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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 20 juillet 2017
Sa note : 12/20

LINE UP

-Ida Elena
(chant)

-Thomas Goldney
(guitare)

-Orlok Davis
(guitare)

-Nick Laskos
(basse)

-Simos Lantides
(batterie)

TRACKLIST

1) Race of Destiny
2) Artemis
3) Reaching for the Sun
4) In Desertis
5) The Butterfly Raiser
6) Sands of Time
7) Hear Me Out
8) Orion's Light
9) Ashes
10) Robin's Eyes
11) The Devil's Call
12) The Sword and the Stone and the Wolf

DISCOGRAPHIE


Bare Infinity - The Butterfly Raiser



Bare Infinity a beau exister depuis maintenant quatorze ans, ils n’ont sorti que deux albums et un EP, entourés de quelques démos. La liste des musiciens ayant fait partie du groupe étant longue comme un jour sans bière, on peut raisonnablement imaginer que ces changements incessants de line-up sont responsables du faible nombre de sorties du groupe grec. Preuve en est : du line-up officiant sur Always Forever, il ne reste que le guitariste, Thomas Goldney, sur The Butterfly Raiser. Et ce n’est pas le seul changement.

En tous cas, il y a un changement qui n’en est pas vraiment un : le remplacement de la chanteuse Angel Wolf-Black par Ida Elena. La nouvelle venue est en effet extrêmement proche de sa prédécesseure en timbre comme en tessiture... par contre elle arrive avec une caractéristique perso dont on se serait bien passé : une inaptitude totale à l’émotion. Son chant est techniquement irréprochable, c’est propre, c’est lisse, et c’est PLAT comme on peut difficilement l’imaginer. Même si Wolf-Black n’était pas la chanteuse la plus expressive de la planète, on sentait dans des chansons comme "This Silence" qu’elle essayait de faire passer quelque chose. Elena est pour sa part toujours égale et n’exprime rien si ce n’est un petit côté joyeux-bienveillant permanent qui semble parfois totalement hors de propos. Genre sur "Reaching for the Sun" où elle nous explique qu’elle a traversé des épreuves vachement pas faciles sur un ton qui donne l’impression qu’elle nous demande de passer le sel, ou encore le refrain de "Artemis" où elle nous supplie de ne pas tomber dans le côté obscur alors qu’on dirait qu’elle chante "Kumbaya". C’est suffisamment dérangeant pour casser l’immersion.
"Artemis" comme "The Butterfly Raiser" dévoilent un trait qu’on ne trouvait pas dans Always Forever : l’utilisation de thèmes celtiques qui fonctionnent plutôt bien, ajoutant un côté festif au power-heavy mélodique du groupe. Le morceau-titre dévoile par ailleurs ce qui est un des défauts récurrents de l’album : une obsession pour les couplets calmes et une douceur coupable qui dessert clairement le propos. C’est presque compulsif : à de rares exceptions près, dès que le groupe muscle un peu sa musique il devient intéressant… et fait retomber le soufflé tout de suite après. "Sands Of Time"et "In Desertis" partagent ainsi un début épique, plein d’emphase et de bourrinitude (oooh le presque blast sur "In Desertis" !) qui fait lever le sourcil, et BIM ! Dès que la voix arrive, la guitare et la double se calment et tout ça se popifie soudainement. Pire : la présence du très bon guest masculin Max Morton sur "In Desertis" fait regretter qu’il n’ait pas enregistré tout le chant tant son timbre chaud et semi-écorché apporte à Bare Infinity la dose d'emphase qui leur manque. De la même façon, quand Goldney se met à beugler sur "Ashes" on regrette que cette intervention soit l’exception et non un véritable duo chant clair féminin / growl comme on peut en trouver ailleurs.
L’autre point qui différencie franchement The Butterfly Raiser de Always Forever, c’est le changement de statut des claviers. Alors que ces derniers étaient très en avant sur l’album de 2009 (ce qui avait valu pas mal de comparaisons avec Nightwish), ils sont désormais fondus dans le mix et l’équilibre entre eux et la guitare penche plus du côté metal que du côté symphonique. Leur présence n’est plus systématique, et quand ils apparaissent ils sont globalement beaucoup plus variés : en plus des habituelles nappes, on trouve beaucoup de piano, des cordes sur "Robin’s Eyes", de la flûte sur "The Sword and the Stone and the Wolf", un beat électro ça et là... cette volonté de variété est agréable. On la constate d’ailleurs dans les quelques tentatives plus prog du groupe, qui rencontrent des succès inégaux. Dans la série WTF, le break de "Devil’s Call" voit débarquer une grosse repompe de "Feeling Good" (oui oui, la chanson rendue célèbre par Nina Simone et Muse) qui tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu d’un titre de heavy moderne sans aucun rapport. C’est de très mauvais goût, à l’inverse des plans instrumentaux concluant le très pêchu "Hear Me Out" qui font rêver à ce que Bare Infinity pourrait devenir s’il décidait de faire du prog épique et violent.


Rarement un album aura autant soufflé le chaud et le froid. Chanteuse fadasse mais arrangements ciselés, passages musclés excellents mais systématiquement édulcorés, côté progressif intéressant mais maintenu en retrait… Bare Infinity semble à la croisée des chemins. On sera curieux de voir ce que le futur donnera, du moins si leur prochain album sort avant 2025.


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