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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 29 août 2018
Sa note : 11/20

LINE UP

-Elina Siirala
(chant)

-Alexander Krull
(chant+samples+composition+paroles)

-Pete Streit
(guitare)

-Thorsten Bauer
(guitare+mandoline+basse)

-Joris Njijenhuis
(batterie)

Ont également participé à l'enregistrement:

-Christian Roch
(cornemuse islandaise+flûte+flûte irlandaise)

-Christoph Kutzer
(violoncelle)

-Thomas Roth
(Nyckellharpa)

-Sophie Zaaijer
(violon)

-Fieke Van Den Hurk
(vielle à roue)


TRACKLIST

1) Sign of the Dragonhead
2) Across the Sea
3) Like a Mountain
4) Jomsborg
5) Völva
6) Riders on the Wind

7) Fairer Than the Sun
8) Shadows in the Night
9) Rulers of Wind and Waves
10) Fires in the North
11) Waves of Euphoria

DISCOGRAPHIE


Leave's Eyes - Sign of the Dragonhead
(2017) - metal symphonique folk - Label : AFM Records



La vie des groupes ayant une chanteuse n’est pas des plus faciles. On se souvient du départ de Tarja de Nightwish (virée sans être prévenue avec une simple lettre publique postée par les membres du groupe sur internet) et plus récemment, de la polémique autour du départ de Diane de Xandria. Malheureusement, la série ne s’arrête pas là et pour la seconde fois de sa carrière, Liv Kristine s’est vue mettre au ban, cette fois-ci,  par les membres de Leave's Eyes. Et si Nightwish s’est relevé du départ de la finlandaise, ce Sign of the Dragonhead sonne peut-être le glas des germaniques.

Il faut dire qu’il y a une grande différence entre le statut de Liv et ceux de Tarja et Diane. Petit rappel des faits. La norvégienne était un des membres d’origine de Theatre of Tragedy, fer de lance du metal dit « Beauty of the Beast » au début des années 1990. Hélas, et pour des raisons mystérieuses, elle est laissée sur le bord de la route. Cependant, Liv est mariée au producteur et chef de rang du groupe Atrocity, Alex Krull. Ensemble, ils fondent Leave's Eyes, faisant écho au prénom de la vocaliste. Mais un divorce plus tard, Leave's Eyes annonce le « licenciement » de sa fondatrice. Musicalement, d’un metal folk et atmosphérique des débuts (le doux et délicieux Lovelorn), le groupe s’est petit à petit tourné vers du folk viking metal symphonique, non révolutionnaire mais terriblement efficace grâce à la plume de la miss et les compositions de son époux. Si les sorties étaient de niveaux inégaux, allant du juste moyen mais non catastrophique (Njord) à l’excellent (le fabuleux mais incompris Meredead), le quintet faisait partie des figures de proue du metal symphonique aux côtés de Nightwish, Epica, Delain et Within Temptation. Le dernier effort des allemands, King of Kings, était également de très bonne facture avec de véritables pépites ("Blazzing Waters", "Sword in Rock").
Son successeur, Sign of the Dragonhead reprend les mêmes bases. Les rythmes, compositions et thèmes restent dans la sphère du metal sympho, mais sur cette nouveauté, le groupe traite un peu trop facilement l’histoire des guerriers du nord, terrorisant les peuples, arrivant sur leurs drakkars et laissant apercevoir de loin, la tête de dragon caractéristique des navires vikings ("Sign of the Dragonhead", "Accross the Sea", "Riders on the Wind"). Niveau inspiration on repassera. C’est là qu’on aperçoit de toute évidence l’absence de Liv. Les paroles sont basiques et ont du mal à intéresser l’auditeur. On est loin de la poésie des Lovelorn, Meredead et Symphonies of The Night. Et ce ne sera malheureusement pas le seul mauvais point de l’œuvre. Parlons de la nouvelle recrue, Elina. Elle est belle, elle est blonde, elle nous vient tout droit de Finlande et officie dans le méconnu Angel Nation. Je ne vais pas vous mentir, techniquement, elle assure. Elle n’a rien à envier à la plupart des chanteuses du style. Quel est le problème alors ? La technique ne fait malheureusement pas tout, dans le monde musical la transmission d’émotions (que ce soit par la voix ou par les instruments) est primordiale et malheureusement, Sign of the Dragonhead en est quasiment dépourvu. Certains titres sont pensés pour être des tubes, alors cela fonctionne. Peu importe la vocaliste, des morceaux comme "Across the Sea", "Jomsborg" et surtout "Riders on the Wind" marchent à coup sûr. C’est rapide, efficace, ça envoie et ça fonctionnera en live. La dernière citée incorpore des instruments celtiques, définitivement le hit de ce nouvel effort.
Cependant, Leave's Eyes s’était surtout distingué par la finesse d’une grande partie de ses compositions que ce soit dans l’écriture ou via la voix cristalline de Liv. Sign of the Dragonhead propose deux compositions qui n’arrivent pas à nous faire oublier la norvégienne, "Like a Mountain" et "Völva". Les deux morceaux sont - instrumentalement parlant - magnifiques, le premier tout en retenue, mais qu' Elina les massacre littéralement. On a l’impression qu’elle ne comprend pas ce qu’elle est en train de chanter, à savoir les thèmes de la perte et de la tristesse. Quant à Völva, elle s’en sort un peu mieux avec le thème de la traversée du temps via les Völvas, à savoir les anciennes prêtresses des Germains. Elle est aidée par le travail d’Alex, qui a tout de même réussi à composer un grand morceau. A l'écoute de ces deux titres, on ne peut s’empêcher de penser que Liv aurait été en capacité de faire beaucoup mieux, alors que sur les compositions plus génériques et plus simples (comme ceux cités plus haut ou encore "Fires in the North") ce n'est pas aussi patent. Je passerai volontiers l’immonde ballade "Fairer Than the Sun" où la encore Elina semble à côté de la plaque. Ainsi, à travers les titres simples proposés mais également le final "Waves of Euphoria", long de huit minutes et loin des standards de Leave's Eyes en la matière (au choix, "Njord", "Froya’s Theme", "Spirits  Masquerade", "Sigrlinn", Blazzing Waters") reste le sentiment d'un album fait à la va-vite. A la sortie de ces nombreuses écoutes, on parlera même de déception et de gâchis.


Pourtant, Sign of the Dragonhead n’est pas un mauvais album, on y retrouve un tube, futur classique des setlists ("Riders on the Wind") un titre qui aurait pu être sublime ("Völva") et quelques bonnes idées de-ci de-là. Cependant, il s'agit d'une œuvre composée et sortie trop vite, pas entièrement adaptée à sa nouvelle vocaliste. Ajoutez à cela le ressenti que le nom de Leave's Eyes ne devrait plus exister sans sa créatrice (mais c’est son mari qui avait les droits, une action judiciaire est en cours pour que Liv récupère le nom du groupe) cela procure ainsi une sensation bizarre, mix de déception et de colère, mais également de presque s’en vouloir d’apprécier les titres cités plus haut.  


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