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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 23 janvier 2021
Sa note : 14/20

LINE UP

-Tymon Kruidenier
(chant+guitare)

-Robin Zielhorst
(chant+basse)

-Yuma van Eekelen
(batterie)

TRACKLIST

1) Unravel
2) Weeping Lead
3) The Heart’s Whisper
4) Motherly Flame
5) Passing By
6) Face Them
7) Your Night, My Dawn
8) You Take
9) With Hands Torn Open

DISCOGRAPHIE


Our Oceans - While Time Disappears
(2020) - rock prog - Label : Long Branch Records



Il aura fallu cinq années à Tymon Kruidenier pour donner vie au successeur du premier album aux charmes délicats de Our Oceans, un délai dont le Batave a profité pour dissoudre Exivious, son groupe de death metal technique instrumental, constatant que « le chant lui permettait de s'exprimer d'une manière qu'il ne pourrait jamais atteindre à la guitare ». L'atout principal du collectif a donc été clairement identifié et il y a fort à parier qu'il sera particulièrement mis en valeur sur la nouvelle réalisation dénommée While Time Disappears. Au risque de la déséquilibrer ?

Et bien non. Les interventions vocales de Kruidenier garnissant déjà généreusement Our Oceans, « plus » signifierait... « tout le temps », ce qui est difficilement envisageable. Cependant, il n'est pas question non plus de « moins », tant les vocalises du leader imprègnent l'enregistrement. Celles-ci se font plus diversifiées que sur le LP inaugural, traçant un relief découpé, aux dénivelés plus prononcés. L'artwork rocailleux aux couleurs chaudes offre un contraste sans ambiguïté avec les chatoiements liquides du précédent. Certes les inflexions à la Jeff Buckley de Kruidenier, saisissantes de mimétisme sur "The Heart’s Whisper " ou encore "Motherly Flame", sont toujours aussi fiévreuses, mais tendent à exploser en une rage qui n'est plus contenue, comme en témoigne le trépidant single "Unravel" en ouverture. Alors, finies les mélopées cousues au bord de l'âme ? Que les fans se rassurent, elles sont toujours présentes - sur "The Heart’s Whisper" par exemple, se faisant plaines et dépressions avant les brusques montées vers les cimes intenses. Et c'est sans doute là que le bât blesse. Parfois.
Car à force de jouer sur l'effet de contraste, la formation réduite à trois membres met en péril la cohérence de ses compositions, comme si elle préférait sacrifier les parties calmes pour davantage mettre le paquet sur les passages les plus vigoureux. Certes le constat ne vaut pas en permanence – radieuse exposition sur "Passing By" – mais les thèmes réellement marquants font défaut, les instrumentistes se faisant trop discrets au moment d'emballer la machine – frustrant final du même "Passing By". Alors qu'un dialogue d'égal à égal entre la six-cordes du boss et la basse agile de Zielhorst semblait plausible en raison du départ non remplacé du deuxième guitariste, cette dernière se révèle étonnamment discrète, tout du moins en comparaison de ses miaulements gracieux qui jalonnaient Our Oceans. Heureusement le collectif n'a pas entièrement perdu son mojo, loin s'en faut, et distille quelques séquences réjouissantes, voire étonnantes, à l'instar du spectral "Your Night, My Dawn" sous influence trip hop. Et quand le trio décide enfin de lâcher les chevaux, il délivre le titre le plus convaincant du recueil, "Face Them", nerveux et enlevé, bonifié par un refrain addictif qui rattrape aisément une transition dissonante un peu trop longue.


Non, le chant n'est aucunement un problème sur While Time Disappears, mais en voulant injecter une dose de rugosité à ses sonorités délicates, les membres de Our Oceans ont en partie déstabilisé leur monde fragile, sans parvenir à le faire muter tout à fait vers un ailleurs plus dynamique. Restent des moments de grâce et quelques embardées revigorantes. Et, donc, le timbre enchanteur de Tymon Kruidenier. Une osmose reste à trouver : la prochaine fois, espérons-le.





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