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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 22 septembre 2020
Sa note : 15/20

LINE UP

-Pierre Avril
(chant)

-Sheitan
(programmation)

Guests 

-Rats
(guitare - tracks 1, 4, 6, 9 et 11)


TRACKLIST

1) To the Sun and the Stars
2) Under My Skin
3) Love Is the Key
4) Redo Confined 16 bit
5) Stardust
6) The Demon
7) That Was Before
8) The End Is Near The End Is Here
9) Heil Stalin
10) The Immaterial
11) 99%
12) Living in Light (Clear Denial)
13) Murdered By the Light
14) Nothing Ever Changes
15) Cagoule

DISCOGRAPHIE


Cagoule - Effondrement De La Normalité



Question : à quoi voit-on que la normalité a foutu le camp ? Au fait que les gens vendent père et mère pour un rouleau de P.Q. ? A la prolifération des fake news, théories de la conspiration et autres « social justice warriors » dans notre vie virtuelle ? Non ! La normalité fout le camp quand un groupe ose mettre le son du générique de la pub d’Antenne 2 (vous savez, la pomme… « ah doub doub doub doub doub… »). On est foutus les gars. Foutus.

David Lynch avait été interviewé sur Arte il y a fort longtemps, et on lui demandait quel type d’évènements l’inspiraient pour ses films. Il avait répondu qu’il aimerait bien qu’une grosse femme rentre dans le bar où se déroulait l’entretien, commande un hot dog, avant de proférer des mots obscènes et se mette à chanter. Modification de la normalité. David, ne cherche plus, ta grosse femme, c’est Cagoule. L’univers musical créé par Sheitan et Pierre « Punkosaur » Avril est au minimum décalé, au maximum complètement foutraque. Pas bordélique, attention, tous les titres se tiennent, même les plus dark-ambient, mais étrange. Comme si une orgie avait réuni groupes de deathrock – la voix de Pierre donne totalement dans ce registre –, d’electro et sideproject dark ambient de groupes de black metal. Un peu comme si Shadow Project se faisait besogner par In Sotto Voce, tandis que Nuclear Holocausto se paluchait en les voyant. Ça met mal à l’aise, hein ? Eh bien pas tant que ce premier album faisant la part belle à des « ballades » electro-deathrock où Pierre déclame ses textes, de la typique voix flottante et gémissante des batcaves, sous fond de mélodies presque agréables.
Sauf qu’elles ne le sont pas. Trop bizarres, trop vicieuses, trop décadentes. Rendez-vous compte : un titre comme "Living in Light", français jusqu’au bout des ongles (peints en noir), évoque, avec un peu d'imagination, le générique du commissaire Moulin et, plus généralement, les B.O. des films français des 70s/80s, tandis que "Nothing Ever Changes" nous donne l’impression d’assister à la dérive d’un chanteur de karaoké, resté seul dans le bar avec la grosse dame, qu’il compte se taper. Certains morceaux détonnent et permettent au duo de varier le propos : l’excellent "Under My Skin", par exemple, titre rythmé bien percutant, ou les plages dark ambient ("The Demon" ou l’ode centriste "Heil Stalin"), mais globalement, l’auditeur s’englue avec délectation dans ce Mondo Bizarre fait d’harmonies improbables. Un regret est cependant à formuler : l’adage « abondance de biens ne nuit pas » est une connerie. Sheitan et Pierre en ont trop fait et, même si chaque titre possède sa particularité, à partir de "Living in Light", une certaine impression de redondance commence à envahir nos tuyaux auditifs. Cagoule aurait peut-être dû raccourcir l’album ou introduire quelques titres rythmés supplémentaires. Il n’empêche : cet Effondrement De La Normalité est un OVNI digne du plus haut intérêt, pour tous les amateurs de bizarreries gothico-electro-industrielles, et tous ceux qui ont connu la pomme d’Antenne 2.

Scoop : sur le prochain album, Cagoule utilisera le jingle des Jeux de 20 heures ! En attendant la prochaine sortie, Effondrement De La Normalité est là pour bercer vos insomnies de titres dont la charge délétère vous feront regretter d’avoir perdu votre visa pour le pays de Morphée. Étrange mais structurée, cette ode à la fin du XXème siècle s’avère être une nouvelle bonne surprise dans cette année 2020 riche en sorties de qualité.




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