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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 25 janvier 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Raymond "Ray Alder" Balderrama
(chant)

-James "Jim" Matheos
(guitare)

-Frank Aresti
(guitare)

-Joseph "Joe" DiBiase
(basse)

-Mark Zonder
(batterie)

TRACKLIST

1) Outside Looking In
2) Pale Fire
3) The Strand
4) Shelter Me
5) Island in the Stream
6) Down to the Wire
7) Face the Fear
8) Inward Bound
9) Monument
10) Afterglow

DISCOGRAPHIE


Fates Warning - Inside Out
(1994) - metal prog - Label : Massacre Records



Trouver un point commun entre Fates Warning et Pantera, hormis les termes « metal » et « parité ? Connais pas », semble relever de la mission impossible. Et pourtant, le déroulé de leur carrière présente de troublantes similitudes : les deux formations sont apparues au début des années quatre-vingts, ont changé de chanteur au bout de trois albums, de style au cinquième – Pantera plus radicalement que Fates Warning - et abordent les années quatre-vingt-dix avec un LP de référence qui les a placés dans les groupes qui pèsent, Pantera plus que Fates Warning. Lorsque le dernier nommé sort Inside Out en 1994, il reste sur la sortie du salué Parallels, son Cowboys from Hell. Sera-t-il capable de monter une marche supplémentaire pour délivrer l'équivalent d'un Vulgar Display Of Power ?

La comparaison s'arrête là. Le metal proposé de part et d'autre ne relève pas vraiment de la même catégorie, celui de Fates Warning ayant toujours été plus « complexe », même durant la période power à voix de fausset qui l'assimilait à un pastiche de Queenrÿche, à l'époque où la bande de Michael Wilton était elle-même souvent considérée comme une copie besogneuse d'Iron Maiden. L'affaire ne partait pas sur des bases idéales. Et puis miracle ou prise de conscience, les Nord-Américains ont trouvé leur voi(e)(x) et mijotent depuis le tournant des nineties un metal progressif assez personnel, fondé davantage sur la mélodie que la démonstration technique. Une démarche en apparence plus humble – moins ambitieuse diront les fans de Dream Theater – qui est reconduite dans son intégralité sur Inside Out, au point que les refrains de "Outside Looking In" et "Down to the Wire" rappellent de manière assez nette respectivement ceux de "Leave the Past Behind" et "We Only Say Goodbye" qui figuraient aux mêmes positions sur Parallels (1991). L'inspiration n'a pas varié d'un iota entre les deux réalisations, tout juste peut-on relever une production (encore) plus limpide sur Inside Out, dont bénéficie notamment la batterie qu'il est enfin plaisant d'entendre sur un enregistrement de Fates Warning.
Quasiment toutes les pistes sont menées à bonne allure, sans donner dans l'excès de vitesse, et sont bâties sur un canevas identique : un thème d'exposition incisif qui capte l'attention, suivi d'un couplet légèrement en-dedans qui sert de transition à un refrain ultra-mélodieux sans être putassier auquel succède un bref solo introduit par une séquence de « préparation » typiquement prog à la pertinence aléatoire aboutissant à la répétition ad lib du refrain. Ce calibrage génère une inévitable uniformisation sans que cela ne pose de réel problème, tant les refrains sont porteurs d'une émotion qui résonne dans le cristal de l'âme, incarnée par le chant intense de Ray Adler, définitivement repenti de ses vocalises insensées qui faisaient irrésistiblement penser à celles de Geoff Tate, son homologue de chez Queensrÿche. "Shelter Me", "Outside Looking In", "Pale Fire", "The Strand", "Down to the Wire" : autant de rengaines à la fois sophistiquées et fiévreuses, rehaussées dans leur grande majorité par des solos de six-cordes dont la force d'expression provient en partie d'une concision de bon aloi.
Seule exception, le long passage acoustico-hispanisant sur "Monument", occurrence loin d'être honteuse mais qui perd en impact ce qu'elle gagne en minutage. Sa consœur longue durée, "Island in the Stream", se distingue quant à elle par son absence de thème accrocheur, s'apparentant à une ballade en demi-teinte malgré ses passages délicats irisés de cordes crépusculaires sur lesquels Adler peine à s'adapter. Il se rattrape, tout en mélancolie, sur "Afterglow", conclusion cristalline suggérant le glissement d'un modeste esquif disparaissant dans les ultimes lueurs du jour. Cependant, et paradoxalement, c'est un morceau au refrain moins marquant, "Face the Fear", qui se révèle le plus percutant, grâce à un riff tendu et une réjouissante syncope sur le couplet, prélude à une ligne de chant proprement habitée illuminant une composition dont la modulation finale, aussi paisible qu'inattendue, annonce l'onirique instrumental "Inward Bound", à la brièveté frustrante.


Qui a dit que le prog était froid ? Pas ceux qui ont écouté Inside Out, modèle de la variante metal d'un genre qui aura rarement été aussi sensible. En disciplinant une écriture d'autant plus convaincante quand elle s'en tient au format chanson, Fates Warning s'éloigne des délires conceptuels et des batailles d'instrumentistes en mal de reconnaissance trop souvent en vogue dans le milieu. La section du Connecticut offre ainsi son recueil le plus cohérent paru jusqu'alors, mais aussi le plus sincère. Et le plus touchant.



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