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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 23 mai 2020
Sa note : 14/20

LINE UP

-Humbaba
(chant)

-Mephisto
(guitare+basse+percussions)

-Ostron
(claviers+percussions)

TRACKLIST

1) Al Hirah
2) Sahra Yaesa
3) Tabqia
4) Kail Be Mekialain
5) Al Shareef Al Muhan
6) Fasique
7) Aar Al Estibad
8) Alhallaj
9) Wahum Althaat
10) Alqaum

DISCOGRAPHIE


Al-Namrood - Wala'at



Parler de Al-Namrood est toujours un exercice de style un peu complexe. Il y a évidemment la musique. Mais certes. Il y a la localisation géographique originelle, l’Arabie Saoudite. Ce serait plutôt le Canada maintenant. Et tout ce qui va avec la pratique du metal extrême anti-clérical dans cette région du monde, et particulièrement l’Arabie Saoudite. Des gars qui risquent (ont risqué ?) leurs vies pour faire de la musique. Car claironner que Allah est à jeter, ou qu’on est anti-musulman dans le fief de l’Islam, c’est plutôt… osé.

Pourtant le groupe revient avec un septième album, ce qui en soi est déjà une belle performance pour n’importe quel groupe de metal. C’est une production régulière et continue dont nous abreuvent les Arabes depuis 2008. Régulière en fréquence, et régulière en qualité. Car s'il est un point qu'Al-Namrood peut revendiquer, c’est une certaine stabilité dans le niveau de ses livraisons. Kitab Al Awthan demeure leur opus majeur de part sa créativité arabe, son folklore et ses riffs impeccables, mais le reste de la discographie n’a pas à rougir, souffrant seulement des approximations sonores d’un groupe sans trop de moyens (ou est-ce devenu volontaire avec le temps ?). En effet, le groupe use et abuse systématiquement d’un son absolument compressé, sans respiration, là où son orchestration orientale, prépondérante dans l’identité du groupe, mérite une mise en valeur bien plus grande.
Depuis 2013 un nouveau chanteur officie au poste de hurleur en chef dans un style reconnaissable immédiatement, sorte de grognement parlé et déclamé plus qu’un véritable growl death ou cri black metal. C’est selon les goûts de chacun, mais ça donne indubitablement un cachet à la musique. Derrière cependant, ce sont surtout les compositions qui vont faire la différence. Et Al-Namrood répond bien présent. Comme à son habitude, il affuble très souvent ses créations d’instruments orientaux dans la plus pure tradition de cette musique (ou tout du moins comme un blanc européen n’écoutant que du metal se l’imagine), et l’intégration aux gros riffs est toujours impeccable puisqu'eux-mêmes sont d’obédience orientale, couplés à des rythmiques idoines. "Al Shareef Al Muhan" prouve que la science de l’extrême est maîtrisée par les déserteurs (uh uh), avec de superbes déflagrations, mélodiques qui plus est.
Reste toutefois cette sensation diffuse que le groupe pourrait, et devrait, aller plus loin. Difficile de pointer clairement du doigt comment. Par une mise en valeur bien meilleure des orchestrations, voilà la seule évidence. Pour le reste, la folie et la hargne qui émanent perpétuellement des chansons devrait-elle être mieux canalisée ? Ne serait-ce pas au risque de perdre toute cette fougue qui nous happe ? Là est le difficile chemin de crête sur lequel navigue le groupe. Car en ne se choisissant pas une destination metallique marquée (black ? death ? heavy ? punk ?), il laisse en permanence les fans de l’un ou l’autre genre sur la réserve. L’amateur de black que je suis voudrait plus de blast (il n’y en a pas, ne cherchez pas et seraient-ils vraiment compatibles avec l’imaginaire arabe de la troupe ?) accompagnés de grandiloquence et de riffs plus froids. Difficile lorsqu’on représente le désert.


C’est pourtant toujours du bel ouvrage, honnête en diable (enfin, en sheytan) et d’une intégrité rare. Le talent est là, mais la direction musicale trop incertaine. Le groupe s’est toutefois recentré sur plus de metal et moins de punk par rapport aux dernières livraisons et c’est tant mieux. Car voilà une sortie qui tutoie fortement la référence du mouvement qu’est devenu Kitab Al Awthan.

Pour aller plus loin :




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