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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 12 décembre 2017
Sa note : 19/20

LINE UP

-Terry Jones
(chant)

-Alan Jones
(guitare)

-Diccon Harper
(basse)

-Andy Green
(batterie)

TRACKLIST

1) The Rising of the Dead
2) The Portrait of Dorian Gray
3) Danse Macabre

4) Dance of the Vampires
5) The Room of Shadows
6) The Ripper
7) After Forever


DISCOGRAPHIE


Pagan Altar - The Room of Shadows
(2017) - heavy metal doom metal hard rock proto-doom fantastique - Label : Temple of Mystery



« Diamants noirs sur le cœur, diamants noirs sur la Rolex / 12 coups il est l'heure, enfante leurs mères qu'ils te reconnaissent / 12 coups il est l'heure, 12 coups il est l'heure / Beurre, argent du beurre, né honnête, j'vais crever malhonnête. » - Comme le rappelle tendrement Boulbi dans les paroles ci-rapportées, vient un moment de la vie d'un homme où il est temps de faire parler les diamants noirs. Ce moment, c'est la minuit, et ses douze coups impossibles. Pour le beurre et son argent, nous accompagnerons la citation d'un silence poli. Pour ce qui est, en revanche, de « crever malhonnête », là, par contre, c'est carton plein. A moins que l'on ne meure jamais. Car les morts se relèvent, parait-il.

"The Rising of the Dead" commence et, d'emblée, c'est la claque. La frappe la plus avidement « heavy » qu'il m'ait été donné d'entendre en cette année de malheur. Tenez-en moi rigueur tant cela relève de la faute : c'est avec cette frappe que je découvre Pagan Altar le Magnifique. La réputation du groupe m'était bien venue aux oreilles, sifflant son air magique, mais je n'étais pas tombé sous la force d'attraction de cet esprit. Le hasard, le destin : voici ma chute. Car, rompons le silence des morts tout de go : The Room of Shadows est un classique instantané, level Nightfall de Candlemass, un battement de cœur intense venant de la crypte, une Rolex aux noirs diamants. Son contexte seul (mais il faudra bien revenir à la musique plus tard, quitte à prendre sur le temps nous étant, à nous aussi, compté plus que jamais), son contexte seul, ainsi, est une pierre noire. Imaginez. Cet album sans faille est l’œuvre d'un mort. Terry Jones, à la voix de magicien décrépi, de sorcier-ermite repenti, est décédé en 2015 - longue maladie, mal suintant - (paix à son âme). Dans un moment de force, Terry enregistre des lignes de chant, pour cet album dont la sortie était d'origine prévue de longue date. La maladie le rattrape avant que l'album ne paraisse, le deuil est un sablier dans lequel le sable - noir - du temps s'écoule fatalement. Arrive 2017 et, accompagnant cette année maudite, The Room of Shadows, qui en est, si l'on veut, sa justification la plus valable. Le fils, Alan Jones, occupe la guitare et s'occupe, se survit de mettre au monde la dernière œuvre de son défunt sorcier de père. Il arrange, réarrange, donne vie. Frankenstein. Le fils donne naissance au père dans un acte de mémoire. L'histoire aurait pu s'arrêter ici. J'en tremble déjà d'émotion. Mais il faut évoquer la musique, qui elle-même, évoque bien d'autres choses.
La première piste déjà évoquée/invoquée, "The Rising of the Dead" et son accord primordial d'une lourdeur charnelle ouvre les portes de l'en-dessous. Rarement n'a été entendu plus bel hommage au père Sabbath. Le morceau lancine ainsi qu'un mort sur la lande, puis attaque, s'octroie un droit à la gorge, fait couler un filet de sang bientôt suivi d'un flux océanique. Entre doom et heavy metal zigzaguant, la file indienne des morts nous apparaît. Virevoltant dans son suaire, Terry Jones fait ensuite revivre "The Portrait of Dorian Jones" le temps d'un morceau éclair, frappant, plus hard rock qu'heavy et plus heavy que doom. La guitare fuse d'un talent habité. D'un doigté divin/démoniaque. Le chant de magicien-narrateur-fou, nasillard, venant autant du fin fond de l'être que de la cavité nasale de son invocateur, s'offre de magnifiques parties. Partout la lourdeur, la vie coulant à flot parmi le réseau des mortes-veines, mais aussi l'imagination folklorique d'un monde fantastique, peuplé de fées et de dandys en noir, avec "Danse Macabre", notamment. Ce n'est plus rien de ce que l'on connaît et les partitions font apparaitre les spectres, fantômes et démons au détour de passages folk, doux et mystérieux dont l'apogée se trouvera sur la sensible - ô combien sensible - "The Room of Shadows". Le ton est d'une justesse à pleurer. La guitare, dans ses riffs, d'une efficacité vers laquelle ne fait qu'aspirer, de loin, un Electric Wizard, survole l'ensemble de la prestation. Ses envolées, nombreuses, permanentes, d'un naturel puissant, renvoient davantage à Wishbone Ash ("Dance of the Vampires" - par laquelle le frisson vient des cordes.) Trame de fond, la mort planante, le temps, la vie parfois (après la mort - souvent), la peur, le légendaire, l'admis et l'inadmissible... l'ensemble conté d'une voix qui - anachronisme ignoble - rappellera au contemporain la voix nasale de Brent Hinds (Mastodon) ou, pour évoquer un genre moins lointain de celui pratiqué par Pagan Altar, celle de Patrick Walker (Warning, 40 Watt Sun). Une voix magique, d'outre-tombe. Chateaubriand en deuxième position. Relique Sainte est cet album.


Il faut s'arrêter là, en pleine tâche. Terry ne le sait que trop bien. Avons-nous eu nous le temps de signaler la pertinence des arrangements multiples de l'orchestration ? Le sens inné de la mélodie touchante ? Que dire alors de la balance subtile qui a été atteinte, celle de la beauté dans la laideur, de l'acceptation et de l'horreur finale. Jamais musique n'a été plus humaine - et pour cela il fallait qu'elle émane d'un mort. Le final "After Forever", court duo du père et du fils, pour en témoigner et mettre un point ultime à l’œuvre d'un homme. Un grand disque de frissons, d'horreur et d'amour.


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