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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-M.
(chant+tous les instruments)

TRACKLIST

1) Waves
2) The Last Willow
3) Joyful Dead

4) Mirror
5) Atropine
6) Nowhere
7) Over

DISCOGRAPHIE

Nowhere (2015)

Et Cetera - Nowhere
(2015) - black metal mélodico-atmosphérico-mélancolique - Label : Auto-production



J’irai chroniquer chez vous, épisode 42 : la Slovaquie. De ce petit pays coincé en plein cœur de l’Europe, très – trop – souvent confondu avec la Slovénie, vous avez sûrement déjà entendu parler de la célèbre actrice Adriana Karembeu, née Sklenarikova, du cycliste Peter Sagan, du footballeur à la crête surdimensionnée Marek Hamsik, de la tenniswoman Daniela Hantuchova, du céiste Michal Martikan, ou encore des réalisateurs Peter Lorre, Dusan Hanak, et caetera.

Mais justement, avez-vous déjà entendu un traître mot à propos d’Et Cetera ? J’ai beaucoup de doutes à ce sujet, et c’est donc pour ça que je suis ici, en votre présence. Pour corriger cette fredaine inacceptable. Second but : faire éclater en mille morceaux les amalgames entre brutalité et pays de l’Est. Bon, il est vrai que ces derniers se tirent des balles dans le pied plus que de raison, en sortant des formations de brutal death/gore-grind à foison. Tiens, si on s’attarde sur le pays en question, on se rend vite compte qu’entre Craniotomy, Dementor, Moonfog, Sanatorium ou Sperm Of Mankind, on ne va pas rattacher les fans de musique classique à leur cause. A la limite, si on leur passe les gothiques de Galadriel, on peut s’attendre à ce qu’ils ne déguerpissent pas dans les dix premières secondes. Changeons donc d’univers pour entrer dans celui de l’atmosphérique et du dépressif. Et tant pis si cela ne vous mène nulle part, vous aurez au moins eu le mérite d’essayer.
Originaire de la ville de Levice, l’équivalent d’un Nîmes à notre échelle française, l’énigmatique M. crée le projet solo Et Cetera en 2014, sortant la même année son premier EP trois titres After Dawn. Et moins d'un an plus tard, paraît son premier disque version longue que voici. Résultat : quatre titres de plus et une petite quarantaine de minutes de noirceur musicale. Également guitariste dans le groupe de post-black slovaque Atanas (c’est d’ailleurs son compère Vargar qui s’est occupé de l’enregistrement et du mix), M. amène une bonne dose de cette influence ambiante dans son side-project. Et la pochette ne nous trompe pas. Un sol, un ciel, un paysage vidé de toute autre chose. L’herbe est-elle verte ? Impossible de le dire car l’artwork nous impose son filtre monochromatique. Le dessein étant probablement de perdre l’auditeur au milieu d’un endroit étranger et anonyme. Et de faire en sorte qu’il ne se raccroche qu’à une seule et unique chose : la musique distillée par l’artiste.
Le fil conducteur de l’album est simple. Vous êtes planté près d’un lac, un jour de pluie, au beau milieu de nulle part, semblable au dernier saule pleureur que l’on aurait laissé sur Terre. Devant vous, un miroir, mais vous n’avez plus la force d’affronter votre reflet, car les vagues d’un poison semblable à une joyeuse mort viennent vous envahir. Et aucune atropine à votre disposition. Vous le sentez, vous le savez au plus profond de vos racines, c’est la fin. Pourtant, vous ne pouvez vous empêcher de trouver de la vénusté dans ces délicieuses vagues venant se déposer au bord du rivage accompagnée de ce piano qui vous accueille aussi froidement que chaleureusement ("Waves"), cet interlude rappelant Hliðskjálf et Dauði Baldrs de « on sait qui » ("The Last Willow"), ces mots/maux susurrés par M. avant la vague mélodique ravageuse ("Joyful Dead"), ces chants d’oiseaux auxquels se greffent des arpèges et un synthé désabusé ("Mirror"), et cette conclusion aussi amère que joviale ("Over"). N’écoutez pas cette œuvre d’une manière précipitée, car toute sa splendeur réside et se déploie au travers de son rythme mesuré, aussi bien vocalement qu’instrumentalement. Une exquise berceuse pour noctambule se dresse devant vous.


Nowhere n’est pas dépressif à proprement parler, car on sait très bien qu’il existe plus radical dans le style. Non, Et Cetera fait plutôt partie de la branche mélancolique du black metal dépressif, celle qui ne pousse pas au suicide inévitablement, mais à l’envol, à l’introspection profonde et durable, et la remémoration de quantités d’évènements passés ou qui auraient pu se passer. Nostalgiques, rêveurs, régalez-vous !



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