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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 21 février 2018
Sa note : 15/20

LINE UP

-Matt LoCoco
(chant+guitare)

-Danny Cruz Borja, Jr
(basse)

-Mike LoCoco
(batterie)

TRACKLIST

1) Snake Wine
2) Beside Moonlight
3) One More Beyond Need
4) Constriction
5) Cloud Zeppelin
6) Parasight
7) Worlds Apart
8) Clones
9) Outlaw By Disguise

DISCOGRAPHIE


Transit Method - We Won't Get Out Of Here Alive



Power trio. Une formule magique qui fait briller les yeux de nombreux esthètes la considérant comme la martingale censée garantir l'excellence d'un (hard) rock a priori plus brut, plus viscéral, plus « sincère » que celui asséné par des effectifs renforcés. Certes, il est moins facile de se planquer derrière ses petits camarades quand sa partition pèse (presque) autant que les autres – n'est-ce pas, ami bassiste ? Néanmoins, le succès est-il systématiquement au rendez-vous ? Quelques noms pour se faire une idée : l'Experience de Jimi Hendrix, The Police, Vardis, Motörhead selon les périodes, Venom, Coroner, Nirvana, Blink-182, Nursery ... Et Rush. Quoiqu'il en soit, l'album inaugural de Transit Method est la preuve que la formation canadienne dernièrement nommée suscite encore des vocations.

Sur une bonne partie de We Won't Get Out Of Here Alive, les trois Texans - qui ont baptisé leur groupe d'après une méthode de recherche des exoplanètes - ne cherchent pas vraiment à dissimuler leur dévotion pour celle bien connue sur laquelle évolue la bande d'Alex Lifeson : compositions à tiroirs, riffs vigoureux, réverbération sur la guitare et sur la voix - celle-ci se situant assez haut en tessiture. Clairement, les bases sont soigneusement respectées. Toutefois, le timbre de Matt LoCoco se fait moins perçant que celui de Geddy Lee, évoquant davantage un mélange entre celui de Perry Farrell (Jane's Addiction) et Cedric Bixler, le rendu général pouvant s'apparenter sur certaines occurrences à une variante moins hirsute d'At the Drive-In. Sur des tempos relativement soutenus- pas de ballade chichiteuse ou vénéneuse au programme, juste un interlude intitulé "Cloud Zeppelin" – la section d'Austin déroule un heavy prog mélodique et puissant, le son parfaitement équilibré rendant justice à la dextérité de musiciens qui ne se mesure pas tant en terme de virtuosité que de complémentarité. Malgré un parcours récent marqué par un changement de bassiste et une discographie famélique – un EP vieux de trois ans (Celebrate Mutations), un single (Roach) – la cohésion des trois individus, manifeste, leur permet de proposer une version convaincante et vivace du Rush seventies sur leurs compositions les plus longues.
Le morceau de bravoure "Outlaw in Disguise" qui clôt l'enregistrement s'inscrit dans cette tendance tout en convoquant d'autres réminiscences au gré des modulations harmoniques typiques du Voivod onirique de The Outer Limits, au point de donner l'impression d'entendre une mouture abrégée de l'impressionnant "Jack Luminous" des Québecois. Dommage que la coda se résume à une succession d'arpèges cristallins, aussi plaisants soient-ils, en lieu et place de l'explosion attendue après la montée en tension savamment concoctée au préalable, déception déjà éprouvée sur "Clones", dont la conclusion se révélait encore plus abrupte. Force est de constater que la difficulté du collectif à terminer ses chansons autrement qu'en les coupant net ou en y adjoignant une séquence dévitalisée tempère légèrement l'enthousiasme que ces dernières déclenchent au détour d'une accélération bien sentie, comme celle mettant en orbite le fulgurant "Parasight", ou à la faveur de délicieuses digressions mélodiques – "Snake Wine" et son ambiance aussi musclée que décadente en constituent un exemple tranchant. Ces deux titres plus ramassés témoignent de l'alternance entre courtes séquences percutantes et chevauchées plus ou moins maîtrisées, un peu à la manière de Budgie – autre triade singulière des années soixante-dix. Cette diversité bienvenue, loin de casser l'harmonie d'ensemble, concourt au caractère finalement accrocheur et attachant du premier essai longue durée des Nord-Américains du Sud dont la riche palette rend optimiste quant à la qualité des œuvres à venir.


En dépit de quelques épilogues frustrants et d'influences parfois envahissantes, le premier LP de Transit Method surprend agréablement grâce à une écriture variée et le plus souvent efficace, à défaut d'être follement originale. Fusion globalement cohérente de prog metal, de hard rock seventies et de heavy contemporain, We Won't Get Out Of Here Alive laisse filtrer de belles réussites et permet d'entrevoir un potentiel très intéressant. Il ne reste plus qu'à souhaiter à leurs auteurs de trouver l'alchimie qui leur permettra de transcender un héritage âprement disputé.


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