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CHRONIQUE PAR ...

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Ptilouis
Cette chronique a été mise en ligne le 10 février 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Rémi Gallego
(tout)

TRACKLIST

1) Cluster
2) Fragmentation
3) Superscalar
4) Binary Space
5) Sentinel Node

DISCOGRAPHIE


The Algorithm - Compiler Optimization Techniques
(2018) - metal prog blip-blip post émotionnel - Label : Autoproduction



Surprendre et mûrir. C’est deux mots résument à eux seuls la démarche qui a conduit à l’élaboration de Compiler Optimization Techniques. Alors que Brute Force, avec ses morceaux courts, entraînants et d’une efficacité redoutable traçait une voie royale pour le futur de The Algorithm, il n’en a rien été. Prenant à contre-pied tout le monde, Rémi Gallego décide de sortir un disque véritablement progressif : cinq morceaux au compteur, allant de sept à douze minutes. De quoi s’ennuyer gentiment comme sur une partie d’Octopus4 ? Détrompez-vous, car Rémi a mûri son projet et Compiler Optimization Techniques résume à merveille le cheminement de ces dernières années d’expérimentation.

Si je parle ici d'expérimentation, je fais référence au side-project de Rémi Gallego : Boucle infinie, un disque de synthwave privilégiant surtout les ambiances qui se développent lentement au sein des titres. C'est cette approche que l'on retrouve au sein de Compiler Optimization Techniques. Ici, les intros prennent leur temps (les blips blips de "Cluster", le début ambiant darkwave de "Fragmentation", la belle froideur synthétique de "Sentinel Node") pour permettre aux morceaux de se développer dans la durée, sans trop d'à-coups. Tout semble plus naturel, moins épileptique, comme si le Français avait trouvé une sorte de quiétude avec ce disque. "Cluster" a beau durer près de 1douze minutes, on ne s'y ennuie jamais en enchaînant les passages denses avec de gros riffs de guitares et d'autres plus post-metal pour reposer l'auditeur avant de reprendre sur des parties plus saccadées, plus folles. Mais le tout reste admirablement dosé et d'une fluidité exemplaire. C'est aussi le cas d'une piste comme "Fragmentation" où la lourdeur se fait de plus en plus présente sans pour autant oublier d'incorporer quelques mélodies et d'instiller petit à petit un sentiment d'urgence qui sera davantage développé sur "Superscalar". Tout semble fait ici pour raconter une histoire, froide, dure, mais dont l'ensemble des pièces s'imbriquent à merveille.
Pour autant, The Algorithm n'oublie pas de garder son identité. Cette nouvelle offrande réserve toujours quelques moments épileptiques ("Cluster", "Binary Space"), des passages aux rythmiques asymétriques ("Sentinel Node") et du groove ("Binary Space"). Mais le groupe ne serait pas lui-même sans quelques trouvailles qu'on ne voit pas venir, que ce soit la Drum&Bass sur "Cluster" ou le mariage entre black metal et passages chiptune, qu'Anamanaguchi ne renierait pas, sur "Binary Space". D'ailleurs, en parlant de cette piste, elle s'avère être à la fois l'une des plus représentatives de la discographie du groupe (riffs, moments épileptiques, blip blips...) et de sa maturité en proposant en plein milieu un long passage groovy et dansant d'une efficacité redoutable, ajoutant une nouvelle ambiance qui s'intègre très bien dans l'ensemble du disque. Côté guitare, le Français continue le travail qu'il avait mis en place sur Brute Force en lui donnant une place non négligeable, les riffs sont présents, souvent martiaux, ce qui ajoute au côté froid de Compiler Optimization Techniques. La mélodie n'est pas en reste non plus, à l'image des claviers de "Superscalar" (cette urgence typique de The Algorithm !), "Binary Space" ou encore le synthétiseur poignant de "Sentinel Node". Car c'est bien sur ce morceau que quelque chose se passe, on reste en suspension à l'écoute de cette simple mélodie qui nous touche directement et ce tout au long d'un titre extrêmement bien composé. C'est là que l'on se rend compte du chemin parcouru : là où le Français nous bluffait par sa science de la composition, il arrive maintenant à nous émouvoir.

Compiler Optimization Techniques sera probablement un disque important dans la discographie de The Algorithm. A l'opposé d'un Brute Force, cette offrande montre à quel point Rémi Gallego a mûri dans sa façon de composer en réussissant à nous servir de longs morceaux cohérents pour nous embarquer dans une histoire froide, complexe, mais dans laquelle on plonge avec plaisir. D'autant qu'au bout du chemin les émotions sont là, preuve que le groupe a véritablement évolué. Il ne reste plus qu'à voir si les prochains disques suivront ce chemin.


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