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CHRONIQUE PAR ...

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Oriza
Cette chronique a été mise en ligne le 08 février 2021
Sa note : 14/20

LINE UP

-Ryanne Van Dorst
(chant+guitare+piano+ synthétiseur+percussions)

-Nick Polak
(guitare)

-J.B. Van Der Wal
(basse)

-Micha Haring
(batterie)

TRACKLIST

1) Sulphur & Starlight
2)
Wolf Moon
3)
God Particles
4)
Summerland
5)
A Glass Forest
6)
The Well's Run Dry
7)
Ode To The Future
8)
Be Your Sins
9)
Dust & Shadow

DISCOGRAPHIE


Dool - Summerland
(2020) - rock prog Dark rock, gothic rock - Label : Prophecy Productions



Le chant des sirènes... Ce doux sortilège qui vous entraîne inexorablement vers les fonds marins. C'est en effet le timbre envoûtant de Ryanne Van Dorst qui m'a attirée dans les brumes pourpres de Summerland. Dans des eaux plus calmes que tumultueuses, mais néanmoins sombres et profondes. À vous de voir si vous préférez, tel Ulysse, vous attacher au mât pour goûter la musique de Dool, ou si comme son équipage, vous choisissez de boucher vos oreilles pour passer votre chemin. Je vous recommande l'option cordes serrées, ou vous risquez de rater un bien beau trésor !

Il faut innover dis-tu ? Rester sur les sentiers battus c'est lassant ? Ce n'est pas ce que tu as dit la dernière fois que ta mère t'a servi un écrasé d'avocat sur lit d'asperges marinées à la coriandre au lieu de ces bonnes lasagnes traditionnelles que tu adores depuis tout petit ! Quand c'est bon, c'est bon, et puis c'est tout ! Car oui, en effet, Summerland n'est pas l'album le plus inventif de l'année. Mais la beauté se suffit à elle-même et au diable l'originalité. Dool c'est beau. Simple et beau. Les sonorités tout d'abord. La production est très pure avec des choix de sons qui varient peu d'un morceau à l'autre, créant une identité claire et élégante. Si sur l'album Here Now There Then la voix, en retrait, était très travaillée avec des effets multiples, ici elle est au contraire très épurée et bien mise en avant. Et c'est un excellent choix car, vraiment, le timbre unique de Ryanne mérite d'être naturel et placé au premier plan. Par moments, sur "Wolf Moon" par exemple, la construction des riffs m'évoque Tribulation. Je ne sais pas si c'est un hasard ou si la patte de Martin "Konie" Ehrencrona est à ce point reconnaissable. L'écriture ensuite. Ryanne Van Dorst, multiinstrumentiste de talent et sirène de mon cœur, est à l'origine de presque toutes les compos. L'artwork pour terminer. Là encore, une grande simplicité. Un dépliant minimaliste en guise de livret et une très belle cover de l'artiste Nona Limmen. Si vous aimez l'ambiance sorcières, branches biscornues, mains crochues, chauves-souris gothiques, le tout entre flammes et fumées, allez vous perdre quelque temps sur son site. Le groupe propose une version double CD avec un livret composé de photos réalisées par cette artiste.

Les refrains de "Sulphur & Starlight" et "Be Your Sins" possèdent ce petit truc qui fait frissonner jusqu'au bout des poils. Sur "God Particle" ce sont surtout les rythmiques tribales qui vous embarquent pour un sabbat nocturne, dans une litanie hypnotique qui tourne et tourne sans fin. Moi qui ne suis pas du tout ballade classique, je suis pourtant touchée par "Summerland", car tant de douceur et cette voix (comment ça je me répète ?) ne peuvent laisser de marbre, et si vous résistez alors le final instrumental et la coda au piano se chargeront d'abattre vos dernières défenses. Summerland c'est aussi un voyage à travers le temps avec des accents seventies psychédéliques tels que "The Well's Run Dry", ou disco comme "Be Your Sins". La section rythmique est solide et maîtrisée, offrant des fondations inébranlables pour la construction de l'ensemble. Ainsi, peuvent se développer beaucoup de passages instrumentaux, beaucoup de solos au travers desquels les musiciens s'expriment pleinement. Le synthétiseur, assez discret et modeste, apporte tout de même une indispensable ambiance, toile de fond de l'album, avec une palette de sons très variée. "Dust & Shadow", dernière pierre à l'édifice, triste et délicieuse, clôture l'album avec mélancolie. Sur la version augmentée le groupe propose deux morceaux bonus que je n'ai pas pu écouter (c'est bien dommage puisque l'un de ces bonus, "Khione", a pour invitée Farida Lemouchi, soeur de feu Selim Lemouchi, fondateur de The Devil's Blood).

Summerland est techniquement irréprochable, simple et extrêmement bien réalisé. L'ambiance gothique, à la fois ténébreuse et énergisante, est exprimée à travers des sons limpides. On n'est pas face à un extraordinaire chef d’œuvre, mais à une réalisation de grande qualité qui mérite de s'y attarder. Pas de quoi se perdre pendant vingt ans loin des côtes d'Ithaque, mais de quoi se laisser porter avec délice dans les eaux de la mer du Nord. Joli trésor, donc, à ne pas laisser au fond de la cale.







The call of the mermaids... This sweet spell that takes you inexorably to the seabed. It is indeed the bewitching voice of Ryanne Van Dorst that drew me into the crimson mists of Summerland. In waters more calm than tumultuous but nevertheless dark and deep. It's up to you, like Odysseus, to prefer to tie yourself to the mast to taste Dool's music, or, like his crew, to choose to cover your ears to pass your way. I recommend the tight rope option, or you might miss out on a great treasure!

You have to innovate, you say? Staying on the beaten track is boring? That's not what you said the last time your mother served you a crushed avocado on a bed of coriander-marinated asparagus instead of that good traditional lasagna you've loved since you were a child! When it's good, it's good, and then that's it! Because yes, indeed, Summerland is not the most inventive album of the year. But beauty is enough by itself and the hell of originality. Dool is beautiful. Simple and beautiful. Sounds first. The production is very pure with sound choices that vary little from one song to another, creating a clear and elegant identity. If on the album "Here Now There Then" the voice, in the background, was very reworked with multiple effects, here it is on the contrary very pure and well put forward. And it's an excellent choice because Ryanne's unique voice really deserves to be natural and put in the foreground. Sometimes, on "Wolf Moon" for example, the riffs construction recalls Tribulation. I don't know if it's a coincidence or if Martin "Konie" Ehrencrona's style is so recognizable. The writing then. Ryanne Van Dorst, talented multi-instrumentalist and mermaid of my heart, is at the origin of almost all the compositions. The artwork to finish. Again, a great simplicity. A minimalist leaflet and a beautiful cover by the artist Nona Limmen. If you like the atmosphere of witches, twisted branches, hooked hands, gothic bats all between flames and smoke, go and lose yourself for a while on her site. The band sells a double CD version with a booklet with photos made by this artist.

The choruses of "Sulphur & Starlight" and "Be Your Sins" have this little trick that makes you shiver to the bones. On "God Particle" it is especially the tribal rhythms that take you away for a night Sabbath, in a hypnotic litany going round and round endlessly. I, not at all a classical ballad person, am nevertheless touched by "Summerland", because so much sweetness and this voice (do I repeat myself?) cannot leave you unmoved, and if you resist the instrumental finale and the piano coda will knock down your last defenses. Summerland is also a journey through time with seventies psychedelic pieces like "The Well's Run Dry" or disco sounds like "Be Your Sins". The rhythmic section is strong and mastered offering an unshakeable foundation for the construction of the whole. Thus, many instrumental passages can be developed, many solos through which the musicians express themselves fully. The keyboards, rather discreet and modest, still brings an indispensable atmosphere, the backdrop of the album, with a very varied palette of sounds. "Dust & Shadow", the last stone in the edifice, sad and delicious, closes the album with melancholy. On the augmented version, the band offers two bonus tracks that I couldn't listen to (it's a shame since one of these bonus tracks, "Khione", features Farida Lemouchi, sister of the late Selim Lemouchi, founder of The Devil's Blood).

Summerland is technically flawless, simple and extremely well done. The gothic atmosphere, both dark and energizing, is expressed through limpid sounds. We are not facing an extraordinary masterpiece, but a high quality realization that deserves to linger. No reason to be lost for twenty years far from the coast of Ithaca, but something to float with delight into the North Sea waters. Nice treasure, therefore, not to be left at the bottom of the ship's hold.


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