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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 03 juin 2018
Sa note : 12/20

LINE UP

-Robert John Arthur "Rob" Halford
(chant)

-Glenn Raymond Tipton
(guitare)

-Richard Ian "Richie" Faulkner
(guitare)

-Ian Frank Hill
(basse)

-Mark Scott Travis
(batterie)

TRACKLIST

1) Firepower
2) Lightning Strike
3) Evil Never Dies 
4) Never the Heroes
5) Necromancer
6) Children of the Sun
7) Guardians
8) Rising from Ruins
9) Flame Thrower
10) Spectre
11) Traitors Gate
12) No Surrender
13) Lone Wolf
14) Sea of Red

DISCOGRAPHIE


Judas Priest - Firepower
(2018) - heavy metal - Label : Epic Records



Les mecs s'accrochent. Alors que certains membres de Judas Priest entament leur huitième décennie, le collectif de Birmingham sort un nouvel enregistrement, manière de rappeler aux fans et à la concurrence qu'il faudra encore compter avec lui pour cette fois. Question abrupte : cette obstination est-elle justifiée ?

La présence de Tom Allom, le producteur des albums de légende qui n'avait plus travaillé avec les sidérurgistes du Middle-West depuis un bail (Ram it down, 1988), annonce un retour aux sonorités victorieuses des années quatre-vingts. De fait, les intonations de Rob Halford se révèlent chaleureuses – humaines serait-on tenté d'affirmer en comparaison du traitement clinique qui dominait sur Redeemer of Souls, l'album précédent. Sans doute conscient que sa capacité de stridence s'est sensiblement amenuisée ces dernières années, le Metal God se cantonne dans des médiums rassurants qui lui permettent de se montrer à son avantage – vraisemblablement, la quintessence de ses aptitudes actuelles a été tirée par l'équipe en charge du son de Firepower. Malheureusement, ce constat plutôt positif a son revers, celui d'un spectre vocal rétréci qui ne donne pas la possibilité à Halford de réellement dynamiser les morceaux, le titulaire du micro se contentant de leur apporter la coloration spécifique à une réalisation de Judas Priest – ce qui constitue déjà une estimable performance. Or, l'affaiblissement du potentiel ne se limite pas au chant. En effet, les compositions, aussi « bien fichues » soient-elles, peinent à capter l'attention, faute de motifs vraiment accrocheurs. Personne n'attendait raisonnablement que les vétérans sortent un chef d'œuvre digne d'un British Steel ou d'un Screaming for Vengeance, mais alors que certains plans de Redeemer of Souls donnaient l'impression que le quintet n'avait pas encore tout dit, rares sont ceux alignés sur Firepower qui hissent ce dernier au dessus du tout venant heavy metal.
Certes, l'énergie est au rendez-vous, comme en témoigne la chanson-titre qui ouvre le recueil sur un tempo soutenu – Robert y tente même un scream. Le riff est acéré, l'ambiance menaçante, l'inexorable machine d'acier est prête à s'abattre sur les tronches – l'effet revival joue à plein. Sauf que tout cela a déjà été enregistré, réinterprété, réinventé des milliers de fois. Les guitares tricotent avec aisance mais ne sont guère téméraires, engendrant rapidement une lassitude qui s'installe à la faveur des ronronnements réitérés de ces tronçonneuses de luxe, à peine troublés par de faibles changement de rythme. La sonorité générique de la section des cordes doit sans doute beaucoup à Andy Sneap, le producteur des stars du heavy/ thrash des eighties, peu connu pour ses coups de folie et ses intuitions originales. Il y a fort à parier par ailleurs que le rôle de l'ex-Sabbat se soit étendu bien au-delà du mixage pour lequel il est crédité, à la lumière de la triste annonce relative à la Maladie de Parkinson dont souffrirait Glenn Tipton depuis plusieurs années. Néanmoins, la patience de l'auditeur averti qui sait qu'un LP de Judas Priest contient toujours de bonnes séquences est en partie récompensée à mi-parcours, à la faveur d'éléments qui sortent Firepower du tout sécuritaire dans lequel ses instigateurs l'ont mené jusque là : le refrain chromatique de "Flame Thrower", "Spectre" et son climat vénéneux, l'inspiration héroïco-germanique émanant de "Traitors Gate" ou encore la belle énergie qui irise "No Surrender" et fait regretter que celui-ci n'ait pas été exécuté sur un tempo plus enlevé. Malheureusement, l'affaire se conclue sur deux pistes délayées et peu enthousiasmantes - le balourd "Lone Wolf" au thème sans saveur et la ballade "Sea of Red" sur laquelle Halford tente en vain de faire vibrer la corde de l'émotion sur des accords convenus. Les cieux rouge-sang ont leur limites, le Prêtre les a invoqués en vain.


Engoncé dans une routine trop peu menacée, respirant le confort propre aux seniors qui ont passé l'âge des remises en question et des doutes existentiels, le dix-huitième effort longue durée de Judas Priest ne se situe clairement pas à la hauteur de la légende. Même en revoyant ses attentes à la baisse, il demeure difficile de passer outre les facilités d'une écriture en déficit d'audace, témoin d'un repli sur des acquis de longue date qui tend à faire douter du choix des concitoyens d'Ozzy Osbourne d'en avoir remis une couche. Restent une vigueur et une intensité qu'il est plaisant de retrouver chez les co-parrains du heavy metal qui parviennent, avec Firepower, à entretenir la flamme. Jusqu'à épuisement. Rien que pour cela, insister était sans doute pertinent.

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