, ainsi que la volonté de mettre en avant un autre style que le brutal death, style prédominant dans le pays portant le nom de Christophe Colomb. Tournons-nous donc vers un autre extrême, celui du black metal.
Si Bogota, la capitale de la Colombie, est autant connue de tous, pour des raisons poudreuses, elle est aussi la ville qui a vu naître Alexis Nizo, de son nom d’artiste Mist, créateur, compositeur et unique membre du projet Dormant Seed. Et si on regarde d’un peu plus près les influences du Colombien, on se rend compte que ça n’est pas à du simple black metal que nous avons à faire. On navigue entre du black dépressif, avec Xasthur, Coldworld, Silencer, Shining et Bethlehem, de l’avant-garde black avec Yurei, du black atmo/ambiant avec Urfaust, du rock occulte avec les Grenoblois de Aluk Tadolo, et on pousse même jusqu’à du doom avec Candlemass et du folk/rock avec le side project de Xasthur, Nocturnal Poisoning. Un joli CV qui pose un homme et une musique. Car si l’on veut faire simple et compliqué à la fois, Dormant Seed est un foireux mélange entre tous ces noms grandioses. Et quand on sait que cet album est sorti sous le label des Ukrainiens de Depressive Illusions Records, celui grâce auquel est sorti Have A Nice Trip des Géorgiens de Psychonaut 4, notre attention est encore plus vite captée. Alors éteignez les lumières pendant un peu moins de quarante minutes, et laissez-vous imbiber par cette ambiance mystique. Car en dehors de la répercussion qu’ont eu les groupes précédemment cités sur lui, le bougre se dit aussi grandement imprégné par les éléments tels que la nature, les rêves, les cauchemars, la magie, la méditation, ainsi que les cultures anciennes et les légendes. C’est donc sans grande surprise que nous pénétrons dans une musique opaque, entourée d’une nappe de guitare un minimum saturée répondant parfaitement aux préceptes du black classique.
Pourtant, malgré les nombreuses influences en provenance du monde du black dépressif, et les titres des chansons assez pessimistes, ce n’est pas ce style qui impose sa suprématie et enchaîne l’auditeur, mais bien l'approche atmosphérique. Car s’il y a bien une marque de fabrique chez Dormant Seed, c’est l’envoûtement. Les deux premiers titres en sont un parfait exemple, avec un rythme lancinant au possible, suggérant une ambiance mystique, accompagnée par la voix très particulière et expressive de Mist, tantôt perçante, tantôt rocailleuse ("The Bliss Of Extinction"). On se demande d’ailleurs si le personnage agonise en anglais ou en espagnol, tant ses cris sont indéchiffrables, mais le nom du groupe et des chansons laissent à penser qu’il a privilégié l’utilisation de la langue de Shakespeare plutôt que celle de Cervantès. Le concept poussé à l’extrême avec "Storm", on croirait même entendre du Burzum, tant par la répétition et l’atmosphère que par la longueur du titre (6’50). Et paradoxalement, le titre qui semble s’ériger comme le meilleur de l’opus est le plus court. Et comme un symbole, c’est l’éponyme. Distillant un tempo rythmé, versant presque dans la mélodie, elle est pourtant la plus typée DBSM de l’album, la réverbération de la voix et les arpèges de fond accentuant sadiquement la chose. Et pour certifier le tout d’origine colombienne, Dormant Seed va placer deux petites incursions de guitare classique aux sonorités latines dans "Misanthropy" et "Voices Of Loneliness". Fortement attendrissant.


Ce premier album d’avril 2015, limité en format CD à soixante-six copies, est une bonne entrée en matière dans le black atmosphérique sud-américain. Loin de pousser irrémédiablement au suicide, ce disque est plutôt une ode à la méditation et la réflexion sur un monde qui semble condamné. Pas de révolution à l’horizon, mais une belle découverte sans prétention qui satisfera les amateurs de black atmosphérique.



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