17864

CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 14 février 2018
Sa note : 16/20

LINE UP

-Romain Le Bihan
(chant)

-The Ashes
(chœurs)

-Guillaume "Kasumi" Fiat
(guitares)

-Harry "Ikari"
(basse)

-Jean
(batterie)

TRACKLIST

1) We Love Because He First Loved Us
2) We, The Blood
3) Swarming Creatures
4) Dying For The Love Of Gods
5) Living For The Love Of Us All
6) We, The Blood (Acoustic Version)
7) Swarming Creatures (Acoustic Version)
8) Dying For The Love Of Gods (Acoustic Version)

DISCOGRAPHIE


GaidjinN - L.O.V.E. - Rise From The Ashes (EP)
(2017) - rock black metal néo metal pop rock anthropomorphe - Label : Autoproduction



Avez-vous remarqué à quel point l'histoire de l'être est émaillée de dates ? Les petites dates de la grande Histoire et les grandes dates des vôtres ? Et puis les symboles. Il y en a tant. Vous en avez tous en tête, non ? Que vous fêtez ou que vous fuyez. Des instants que vous aimez et d'autres que vous bannissez, à date précise. Des « j'adhère » et des « je m'en fiche de ». Dans tous les cas, il y a date et date marque l'esprit. Hé bien, même si je lui préfère amplement le 11 mars, le 2 juin, le 15 octobre, le 5 décembre, et d'autres encore, ce soir, et avant minuit, je choisi de vous parler d'une date que j'ai notée moi aussi pour m'en ficher d'abord puis pour me raviser : le 14 février. Et d'emblée vous allez me clamer le symbole: L.O.V.E. Et vous aurez tapé juste !

Le 14 février 2016 paraissait en effet L.O.V.E. - Rise From The Ashes, signé du groupe français GaidjinN. Alors, permettez moi de parler de cet A.M.O.U.R. et de saluer l'un de ces « Djinns », êtres anthropomorphes dont la légende dit qu'ils ont le pouvoir d'influencer spirituellement l'être humain. Il est question comme toujours de musique, de cet art génial qui accompagne si savamment les pensées, les songes et les intelligences, quand il ne pousse pas l'audace à les orienter. Gaidjinn, pétri d'influences multiples, porte son siège à la frontière du spirituel et du cru rationnel et chante ici Amour. Mais oubliez d'emblée toute la mièvrerie que la date sus-mentionnée pourrait éveiller en vous. Car vous ne serez pas en reste de violence - sens propre et figuré. Décriant l'amertume de certaines réalités, GaidjinN cherche à emporter l'esprit vers un songe onirique certes, mais sans se départir d'une hargne frontale. Pour ce faire, il est cependant très fin. Il tisse une toile tendue de fils de soies orientales, teintées des acides de notre occident, ose même emprunter quelques mèches d'une gipsy au visage farouche et compose au fur et à mesure de sa progression un dessin kaléidoscopique de superbe facture, maniant d'une main experte une navette de metal brut, un metal saisissant à tout point de vue. Et l'ensemble s'offre à nous comme l'amour: sensuel, exotique, ardent et violent.
Cela débute par un chant diphonique mongol. De petites notes sèches aux consonances orientales. Puis vient l'attaque. Et le martellement tellurique. Une sensation immédiate de dichotomie entre spiritualité enlevée et modernité râpeuse se déploie. Une introduction très courte, mais qui donne le « la » et ouvre les portes de l'univers du Djinn, entre orient et occident. S'en suit immédiatement le choc frontal: riffs acérés et blasts furieux, complainte acide et voix riches, en parfait accord. "We, The Blood" nous cueille en effet dans un élan puissant, mêlant instants de rage et envolées de grâce. « Le GaidjinN » fait merveille, les entrailles sont mises à l'épreuve par les passages en chant âpre, tandis que les intonations claires, soutenues par les interventions des choristes de The Ashes remontent délicieusement le long de la colonne vertébrale. Mais ce n'est que le début, car "Swarming Creatures" pose le constat avec plus de force encore. Et à ce titre, nous ne pouvons que saluer l'excellent choix du combo d'apporter à ses compositions une voix lead de si belle tessiture et ces chœurs non moins superbes, portant ainsi encore plus haut le propos d'une musique originellement composée pour être purement instrumentale et saluée pour sa qualité par la critique. Car oui, ici, le chant se place bel et bien pour sublimer une instrumentation particulièrement soignée. Et c'est une pure réussite.
Prenons "Dying For The Loves of Gods" pour éloquent exemple: une introduction à l'orgue vous permettra de pénétrer par le portique principal des sacro-saints lieux dédiés à l'amour divin, la guitare, soutenue par les chœurs angéliques, vous poussera jusqu'à l'autel, l'attaque vocale composera pour vous les traits du désarroi et de l'acidité nécessaires à dévisager ici l'assistance, et le trio instrumental achèvera de faire voler en éclat le moindre vitrail composant le décorum. Encore, "Living for the Love of Us All", certainement le cœur de cet EP: son attaque puissante, ses chatoyants glissandos orientaux, ses chœurs sensuels et la hargne brutale du chant lead portés à un paroxysme d'excitation sauvage à la mesure des pulsations abruptes et de la basse grondante d'émoi qui les accompagnent, encore ses envolées de guitare, lâchée comme une folle sur le chemin de l'extase, l’extrême frénésie de l'ensemble, cette tension soutenue tout du long et ce souffle court final, « love », qui vous abandonne, essoufflés, éprouvés; toutes ces composantes si parfaitement conduites font de "Living for the Love of Us All" un morceau d'une violence sensuelle extrême. Parvenus à ce stade, l'on découvre alors une seconde facette du Djinn, car en effet, l'EP se fend des trois titres principaux dans leurs versions acoustiques. Passée la fureur métallique, place est faite à un autre type de fébrilité. La musique se fait en effet plus chaude, plus ronde, plus tendre. Les accents classiques/hispaniques de la fiévreuse guitare, les voix tantôt suaves, tantôt écorchées, toujours gorgées d'émotion, la rythmique plus ouatée, nouent le ventre avec délice, et je dois l'admettre, surprise, car rien jusqu'à présent ne laissait entendre que L.O.V.E. prendrait pareille tournure. Ici, "We, The Blood" se fait conte tragique, haut en couleurs, "Swarming Creature" devient une farouche cavalcade, quand "Dying For The Love Of Gods", une once trop sucrée peut-être cette fois, achève l'offrande. Une superbe offrande qui laisse présager le meilleur.

L.O.V.E. - Rise From The Ashes se révèle donc être une très belle composition, soutenue de surcroît par une production de qualité. À la frontière de plusieurs genres musicaux, l'hybride GaidjinN fait montre d'un talent certain et l'on ne peut, à l'écoute de cet EP, que l'encourager à poursuivre sur cette excellente lancée. Un groupe à suivre de très près.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 1 polaroid milieu 1 polaroid gauche 1