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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 21 janvier 2018
Sa note : 14/20

LINE UP

-Joshua Michael "Josh" Homme III
(chant+guitare+claviers+basse)

-Alfredo Hernández
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Christopher Ryan "Chris" Goss
(chœurs+basse sur "You Would Know" et "Give the Mule What He Wants")

-Fred Drake
(chœurs+batterie sur "I Was a Teenage Hand Model")

-Patrick "Hutch" Hutchinson
(piano sur "I Was a Teenage Hand Model")

-Mike Johnson
(programmation sur "I Was a Teenage Hand Model")

-David "Dave" Catching
(percussions sur "I Was a Teenage Hand Model")

TRACKLIST

1) Regular John
2) Avon
3) If Only
4) Walkin' on the Sidewalks
5) You Would Know
6) How to Handle a Rope
7) Mexicola
8) Hispanic Impressions
9) You Can't Quit Me Baby
10) Give the Mule What He Wants
11) I Was a Teenage Hand Model

DISCOGRAPHIE


Queens of The Stone Age - Queens of the Stone Age



Et après, qu'est-ce qu'on fait ? Que faire après avoir sabordé son groupe que l'on a conduit aux sommets qui paraissaient accessibles, au côté de post-adolescents défoncés écumant les routes poussiéreuses et quelques grosses scènes en compagnie des cadors ? Que faire après Kyuss ? Vivoter sur sa réputation, multiplier les projets plus ou moins aboutis, se camer jusqu'à l'os en attendant qu'un ancien comparse entreprenant vous contacte ? Revenir aux sources. Bifurquer. Y croire. Obstinément.

Josh Homme y croit, aucun doute là-dessus. Celui qui branche sa guitare sur des amplis basse, celui dont on a dit qu'il inventa le stoner avec ses ex-compagnons ne lâche pas l'affaire. À peine Kyuss, dont l'ascension semblait irrésistible, s'est-il séparé, que l'imposant six-cordiste met sur pied une nouvelle section électrique constituée, principalement, de lui-même. Les intentions sont claires et le pluriel des délicieusement nommées Queens of the Stone Age ne trompe personne : la formation sera le joujou exclusif du grand Joshua. L'entité naissante enregistre trois titres qui figurent sur un EP partagé avec Kyuss, transition presque naturelle, à la fois cadeau d'adieu et promesse d'une continuité. Ancien batteur du collectif de Palm Desert, Alfredo Hernández est embarqué dans l'aventure et quelques mois plus tard, le duo, aidé ponctuellement de quelques potes, accouche d'un premier LP auto-intitulé. La pochette centrée sur un déhanché évocateur avec deux doigts dans la culotte à la manière d'un Sticky Fingers au féminin annonce déjà autre chose que les virées dans la caillasse et la fournaise chères à Kyuss – le visuel alternatif façon nanard cosmique sur lequel une pin-up dévoile le haut de sa généreuse anatomie renforce l'intuition que ce sera moite et sexuellement explicite. Pourtant, l'ambiance de l'hypnotique "Regular John" qui ouvre le recueil fait moins songer aux bacchanales de Mötley Crüe qu'à une relecture stoner/ shoegaze de Can, entre chant éthéré, guitare abrasive et beat métronomique. Le nerveux et presque pop "How to handle a Rope" et "Give the Mule What He Wants", groovy à souhait avec ses chœurs évaporés en guise de refrain, témoignent également d'une volonté de se frotter à la concision du format chanson, pour un résultat plutôt convaincant.
Cependant, le grain grave et gras qui grésille à chaque coup de médiator maintient un lien évident avec le passé proche des deux membres de QOTSA, spécialement sur les tempos les plus engourdis - le paroxysme étant sans doute atteint sur "Walkin' on the Sidewalks" dont la répétition de bout en bout du même thème basique et la coda délayée rappellent les séquences les plus chargées de Kyuss. Néanmoins, même sur ces occurrences, le calque n'est pas parfait. En effet, le chant de Homme diffère sensiblement de celui de Garcia, son ex-partenaire à la voix de coyote étranglé. Modulant le chant  selon l'humeur entre intonations flûtées comme sur le single "If only" et phrasés post-gueule de bois – très prégnants sur le final "I Was a Teenage Hand Model" qui fleure bon le réveil difficile d'un dimanche après-midi – le titulaire du micro offre en outre une surprenante imitation de Layne Staley sur "You Would Know", dont le thème fait songer à celui de "Hate to Feel" d'Alice in Chains, ainsi que sur le sinueux "You Can't Quit Me Baby" au climat proche de Dirt, le sombre chef d'œuvre du collectif de Seattle. A l'instar de ce dernier, les Queens of the Stone Age tissent des atmosphères intranquilles mais jamais glauques, dont les relents toxiques perturbent, parfois, la rigueur des compositions –certains riffs manquent de tranchant et les conclusions de relief. Néanmoins, pour embrumé qu'il soit, le propos demeure suffisamment varié pour maintenir l'intérêt jusqu'au terme d'une réalisation à cheval entre fidélité et émancipation, savoir-faire et apprentissage.


La rupture n'aura pas lieu. Pas tout de suite. Tout aussi droguée que celle de Kyuss, la musique des Queens of The Stone Age racle le bitume avec une obstination salace, trépidation sensuelle et psychédélique battant sous la morsure du soleil californien. Mais Josh Homme est un meneur de gang aussi rusé qu'ambitieux : le rustaud sait roucouler quand l'envie lui prend, et nul doute qu'en espaçant un peu plus ses prises de substances, son pouvoir de séduction pourrait s'étendre bien au-delà du cercle des gagneuses qu'il affiche en couverture de ses disques. Protéiforme, inégal, hébété, déroutant, le premier essai longue durée de QOTSA finalise le passage de témoin entre deux époques, le basculement à la fois doux et rugueux de son talentueux leader dans un monde plus délicat et plus exigeant. Il faut bien ça pour plaire aux filles.


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