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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 30 novembre 2019
Sa note : 15/20

LINE UP

-Danny Hynes
(chant)

-Jeff Summers
(guitare)

-Barry Downes
(basse)

-Bruce Gordon Bisland
(batterie)

TRACKLIST

1) Set the Stage Alight
2) Liar
3) Take That Bottle Away
4) One Night Stand
5) Mad Mad World
6) Midnight Satisfaction
7) Bad Love
8) Olivia
9) Remote Control (Demo)
10) Light of the World (Demo)
11) Killer Instinct (Demo)
12) Things You Do (Demo)

DISCOGRAPHIE


Weapon UK - Set the Stage Alight
(2003) - heavy metal hard rock N.W.O.B.H.M. - Label : Zoom Club Records



Deux titres. Hors démo, la discographie de Weapon se résume à un single et sa face B lorsqu'en 2003 paraît Set the Stage Alight, une compilation « posthume ». Pas vraiment la même carrière qu'Iron Maiden. Le point commun entre les deux formations ? Avoir participé à la bouillonnante New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) à l'orée des années quatre-vingts. La sélection fut impitoyable dans ce microcosme où la probabilité de survie face aux coups du sort, à l'incompétence et aux entourloupes étaient nettement plus faible que celle de rencontrer des personnes aptes à exploiter le potentiel d'escouades prometteuses. Comme Weapon. Quand un groupe sans aucune référence est coopté par Lemmy en personne pour accompagner Motörhead en tournée, il devient urgent de savoir ce qu'il a - ou plutôt avait - dans le ventre, non ?

Pour beaucoup d'amoureux de la NWOBHM, Weapon, c'est "Set the Stage Alight", l'une des pépites illuminant la compilation New Wave of British Heavy Metal '79 Revisited au sein de laquelle sont recensés les meilleurs représentants du courant musical adulé par Lars Ulrich, co-responsable de cette référence absolue. Amorcé par un maelstrom instrumental qui a clairement inspiré le Danois sus-nommé et ses camarades de Metallica au moment de trouver une introduction à "Hit the Lights", l'engin part en trombe, boosté par un riff vicieux que relaie un refrain imparable serti de chœurs vivifiants. Un solo court et nerveux, un chanteur qui envoie tout ce qui lui reste et l'hymne est déjà fini. Pas étonnant que les gars de Motörhead ait craqué en entendant ce mélange de hard rock, de punk et de metal survitaminé ! Selon la légende, ce serait en fait « Fast » Eddie Clarke qui aurait repéré Weapon à l'occasion d'un concert dans un club avant de rameuter ses compagnons afin que ceux-ci jugent de la prestation de ces quatre jeunes gens énervés. S'étant sévèrement disputés en coulisses, ces derniers vont donner un set d'une tension telle que Lemmy estimera qu'« un groupe qui méprise à ce point son public mérite d'ouvrir pour Motörhead » ! Et voilà les ex-Fast Relief embarqués pour la trentaine de dates prévues dans le cadre de la tournée Ace Up Your Sleeve se déroulant en Grande-Bretagne à l'automne 1980 en support du mythique album Ace of Spades que la Tête de Moteur sortira en novembre. Pas mal pour des types qui jouaient ensemble depuis quelques mois à peine et ne comptaient aucun enregistrement - le single "Mad Mad World" étant publié pendant ladite tournée ! Sur ce dernier, le tempo fléchit légèrement par rapport à celui de "Set the Stage Alight" placé en face B, laissant la vedette à un thème bravache, une basse en scansion et un refrain simple mais accrocheur, dont la réitération quelque peu insistante est soutenue par la guitare mordante de Jeff Summers. Si celui-ci n'est pas aussi technique que Brian Tatler de Diamond Head ni aussi spectaculaire que Robb Weir de Tygers of Pan Tang, il fait preuve d'une capacité à manier son instrument tout à fait respectable et d'une variété d'écriture qui renforce l'intérêt de la présente anthologie.
Constitué des morceaux devant figurer sur le premier LP jamais paru de la section londonienne, le recueil judicieusement intitulé Set the Stage Alight témoigne d'une écriture à cheval entre deux époques. D'un côté celle d'un hard rock seventies à bout de souffle que Weapon parvient parfois à dynamiser : "Liar" malgré une écriture convenue, le groovy "Take That Bottle Away" qui fait songer à une version musclée d'UFO ou encore le quasi glam rock "Bad Love" parsemé des inflexions mélodieuses de Danny Hynes, dont le chant se révèle globalement aimable. Trop, sans doute, lorsqu'il roucoule auprès d'une certaine "Olivia", à qui est consacrée une ballade langoureuse qu'aucun emballement à la "Lovers to the Grave" de Praying Mantis ne viendra secouer – le batteur Bruce Bisland jouera d'ailleurs près de deux décennies plus tard sur le brillant Forever in Time de la Mante Religieuse. Les baisses de rythme s'accompagnent généralement d'un fléchissement de l'inspiration - "Light of the World", "Things You Do" – à l'exception d'un "Killer Instinct" sauvé par son refrain obsédant. Mais dès que l'énergie et l'urgence sont convoquées, le quatuor fait sourdre le danger suggéré par son nom. Ainsi "Remote the Control" donne l'impression d'entendre ce que le Maiden de Piece Of Mind aurait donné avec un peu plus de niaque, tandis que "One Night Stand" n'est que célérité, accords foudroyants et solo déchiqueté. Au micro, Hynes retrouve une hargne dont il ne fait pas souvent étalage, ce qui est dommage, tout comme l'absence sur cette occurrence de refrain marquant. Une carence qui ne risque pas de déprécier l'entêtant "Midnight Satisfaction", sur lequel la trinité allure trépidante, chant vigoureux et six-cordes alerte fait merveille. Ça c'est du tube, bébé !


Avec l'inégal mais diversifié Set the Stage Alight, les lascars de Weapon montrent qu'ils avaient toute leur place parmi les outsiders les plus solides de la NWOBHM. Un pied dans le hard rock dévitalisé des années soixante-dix qu'il tente de ranimer, un autre dans la vague de rage effervescente qui s'apprête à déferler sur la décennie suivante, le collectif anglais prouve qu'il sait écrire des chansons stimulantes présentant de forts risques d'addiction dès que ses membres consentent à appuyer sur l'accélérateur. En 1981, de telles dispositions en auraient fait des concurrents crédibles de Gaskin et Angel Witch. Mais des « problèmes de management », si souvent évoqués à l'époque, ont mis un terme à la belle aventure, deux ans seulement après avoir commencé. Un gâchis d'envergure que la parution tardive mais revigorante du premier essai longue durée de Weapon attise et répare dans le même temps. La scène est à nouveau allumée, et même si la lumière provient d'une étoile mourante, ça valait le coup d'attendre ce coup de projo bien mérité.


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