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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 27 juillet 2017
Sa note : 16/20

LINE UP

-Cervantes
(chant)

-Aldébaran
(choeurs+guitare+clavier+basse)

-Aboth
(clavier+batterie)



TRACKLIST

1) Sombre val
2) La chevauchée des esprits de jadis
3) Ruines scellées en la vieille forêt
4) A l'orée de l'escalier sylvestre
5) La grotte de la chèvre d'or
6) Sous la voûte de chênes
7) Clameur des falaises
8) Errances (Lueur des sources oubliées)
9) Présence des orbes

DISCOGRAPHIE


Darkenhöld - Memoria Sylvarum
(2017) - black metal mélodique médiéval - Label : Independent



Qu'est-ce que le black metal français ? Qu'est-ce qui le caractérise et fait son identité propre ? Une problématique vaste, pour laquelle la réponse n'est pas limitée à une seule vision, puisque celles des acteurs de la scène divergent radicalement.

Le visionnage du récent Bleu Blanc Satan laisse notamment carte blanche à quelques-uns des noms fondamentaux de la scène (Hreidmarr, Mey'nach..) pour développer longuement sur l'esprit du genre et la mystique qui l'entoure. Ils restent néanmoins enchaînés aux positions fondamentales du style, à savoir le satanisme et la pseudo-philosophie teintée de nihilisme qui y est rattachée, lorsque certains autres groupes, tels Blut Aus Nord ou Sektemtum, notamment, ont compris que la réalité actuelle est gavée d'une violence sociale et économique, et ont axée l'imagerie de leur œuvre dessus. Une fois passée par le prisme de leur musique, toute cette violence ressort par la description de tous les aspects d'une société décadente pour laquelle certains prônent la misanthropie, d'autres le détachement et l'isolement. Le dernier grand « courant de pensée » français relatif à l'Art noir peut être rapporté à la mouvance qui a une estime importante du passé, et des racines historiques, assez souvent moyenâgeuses ou dix-neuviémistes, en gardant souvent à l'esprit que les vices n'étaient alors pas inexistants. Parmi ceux-là, il est possible de dégager Aorlhac, Anorexia Nervosa ou, pour y venir enfin, Darkenhold.
Darkenhold qui, après déjà trois albums, continue à cultiver la tradition d’un black metal médiéval à l’imagerie et aux thématiques teintées de fantastiques. Un constat qui n’aura jamais été plus vrai que pour Memoria Sylvarum dont les titres renvoient à l’âge d’or de Belenos. Dans la formule, pas de changement majeur, en dehors d’une utilisation plus fréquente des guitares acoustiques : toujours un black à dominante mid-tempo présentant une forte dualité entre dissonance et mélodie, tranché par des cavalcades de bon aloi. De même, les solos très typés heavy sont toujours présents, ne perdant rien de la maestria qui les caractérisait sur les disques précédents, prenant encore une part importante dans l’aspect épique et parfois solennel de l’œuvre. Si les éléments musicaux ne diffèrent pas radicalement, la production, elle, étonne en étant plus raw que d’ordinaire : bien que demeurant assez clair, le son de guitare se pare d’un grain faisant sonner l’ensemble plus agressif.
Un artifice n’étonnant que peu de la part d’une formation se voulant un hommage, ou l’héritière, à la tradition française qui a souvent craché sur la surproduction au profit du tout naturel. Toujours est-il que ce détail rend l’écoute moins aisée que celle des précédents disques. Est-ce un mal ? Du tout, puisque l’effort alors accordé est récompensé par une musique tout aussi inspirée et majestueuse que d’ordinaire. Ceux qui adhèrent aux thèses des zigotos cités plus haut pourront même se faire plaisir et parler d’un retour à un peu d’élitisme, en caressant la larme à l’œil leur exemplaire des Blessures de l’Âme. Ils ne seront pas les seuls d’ailleurs à avoir un souvenir humide puisque les influences de la formation, Emperor en tête ("Clameur des Falaises", titre tout droit sorti d’In The Nightside Eclipse) et les premiers Abigor suivant de près, sont une fois de plus digérées et sublimées de façon bien apparente dans des titres d’une qualité homogène ; le haut du panier du black à tendance médiévale.


Ménestrels de moult talent, les membres de Darkenhold poursuivent sur leur lancée en délivrant encore un album représentatif de l’exception française. Toujours marqué par l’identité médiévale et l’excellence dans la formule, qui évite avec habileté les travers du genre (surdosage du sympho pouet-pouet, riffs épiques en carton et tentatives pour allonger vainement les titres avec deux riffs qui se battent en duel…),  la formation confirme sa place parmi les leaders de la nouvelle vague de groupes du genre apparue au début de la décennie.



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