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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 26 mars 2008
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Ju
(chant+guitare)

-MiLKa
(chant+triton)

-Vidda
(guitare)

-Pelo
(basse)

-Brice
(batterie)

TRACKLIST

CD1
1)Color Me Blood Red
2)Birdy
3)The Choice of Modern Men
4)En vivre libre ou mourir Part 1
5)En vivre libre ou mourir Part 2
6)Rétroaction

CD2
1)La vie dont vous êtes le héros - prologue
2)La vie dont vous êtes le héros - le choix
3)My Toy, My Satan
4)La vie dont vous êtes le héros - pile
5)Here Come the Waves
6)La vie dont vous êtes le héros - face

DISCOGRAPHIE


Psykup - We Love You All



Le Temps De La Réflexion avait tout détruit sur son passage. Nous étions en 2002 et la scène française se retrouvait fortement ébranlée par une bombe lancée depuis le Sud, une bombe de néogroovejazzcore déjanté et virtuose qui n'avait laissé indemnes que ceux qui étaient passés à côté. Puis il y eut le deuxième album moins bien accueilli (L'Ombre Et La Proie), un groupe parallèle d'open death rencontrant un joli succès d'estime (Manimal), et soudain la nouvelle tomba : Psykup avait signé chez Season Of Mist et nous préparait un double album pour le premier trimestre 2008. L'effervescence fut grande, l'impatience aussi... et ça y est, We Love You All est là.

Et dès la première seconde de "Color Me Blood Red" on se retrouve avec un grand sourire aux lèvres, et ce sourire reste collé au visage pendant les 9'40 de la chanson. Car c'est le Psykup déjanté qu'on retrouve, celui qui part pied au plancher et fait instantanément sauter partout. Celui qui enchaîne du thrash supersonique, du funk, du hardcore puis du jazz manouche en moins d'une minute trente comme qui rigole. Celui où la joie de jouer coule des enceintes, et où des musiciens parmi les plus doués de leur génération se font plaisir ensemble et délirent... tout en balançant un truc musicalement hallucinant de tenue, de technique brute et d'inventivité. Le duo Ju / MiLKa est encore plus impressionnant qu'avant : s'ils font jeu égal en terme de chant clair et de growlcore aigu, Ju se distingue par ses montées en screaming qui faisaient si peur chez Manimal alors que MiLKa a encore amélioré son growl grave, écorché et death. Sachant qu'on est face à la paire de chanteurs la plus calée et efficace de la création (si on excepte Poun et Djag de Black Bomb A époque Human Bomb, et encore) vous comprendrez que ce premier contact avec l'album laisse exsangue et benoîtement heureux.

Puis les choses se compliquent. On reste sur une impression de progrès où de nouvelles idées sont venues enrichir une base déjà incroyablement riche pour rendre le tout encore plus catchy et recherché, comme lors de ce break dub où Ju se la joue ragga alors que MiLKa hurle comme un damné... et après ce festival on attend les chansons d'après. Et là le problème commence à se poser, car chanson d'après il n'y a point. La plage est bien passée de 1 à 2, mais différencier "Birdy" de "Color Me Blood Red" est ardu. Bien sûr les plans diffèrent, mais vu qu'on a déjà compté approximativement 197 plans dans la première compo ce n'est pas comme si ça suffisait vraiment. Le tempo a changé, plus posé et moins frénétique... mais il s'était déjà posé dans la première chanson, et de plus il redevient frénétique dès la moitié de la deuxième ! On repense alors aux chansons du Temps De La Réflexion qui avaient chacun une personnalité propre, et on s'interroge. Cette interrogation persistera une fois arrivée "The Choice of Modern Men" : la qualité du tout est toujours aussi hallucinante, le mariage cérébral / vlan dans les dents ne faillit pas un seul instant... c'est juste qu'on n'entend pas vraiment trois chansons distinctes.

La narration du paragraphe précédent n'est qu'effet de style : cette impression ne résulte pas seulement de la découverte de l'album, elle persiste une fois le tout ingéré de multiples fois. Les compos de We Love You All forment un ensemble compact dont les séparations aparaissent presque arbitraires, il s'agit d'un bloc de musique qui pourrait être mis bout à bout dans un seul long, très long titre... quand Psykup fait du Psykup. Car le premier cd comporte un ovni de premier ordre : la doublette "En vivre libre ou mourir" qui est un morceau... de rap. Oui, vous avez bien lu. Pas du néo, pas du frenchcore, pas du rap-métal ou de la fusion... mais une instru minimaliste qui tourne en boucle et les chanteurs qui posent leur flow, épaulés par les MC de Khod Breaker sur un autre pavé contemplatif de onze minutes scindé en deux, et jeté au milieu d'un album de folie musicale ultraviolente. Et croyez-moi ou pas, mais ça le fait grave. C'est calme beau et lancinant, les parties rappées étant interrompues par des parties chantées de toute beauté. Le propos dénonciateur des rouages de l'industrie musicale est bien plus intelligent et fin que ce que cette description peut laisser croire. Imprévisible, couillu et au final complètement réussi.

Puis il y a le cd 2 et con concept directeur "La vie dont vous êtes le héros". Musicalement cela reste à l'image du premier cd : les chansons constituent un bloc sans aspérités perceptibles, une énorme masse d'informations et de schizophrénie musicale... mais ce bloc est brisé ça et là par des interludes. Entre les compos se glissent des interventions qui placent l'auditeur devant un choix : une voix théâtrale et sentencieuse (le destin en gros) lui annonce qu'il devra lancer une pièce après la piste 3, et arrêter son écoute soit à la piste 4 (pile) soit de passer directement à la piste 6 (face). Cette approche ma foi très originale pose plusieurs problèmes : déjà, personne ne va le faire. De plus, ce choix d'arrêter l'écoute quand on le souhaite existe de toutes façons sans qu'on ait besoin de définir un tel cadre. Et pour finir, ce parcours exclut apparamment de l'équation la piste 5 "Here Come the Waves"... étrange tout cela. En tous cas avoir fait finir les pistes 4 et 6 de la même manière est une belle pirouette... mais c'est aussi le seul point de repère dans ces deux titres dont on oublie le reste, emporté dans un tourbillon comme pour les autres chansons.


Ce nouveau Psykup est plus qu'impressionnant. Se l'enfiler d'un bout à l'autre est une expérience qui ne laisse pas indemne. Mais avec toutes ses qualités il n'empêche que même après plus de dix écoutes les seules chansons qu'on peut isoler sont les plus atypiques. Pour les autres il n'y a que tel ou tel plan qui marque et qu'on finit par placer dans telle piste à force d'écoutes. Le jour où Psykup saura combiner ses énormes progrès avec la capacité d'écrire des chansons, ce sera le groupe parfait.

PS : Ce double album est vendu avec un DVD live qui n'était pas inclus dans la version promo reçue par votre serviteur. Il paraît qu'il est fort bien.


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