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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 16 août 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Alzbeth
(chant)

-Julius
(programmation)

TRACKLIST

1) I
2) II
3) III
4) IV
5) V
6) VI
7) VII
8) VIII
9) IX
10) X
11) XI
12) XII
13) XIII
14) XIV
15) XV
16) XVI
17) XVII
18) XVIII
19) XIX
20) XX
21) XXI
22) XXII
23) XXIII

DISCOGRAPHIE





-  Dieu que tu es laid ! Approche-toi… Oui, tu es laid. C’en est presque monstrueux. Tu fais peur ...
-  Je… je m’en vais.
-  Non ! N’en fais rien !
-  Que voulez-vous encore ?
-  Te contempler.

 
Pêle-mêle : médiéval, oppressant, industriel, envoûtant, plébéien. Oh oui, plébéien. Amara Tanta Tyri s'immisce dans l'univers de petites gens d'il y a bien longtemps, les chants populaires, les horreurs de la guerre vécues de près. Point de château, pas de dames blanches. Si Henri V fait son apparition vía Shakespeare dans cette œuvre, la harangue du monarque n’a rien de très noble. « I was not angry since I came to France ! » nous éructe-t-il au visage, alors que la musique prend un aspect très menaçant. Le second album du duo semble avoir été enregistré dans un village qui se prépare à subir les affres de la guerre. Un village qui fourmille de vie et de peur. Un village près d’une forêt sombre. Celle où habite Alzbeth la sorcière. Elle a grandi la petite Alzbeth, elle n’est plus la jeune femme encore candide du premier album. Sa voix s’est durcie. Oui, elle s’est durcie, sans conteste. Même si elle est capable de bien des variations. Méchante, hypnotique,  hallucinée ou dépressive selon le cas, elle reste sobre et vient se mêler aux gens du village. On la voit traîner sur la grand place, parfois parlant toute seule, parfois accompagnée des chœurs sortis d’on ne sait trop où.
Elle reste cependant de longs moments dans sa cabane, à écouter les bruits de la nuit. Et si le premier album du duo autrichien pâtissait de chacune de ses absences, The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud est maintenant très crédible quand la belle laide ne chante pas. Trop crédible parfois, tant l’ensemble peut s’avérer malsain. Œuvre de son temps, le second effort de la formation n’a rien à envier aux grands noms du mouvement neo-folk-indus-goth n’étant, eux, pas tombé dans l’oubli. Je dirais même qu’Amara Tanta Tyri est une des œuvres les plus abouties – et les plus déprimantes de son époque. Julius y dessine un univers nocturne moyenâgeux d’une richesse totalement insoupçonnée lors des premières écoutes.  Le premier album éponyme n’était qu’une bonne mise en bouche, un galop d’essai. Là, on entre dans le vif du sujet. Des mélodies folk faciles aux sonorités typiquement dark ambient, tout est à la fois suranné, effrayant, mais diablement envoûtant. Ah et pour information, comme sur tous les albums du duo, aucun morceau ne possède de titre. Selon le groupe, l’objectif est de ne pas brider l’interprétation faite des morceaux. J’ajouterai que cette absence incite vraiment à considérer l’album comme un tout, à ne pas fragmenter. Sous aucun prétexte. Entrez-y et buvez le calice jusqu'à la lie.

 
Amara Tanta Tyri crée la véritable identité du sombre duo. Il s’agit d’une œuvre a priori anodine, voire rébarbative pour qui n’est pas prêt à payer le prix. Mais une fois que les portes sont franchies, cet album se diffuse dans vos veines comme le plus envoûtant des poisons. Sous la crasse, la peur. Sous la peur, la magie.



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