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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 11 janvier 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-Floor Jansen
(chant)

-Jørn Viggo Lofstad
(guitare)

Ont participé à l'enregistrement:

-Irene Jansen
(chant sur "Drifting Islands")

-Ronny Tegner
(claviers sur "Timebomb")

-Morten "Morty Black" Skaget
(basse)

-Stian Lindaas Kristoffersen
(batterie sur 1, 2, 6, 8)

-Jan Inge "Jango" Nilsen
(batterie sur 3, 4, 5, 7, 10 et 11)

TRACKLIST

1) While Love Died
2) Get What You Give
3) Storm In A Glass
4) Drifting Islands
5) Paragon
6) Let Me Out
7) Big Boy
8) Timebomb
9) Bridle Passion
10) I Need
11) Northwards

DISCOGRAPHIE

Northward (2018)

Northward - Northward
(2018) - hard rock - Label : Nuclear Blast



Les side projects ont longtemps eu mauvaise réputation. Celle engendrée par des collectifs factices, vénaux ou paresseux, voire les trois à la fois. Mais les temps changent depuis, disons, Them Crooked Vultures et surtout l'avènement des fabuleux The Night Flight Orchestra qui ont fait sérieusement reconsidérer l'intérêt que l'on pouvait porter à ces assemblages bâtis sur des fantasmes à la concrétisation hasardeuse. La crainte d'un énième avatar anecdotique peut néanmoins se concevoir à l'annonce d'un album réunissant le guitariste de Pagan's Mind, groupe de metal progressif norvégien et Floor Jansen, la dernière chanteuse en date de Nightwish : dix ans de tergiversations pour accoucher d'une œuvre considérée comme une parenthèse récréative par ses géniteurs, voilà qui fleure bon le vite écouté-vite oublié. La musique s'appréciant toutefois assez mal avec l'odorat, le mieux est de jeter une oreille attentive sur le produit afin de se forger une opinion.

Issu d'une rencontre éphémère en 2007 entre les artistes susnommés, Northward est le fruit d'une collaboration contrariée par l'éloignement, un burn out de Jansen et la surcharge des plannings. Il aura fallu une pause – forcément bienvenue – de l'institution Nightwish pour que les deux instigateurs enregistrent enfin leurs créations vieilles d'une décennie, délivrant un recueil improbable qui ne peut qu'intriguer. Le risque est grand, a priori, de se retrouver en face d'un objet daté, confit dans les tics de composition d'une époque dont le souvenir effraie encore les non-fans de metal progressif et de lyrisme à grattes lourdes, les genres de prédilection de Jørn Viggo Lofstad et Miss Jansen. Certes, le son quelque peu compressé de la six-cordes renvoie à certaines productions metal prog des années 2000, cependant cela reste insuffisant pour gâcher le plaisir d'écouter cette réalisation de... hard rock. Tout simplement serait-on tenté de dire, avant de se rappeler que rien n'est plus difficile en musique que faire simple ET beau – profiter de l'occasion pour proférer des méchancetés sur Animals as Leaders ne serait pas très sport, mais on voit l'idée. Point de vocalises expectorées sur des claviers indigestes – pourtant la quasi totalité du line up de Pagan's Mind a été convoquée - mais de bonnes, voire de très bonnes chansons dopées par le chant vigoureux de Floor Jansen qui s'est manifestement amusée comme une folle, en témoigne sa joyeuse scansion sur l'irrésistible "Big Boy" épicé par un break vaguement funky. Modulée, variée et sans esbroufe, la partition de l'impressionnante Batave constitue l'atout déterminant de Northward et révèle une facette rock qui sied à merveille à l'ex-After Forever.
Même les ballades "Parangon" et "Timebomb", initiées de façon convenues par des motifs acoustiques un peu plan-plan sont transfigurées par une Jansen ébouriffante qui fait parler sa puissance suintant de facilité sur les refrains. Alors oui, la longue piste éponyme proposée en clôture ronronne plus qu'elle n'emballe et la petite incartade guitare/voix "Bridle Passion" manque un peu de piquant – ce qui n'empêche pas la Brabançonne d'y exceller dans un registre tout en délicatesse. Mais les talentueux acolytes ont surtout réussi à donner corps à de véloces réjouissances infiltrées de mélancolie, suscitant l'enthousiasme de l'auditeur qui se rend compte très rapidement que le duo ne s'est pas payé sa fiole. Les chœurs disséminés ça et là renforcent cette agréable impression, notamment sur l'euphorisant "While Love died" en ouverture ou "Drifting Islands" marqué par l'apparition d'Irene, la petite sœur de la grande Floor avec qui elle opère une étonnante descente chromatique en queue de refrain. Les deux tiers des morceaux sont des bâtons de dynamite brandis les larmes aux yeux, justement dosés par un Lofstad qui de temps à autre se lâche – une citation virtuose de Joe Satriani sur le déjà nommé "Paragon", un solo bien énervé au milieu de l'implacable "I need" - sans se la jouer guitar hero, tissant une complicité féconde qui trouve sans doute son expression la plus aboutie sur l'intense "Storm in a Glass" dont les inflexions émouvantes évoquent les meilleurs moments de Heart.


Eh bien celui-là, on ne l'avait pas vu venir. Miraculé, l'enfant prodige d'un six-cordiste progueux en semi-retraite et d'une diva du metal symphonique ravit par ses facultés à capter l'attention, fondées sur le dynamisme, un art consommé de la mélodie qui fait mouche et une interprétation remarquable au service d'un hard rock aussi vif – majoritairement –  qu'inattendu. N'en déplaise aux aficionados nostalgiques d'After Forever et à ceux plus contemporains de Nightwish – la distinction est-elle nécessaire ? –  Floor Jansen, époustouflante de bout en bout, livre probablement sa performance studio la plus accomplie en feulant et susurrant avec gourmandise sur ce LP exquis. Dans ces conditions, alors que les mecs de Dream Theater, par exemple, insistent au-delà de toute raison, ne serait-il pas pertinent de convaincre le surprenant couple nordique de donner suite à son excitante escapade ?

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