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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 07 mai 2017
Sa note : 14/20

LINE UP

-Sera Timms
(chant)

-J. Bennett
(guitare)

-Adam Murray
(basse)

-Scott Batiste
(batterie)

TRACKLIST

1) Mother Kiev
2) The Rose
3) The Dancer
4) Raft Of Medusa
5) Heroine's Descent
6) Swan Diver
7) The Last Siren
8) Zohra
9) She Has A Secret
10) Queen Of New Orleans
11) Marianne (bonus track)

DISCOGRAPHIE

Women (2017)

Ides of Gemini - Women
(2017) - rock doom metal occulte - Label : Rise Above



C'est avec des extraits de titres comme de "The Vessel And The Stake" (Glazart 16/09/12) et une interview citée par Mariexxme dans son reportage Backstage que j'ai découvert Ides of Gemini, groupe issu de la scène underground californienne fondé en 2010 par Sera Timms et J. Bennett et qualifié parfois génériquement de doom/rock occulte. L'atmosphère lourde et la voix hantée de celle qui occupait alors encore la double place de chanteuse et de bassiste, les riffs de J. Bennett, leur personnalité affichée à tout deux encore, flirtant avec le concept de liberté dans la création musicale, avaient capté mon attention. C'est donc avec un vif intérêt que je découvrais quelques temps plus tard ce dernier né : Women.

Très fortement marquée par l'empreinte de Neurosis, Sera Timms a toujours souhaité délivrer un son tissé d'une tension et d'une pesanteur comparables à celles du groupe qui l'avait tant fascinée lors de son immersion dans le monde musical, tout en recherchant par delà, à se forger une identité propre. Et pour l'heure, l'idée va bon train. Fort de deux albums : Constantinople (2012), puis Old Word New Wave (2015) - signés tout deux sous le label de Neurosis, Neurot Records - Ides of Gemini revient donc cette année avec Women et surtout un nouveau line-up, puisque Sera Timms abandonne sa basse au profit d'Adam Murray, ne se consacrant désormais plus qu'au chant, tandi que Scott Batiste, batteur occasionnel lors des tournées, intègre pleinement le combo. On peut ainsi parler d'un nouveau Ides of Gemini, bien que la patte initiale ne se soit clairement pas égarée en chemin. Bien au contraire. La nouvelle configuration semble ancrer encore plus vivement le groupe dans ses fondations et lui permet de délivrer ces dix nouveaux titres avec une solide assurance.
Pour les codex, on parlera volontiers de doom, de rock occulte, de post-punk, de heavy voir de goth, mais le groupe lui même n'avance pas de ligne précise en terme de genre. L'intention est sans aucun doute dans l'effet produit, non dans la classification. Sur le fond, Ides of Gemini ne construit pas ses pistes selon une architecture tortueuse: les riffs de guitare, les lignes de basse et les pulsations de batterie, restent simples. Mais simplicité n'est pas ici synonyme de faiblesse. La focale est en effet tournée sur l'atmosphère, travaillée pour être épaisse et hypnotique, et c'est sur ce point une réussite. Dès l'opener, "Mother Kiev", la signature de J. Bennett s'impose pour électriser l'épiderme et capter efficacement notre attention. Les riff s'enrichissent de nappes denses de basse qui semblent s'enrouler autour de nous, puis se fraie enfin cette once d'étrange qui préside à l'album et que la voix féline de Sera Timms sait porter en avant avec justesse, charriant tout un florilège d'émotions précises. Ni feutrée ni criarde, ni caressante ni violente, celle-ci n'est pas sans rappeler - et de manière troublante - celle de Siouxsie Sioux à l'époque où celle-ci feulait avec ses Banshees. On peut également lorgner du côté des Butcherettes.
Alors, Women, car chaque chanson parle tour a tour d'une femme : une légende, une héroïne de l'Histoire, une actrice, ou encore une pure invention de l'esprit de J. Bennett et Sera Timms. Des portraits et donc une tonalité pour colorer chaque chanson qui en brosse les traits, l'histoire, les émois. Ainsi, "The Dancer", offrira à l'auditeur quelque chose d'ingénu, Sera se révélant malicieuse dans les couplets, habitée dans les refrains et la guitare, quant à elle, vive dans ses attaques, délicieusement acide dans ses soli. "She Has a Secret" sera la langueur incarnée, un tourment gracieux s'élevant dans l'air, et une fébrilité parfaitement figurée par les impulsions de batterie. Quand "Raft of Medusa" sera amère et incisive, "Sawn Diver" plus agressive et entêtée, "Heroine's Descent" sera drame, avec son ouverture éthérée, rêveuse, et sa progression implacable vers un paroxysme poignant. "Queens of News Orléans" enfin, sera un bercement des sens, tel un rite final dirigé à geste lents et concentrés, ouvrant quelque instant de transe mystique.


On a souvent dit d'Ides of Gemini que son principal défaut résidait dans le caractère monolithique de ses compositions. Women pourrait de prime abord laisser cette impression une fois encore. Mais en vérité, passé plusieurs écoutes, l'on se prend à en chercher au contraire les richesses, à en percevoir doucement la progression et au final à se laisser plus aisément porter. Il manque cependant encore un petit quelque chose pour que l'ensemble emporte totalement la conviction dès la première écoute. Mais le groupe affiche une belle identité, de plus en plus solidement ancrée, et je me prends à penser que l'avenir leur réservera le meilleur.



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