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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 07 octobre 2020
Sa note : 12/20

LINE UP

-John Gallagher
(chant+basse)

-Mark Gallagher
(guitare)

-Mike Heller
(batterie)

TRACKLIST

1) The Power
2) Top of the Mountain
3) Human Race
4) Metal City
5) Battlescarred
6) Cybertron
7) Motorheadin'
8) Not So Easy
9) Break
10) When Worlds Collide

DISCOGRAPHIE


Raven - Metal City
(2020) - heavy metal speed metal - Label : Steamhammer



Rare groupe de la New Wave of British Heavy Metal à ne pas s'être séparé depuis sa création, Raven force d'autant plus l'admiration à propos de sa longévité qu'il fut l'un des tous premiers de cette mouvance à voir le jour au cœur des seventies – avant Iron Maiden, par exemple. Depuis la sortie de Rock until You Drop en 1981, le fougueux gang des frères Gallagher (pas les ex-divas de stadiums à gros sourcils, mais ceux qui font vraiment du rock) a connu un parcours mouvementé, se cassant les dents comme tant d'autres spécimens de la NWOBHM sur le marché nord-américain au milieu des années quatre-vingts avant d'observer une pause forcée suite au grave accident dont a miraculeusement réchappé Mark, le guitariste, après qu'un mur lui est tombé dessus. La persévérance est certes une honorable qualité mais est-elle justifiée par la qualité de Metal City, le quatorzième LP des Geordies ?

Les livraisons récentes des rescapés, ou plutôt des ressuscités de la NWOBHM – Diamond Head, Tygers of Pan Tang, Angel Witch pour les plus fameux – n'incitent guère à un optimisme béat, grevées qu'elle sont par un songwriting atrophié et une énergie en berne. Le second point ne risque pas d'être opposé à Raven, qui envoie la sauce comme jamais – on est loin des dernières mollassonneries en date commises par Weapon et Vardis ! C'est bien simple, hormis sur le lourd "When Worlds Collide" en clôture et le mid tempo "Battlescarred", l'allure est quasiment aussi soutenue que sur un album d'Annihilator, une référence en terme de vélocité parmi les formations historiques. La raison de ce tempo frénétique est très probablement à chercher du côté de Mike Heller, la nouvelle recrue derrière les fûts, qui offre ses services à un nombre conséquent de collectifs, dont Fear Factory avec qui il a enregistré Genexus en 2015. Le New-Yorkais pas tout à fait quadragénaire s'autorise quelques blast beasts inédits chez le Corbak et donne un sérieux coup de fouet à cette influence majeure du speed et du thrash - il y a quarante ans - qui avait montré des signes d'apaisement sur la précédente livraison, ExtermiNation, celle-ci lorgnant par moment du côté d'un heavy carré à la Accept. C'est d'ailleurs Michael Wagener, membre fondateur de la mythique section germanique et producteur de nombreux chefs d'œuvre des eighties, qui a supervisé le son de ce Metal City : clair, équilibré et puissant, il évite à l'auditeur de se retrouver face à un énième rouleau-compresseur stéroïdé façon vétéran thrash qui montre les muscles, même si le rendu très mat de la batterie cède à la mode en vigueur – les tonnes de réverbération typique des années MTV auraient sans doute plongé l'enregistrement dans un passéisme dévalorisant.
Les conditions semblent idéales, malheureusement il manque l'essentiel : l'inspiration. Les plans heavy speed s'enchaînent mais aucune piste ne retient durablement l'attention. Les auditeurs indulgents relèveront que Metal City n'accuse pas de temps faible, les autres rétorqueront que les occurrences remarquables ne sont guère légion non plus. "Motorheadin'" et "Break", encore plus pressés et agressifs que la moyenne, flirtent avec le thrash mais c'est leur rapidité d'exécution qui en fait le sel, moins l'accroche assez limitée de leur riff ou de leurs mélodies. Les interprètes ne sont guère à blâmer, bien que les rétifs aux glapissements outrés de John Gallagher risquent de n'apprécier que modérément la prestation vocale du bassiste-chanteur qui ne s'économise guère derrière le micro : ses stridences étranglées proches de celles que son cadet Peavy Wagner nasillait aux débuts de Rage font partie intégrante de l'identité de Raven, pour le meilleur et pour le pire - à prendre ou à laisser. Son frère, quant à lui, fait preuve d'une réjouissante dextérité à la six-cordes et démontre qu'on peut encore améliorer la pratique de son instrument de prédilection à soixante berges. Les regrets sont d'autant plus vifs de l'entendre enquiller des motifs sans originalité et mouliner le plus souvent en mode automatique entre deux solos décoratifs.


Débaroulant à toute blinde comme aux plus beaux jours, Raven prouve avec Metal City que l'accumulation des décennies n'est pas forcément synonyme de dévitalisation et de nonchalance, rendant des points en termes de dynamisme à tous leurs homologues du heavy metal britannique ayant surgi à l'aube des années Thatcher. Hélas, à trop privilégier la vitesse, le trio perd en efficacité et peine à composer des titres marquants – un constat qui vaut, finalement, pour bon nombre de ses réalisations en studio. Ne dévoilant aucune capacité à surprendre, les doux dingues de Newcastle et leur nouveau batteur surcompétent accouchent néanmoins d'une œuvre solide à la production avantageuse que bien des sections besogneuses de metal old school passant leur temps à les imiter seraient sans doute ravis d'ajouter à leur discographie. Rien que pour cela, la performance de Raven mérite le respect.




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