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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 27 mars 2018
Sa note : 10/20

LINE UP

-Johanna Kurkela
(chant+violon)

-Troy Donockley
(chant+guitares+bouzouk+cornemuse irlandaise+flûte irlandaise+aérophone+bodhran) 

-Tuomas Holopainen
(claviers)

TRACKLIST

1) The Space Between
2) I Hope your World is Kind
3) Skeleton Tree
4) Desert Flower
5) Night 13
6) See
7) The Name of the Wind
8) Aphrodite Rising
9) Savant
10) Underthing Solstice
11) Them Thar Chanterelles (featuring Liquor in the Well


DISCOGRAPHIE

Auri (2018)

Auri - Auri
(2018) - folk - Label : Nuclear Blast



Rabbit Hole Music ? Celestial Metal ? Et non, ce n’est pas moi qui vient d’inventer ces termes, mais bien notre cher Tuomas Holopainen, le leader de Nightwish, qui en parle pour décrire son nouveau projet, Auri, accompagné de son acolyte Troy Donockley et de la vocaliste Johanna Kurkela. Bon, dans les faits nous sommes ici face à un disque de folk tout court, et d’une longueur de cinquante-six minutes. Qu’en est il du résultat ? Est-ce une agréable surprise tout droit sortie du chapeau des  trois protagonistes ? Sont-ce vraiment des compositions célestes ? Tuomas a-t-il réussi à se détacher de Nightwish, mais également de son album solo concernant la jeunesse de Picsou The Life And Times Of Scrooge sorti en 2014 ? De très nombreuses questions qui donnent envie de se jeter corps et âme dans cette œuvre, au visuel sobre et épuré. En vérité, les deux premiers extraits titillaient certes ma curiosité, mais sans vraiment me faire trépigner d’impatience. 

Auri est né depuis longtemps dans l’esprit des trois amis que sont Tumoas, Troy et Johanna. Cependant, les deux premiers étaient occupés avec Nightwish et Johanna avec ses propres tournées. Mais une démo était déjà composée et ce n’était qu’une question de temps. Tuomas l’a avoué lui-même, après la dernière tournée mondiale de Nightwish faisant la promotion de Endless Forms Most Beautiful, l’inspiration pour son successeur est restée en panne. C’est en travaillant sur Auri qu’il a retrouvé des idées pour ce dernier mais également pour le futur de Nightwish. Après un enregistrement dispersé en Europe (Finlande pour les compositions de Tuomas, Angleterre pour les parties de Troy) l’album est finalisé en septembre 2017. Déjà présente sur l’album solo du Finnois, Johanna sera la touche féminine du disque et occupe la quasi-totalité de l’espace vocal d’Auri. Justement, si la vocaliste possède un organe vocale assez agréable, elle manque clairement de variété et c’est un des grands défauts de cet album. Les lignes de chant se ressemblent et de titres en titres, cela lasse. La durée de l’album n’aidant pas. Les cinquante-six minutes d’un album folk, tendant vers la pop mollassonne par moments ("Aphrodite Rising") sont un soupçon trop longues et l’album auraient mérité un dernier découpage.
Effectivement, avant une belle conclusion dont nous reparlerons plus bas, la troupe finlandaise enchaîne trois titres ("The Name of the Wind", "Aprodyte Rising" et "Savant") n’apportant rien à l’œuvre. Tuomas expérimentant pourtant son folk depuis pas mal de temps, les sonorités de ces trois morceaux ne font pas frissonner une seule seconde l’auditeur, tant ils « meublent ». Sentiment que l’on retrouve également sur "I Hope your World is Kind" avec des éléments ré-entendus depuis de nombreuses années, que ce soit chez Nightwish ou d’autres. Et quand de nouvelles idées germent comme sur "Skeleton Tree", Auri loupe le coche en oubliant de varier sa composition ce qui débouche sur un simple titre sympa, mais monotone. C’est le cas également du single "Night 13" où on attend tout du long une véritable poussée vocale de Johanna mais qui n’arrivera jamais, ou encore du second single "The Space Between". Si l’intro fait mouche, on doit attendre le final pour entendre l’apport de Troy. Ce n’est que sur la quatrième piste, "Desert Flower", que l’on peut s'enthousiasmer.
Sur celui-ci, Troy apporte sa voix, très belle au demeurant mais quasiment pas mise en avant sur l’ensemble de l’œuvre. Pourtant, le Monsieur n’a plus rien à démontrer comme il l’a prouvé par ses interventions sur des titres de Nightwish tel que "My Walden" ou sur ses albums solo, avec le sublime "Pursuit of Illusion". Pour revenir au morceau en question, outre cet apport vocal, on retrouve également un instrumental digne d’un épisode de The Leftovers et qui fait ainsi penser à une composition de Max Richter. Ce titre est une véritable réussite. Il y en aura trois autres. L’élégant "See" qui met le plus en valeur la voix de Johanna, ainsi que les deux derniers titres de ce premier essai. "Underthing Solstice", œuvre de sept minutes, qui pour le coup est assez céleste, nous emportant dans différents mondes. Intro à la cornemuse, violon, orgue, ambiance glaçante où Johanna expérimente une voix beaucoup plus grave. Puis la déroutante "Them Thar Chanterelles", débutant sur des vocalises, sorte de chuchotements féminins, avant de laisser place à la flûte forestière et qui nous emporte dans un monde alternatif, fait de petits lutins et autres créatures étranges. Ce final permet à Auri de redresser la pente et surtout d’obtenir tout juste la moyenne grâce au talent de ses protagonistes mais pour le prochain essai, car, normalement, il y aura une suite selon Tuomas, plus de risques et de rythmes sont attendus.

C’est donc un album en demi-teinte que nous propose Auri. Dans son ensemble, l’album peine à décoller et nous procure que de trop rares émotions. Les parties folks manquent d’identité et sont écrasées par la voix de Johanna (comme sur "Night 13") qui, bien que talentueuse, manque de variations et d’intensité. Tuomas a plein d’idées et son talent est indéniable, mais à force de vouloir trop faire, il se perd dans un genre pop folk qui ne lui sied guère. Heureusement, grâce à ce même talent, il est capable de fulgurances, et la troupe finnoise arrive à proposer quatre titres qui tirent leurs épingles du jeu mais, quand on est face au leader de Nightwish on est en droit d’attendre une offrande équilibrée du début à la fin, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici. On préféra  largement son album solo sur la jeunesse de Picsou, bien plus cohérent et épique. On a désormais hâte de voir (ou pas) ce qui nous attend pour ce qui sera, déjà, le neuvième album de Nightwish.


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