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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 24 novembre 2020
Sa note : 13/20

LINE UP

-Gustaf Henrik "Henke" Palm
(chant+guitare+claviers+basse+percussions)

Ont participé à l’enregistrement :

-Kicki Karlsson
(chœurs)

-Johan Törnqvist
(chœurs+guitare+claviers)

-Sofia Rydahl
(claviers)

-David Lundberg
(claviers)

-Benke Höckert
(basse sur "Destroyer")

-Tor Sjödén
(batterie sur "Destroyer")

-Reima Daniel Mojjo Moilanen
(batterie+percussions)

-Martin "Konie" Ehrencrona
(percussions+programmation)

TRACKLIST

1) Bully
2) Sugar
3) Concrete Antichrist
4) Given Demon
5) Destroyer (Twisted Sister Cover)
6) Nihil
7) Nihilist
8) Last Christmas

DISCOGRAPHIE

Many Days (2017)
Poverty Metal (2020)

Palm, Henrik - Poverty Metal



Henrik Palm est un jeune bourlingueur de la scène metal suédoise ayant filé pas mal de coups de main à des sections confidentielles en plus d'opérer dans In Solitude, sa formation principale aux accents heavy retro. Son incursion au sein du barnum Ghost aurait pu lui apporter une visibilité plus importante si 1) il n'y évoluait pas masqué 2) il n'avait pas quitté le projet AOR pseudo satanique sur fond de contentieux juridique avec son PDG. Plutôt que de remonter un nouveau groupe, Henrik Palm a décidé de sortir sous son propre nom un premier LP très prometteur, Many Days, sur lequel il révéla une personnalité à la fois diversifiée et singulière, au point qu'il est bien difficile d'anticiper ce qui pourrait se trouver sur le second.

Sans aller imaginer une conversion au r'n'b de ce rockeur pur jus, un éventuel retour à ses premières amours métalliques restait dans le domaine de l'envisageable, d'autant que celui qui tourna naguère avec Gehenna et Vampire s'est adjoint les services du batteur Daniel Moilanen - ex-The Project Hate MCMXCIX, session man pour Craft, batteur actuel de Katatonia - et fait publier son nouvel effort intitulé ironiquement Poverty Metal sur le label finlandais Svart records dont le catalogue contient quelques références stoner/ doom aux boots généreusement plombées telles que Callisto, Hallatar, Trees of Eternity, High Priest of Saturn, The Sabbathian ou encore Skepticism. Et l'hypothèse devient crédible sur les mesures liminaires de "Bully", dont la scansion pesante instaure une sensation d'asphyxie d'où s'extrait un chant clair légèrement déclamatoire à la David Bowie. Les guitares, quant à elles, sont incontestablement heavy - davantage que sur Many Days même si on n'est pas non plus chez Thergothon. Cette mise en bouche laisse cependant un goût d'inachevé qui était inconnu sur Many Days. Est-ce la transition trop étirée menant à un solo déstructuré peu réjouissant en guise de final ?
Si la variété prônée par l'ex-Chainwreck est à nouveau de mise, une occurrence plus alerte devrait suivre. Raté. "Sugar" se meut à un rythme traînant, tournant sur un cycle de couplets aux chœurs plutôt plaisants tout juste interrompus par une déflagration de guitare. Un crescendo initié par un clavier timide à la fin du long parcours ne suffit pas néanmoins à tromper une monotonie qui confirme le sentiment initial : quelque chose s'est perdu entre les deux albums. Certes, avec "Concrete Antichrist", Palm renoue avec les ambiances énervées qui secouaient les meilleurs moments de Many Days, le chant en duo masculin/ féminin offrant un joli refrain. Mais une fois encore, le morceau s'achève de manière assez terne, avec ce solo aux synthés qui se contente de reprendre la mélodie, sans retour au thème. Ce petit truc qui manque, ce sursaut d'inspiration que l'on attend en vain pour exploiter les bonnes idées concerne, hélas, la totalité des titres, dont le terminal et instrumental "Last Christmas", énième tentative de réinterprétation de "Black Sabbath" qui ne décolle jamais contrairement à son vénérable modèle ou encore la reprise toute aussi empesée de "Destroyer" des bariolés eighties de Twisted Sister en mode stoner fantomatique à la Kyuss.
Dans ce lot de frustrations, ce sont les pistes les plus enlevées, à défaut d'être nerveuses, qui sont les plus convaincantes : l'énergique "Nihilist", en contraste avec le délicat intermède tintinnabulant qui la précède, et surtout le single "Given Demon" aux martèlements vigoureux et inflexions vocales évoquant Queens of the Stone Age, judicieusement conclu par des arpèges mélancoliques teintées au vibraphone, en écho ténu (et involontaire, à n'en pas douter) de l'émouvante rupture qui illumine "Les Chemins de Traverse" de Moodoïd. Alors oui, la séquence ne débouche sur rien d'autre que son propre decrescendo, le refrain est un peu alambiqué et les couplets sont sans doute trop bavards. Toutefois, étant donné le contexte déceptif, on s'en contentera.


Tout aussi diversifié et sombre que son prédécesseur, un peu plus lourd aussi, Poverty Metal témoigne de l'aptitude d'Henrik Palm à tisser une atmosphère subtilement décadente où le cristal alterne avec le goudron, la beauté succède à la crasse. Malheureusement, une écriture trop relâchée ne permet pas de porter les chansons au même niveau d'allégresse que ceux du précédent recueil. Sans être totalement prévisible, le Scandinave a perdu de sa capacité à surprendre alors que celle-ci est au fondement même de sa démarche. Un paradoxe qui lui faudra résoudre rapidement s'il veut intéresser un autre public que ses potes des studios d'enregistrement ou les snobs pour qui le style a plus d'importance qu'une bonne compo.





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