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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 31 août 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Dame Silú de Mordomoire
(tout)

TRACKLIST

1) Fallen
2) Cold Winters and Frozen Heart
3) Beacon of Light
4) Renaissance
5) Morning Dew
6) Distant Shores of Oblivion

DISCOGRAPHIE

Ordeals (2018)
A World of Shadows (2020)

(2018) - gothique ambient Dungeon Synth (entre autres) - Label : Autoproduction



« De l’incomplétude du dungeon synth. Vous avez trois heures. » En réalité, je planche sur ce sujet depuis 1994 et ma première rencontre avec ce style objet de tant de moqueries, vía Ånden som Gjorde Opprør, le deuxième méfait de Mortiis. « Qu’est-ce que c’est bon ! Mais il manque quelque chose… » Ah si Dame Silú pouvait voyager dans le temps…

Je ne demande pas au dungeon synth de devenir metal. Pour cela, nous avons Summoning (dont nous reparlerons d’ici quelques lignes…). Non, juste la possibilité que le plus Bontempi des Bontempi-styles se dote d’un chant. Pas une voix off, non non. Un chant qui accompagne ses mélodies lugubres/mélancoliques/cheap/poétiques/caverneuses (rayez les mentions inutiles). Tombé sur Ordeals plus ou moins par hasard, je soupire en entendant le début, très, très Mortiis, de "Fallen". «Qu’est-ce que c’est bon ! Mais il manque quelque chose…», donc. Et puis, Dame Silú se met à chanter, et tout s’illumine. Ou plutôt tout s’assombrit de manière lumineuse. Dame Silú joue sur le terrain de Lisa Gerrard, lorsque cette dernière oublie ses vocalises insensées et donne dans le « chant de gorge ». Profond, lyrique. Certains diront « maniéré, pompeux ». Qu’ils aillent se faire cuire un œuf dans les mines de la Moria. Enfin… Enfin un chant digne de ce nom, posé sur les accords créés par le synthétiseur. Et n’allez pas croire que ces accords soient mauvais. Pas vraiment… Sur les deux titres majeurs de l’album que sont "Fallen" et "Renaissance", l’Elfe Noire -Black Elves matter !- s’élève même très haut dans la hiérarchie de la musique sacrée des Terres du Milieu.
Deux titres parfaitement rythmés, merveilleusement poétiques, qui me font hérisser le poil comme rarement. Le timbre de Dame Silú vous caresse autant que les ténèbres que la musique convoque. "Renaissance" se pare même d’accents Dead Can Dance et darkwave absolument irrésistibles. Le reste de l’album évolue un cran en deçà de ce niveau stratosphérique – sinon nous serions en train de parler de l’album des années 2010 au minimum - mais reste tout de même extrêmement convaincant. "Beacon of Light", par exemple, très Spleen and Ideal dans l’esprit, sait très bien transmettre ce syncrétisme obscur-lumineux qu’a créé Dame Silú. Moitié dungeon synth, moitié gothique, moitié intros à la Summoning - les maths, ce n’est pas un problème. "Distant Shores of Oblivion" semble d’ailleurs très inspiré du duo autrichien, on pourrait même y entendre des réminiscences du mythique "A New Power Is Rising", de-ci, de-là. Les influences de la Dame, quoique visibles, se combinent parfaitement et la mixture constitue une œuvre forte et originale dans un univers trop souvent austère.

J’ai toujours été plus « team Aragorn et Galadriel » que « team Sauron-Nazgûl », mais là… je me pose des questions… Dame Silú de Mordomoire donne ses lettres de noblesse au dungeon synth, le parant d’atours propres à la musique gothique. Dotée d’une voix magnifique, elle fait d’Ordeals une ode à la brume et aux donjons poétiquement maléfique. À consommer sans modération.





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