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CHRONIQUE PAR ...

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Oriza
Cette chronique a été mise en ligne le 10 mars 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Shane McCarthy
(chant+guitare+claviers sur "Vaudeville")

-Isaac Faulk
(chant+claviers+batterie)

-James Hansen
(chant+basse)

-Joe Strong-Truscelli
(guitare+claviers sur "The Curtain Pulls Back")

Ont participé à l'enregistrement :

- Kelly Schilling
(chant sur "Vaudeville")

-Anthony Limon
(alto sur "The Curtains Pull Back")

-Colin James Marston
(claviers sur "The Crimson Rider" et "Masquerade of the Gunslinger")

TRACKLIST

1) The Curtain Pulls Back
2) The Crimson Rider (Gallows Frontier, Act I)
3) The Iron Horse (Gallows Frontier, Act II)
4) Fire & Gold
5) Masquerade of the Gunslingers
6) Intermission
7) Vaudeville

DISCOGRAPHIE


Wayfarer - A Romance with Violence
(2020) - black metal - Label : Profound Lore Records



(For English version, scroll down)

Le pistolero se prépare. Il récite sa ritournelle : « Je ne vise pas avec ma main. Celui qui vise avec sa main a oublié le visage de son père. Je vise avec mon œil. Je ne tire pas avec ma main. Celui qui tire avec sa main a oublié le visage de son père. Je tire avec mon esprit. Je ne tue pas avec mon arme. Celui qui tue avec son arme a oublié le visage de son père. Je tue avec mon cœur. » La balle jaillit et suit sa trajectoire impeccable. Directement dans la cible. En plein cœur.


Wayfarer vous présente A Romance with Violence. Une belle introduction au piano honky tonk et violon alto puis le rideau se lève et le récit vous happe. Dès les premiers accords de "The Crimson Rider", la réaction est épidermique. Quel son sublime ! Chaque riff est exploité à fond. Il est tourné et retourné afin d'en extraire l'essence jusqu'à la dernière goutte. Le jeu de batterie d'Isaac Faulk est d'une rare richesse, tout en subtilité et diversité. A Romance with Violence est un hybride parfait. Tout comme Stephen King propose dans son monument La Tour Sombre le plus abouti des westerns dans un univers apocalyptique post-moderne, ses compatriotes de Wayfarer réussissent le mariage idéal entre des univers qui semblent antagonistes. Ici, nos pistoleros évoluent entre plaines immenses du Colorado et forêts vertigineuses de Norvège. Un black dans sa plus belle tradition avec un sens de la construction très aiguisé au service d'une avancée narrative tout simplement géniale ! Six minutes que les choses sérieuses ont débuté, vous vous croyez dans une certaine zone un peu connue bien que délicieuse, et soudain, rebondissement. Mais d'où sortent ces rythmes ? Et ces sons, quelle finesse, quelle précision ! À ce moment on sent clairement les racines états-uniennes dans ce qu'elles peuvent offrir de plus beau. Les couches se superposent, se répètent, pour vous entraîner dans une transe onirique, l'histoire se déroule tout autour, on ne peut qu'être plongé au cœur de l'intrigue. Neuvième minute et de nouveau les arbres gigantesques dominent l'horizon sous un ciel étoilé, les guitares à nouveau plus électriques, sauvages, acharnées. Et ce n'est que le premier morceau !

La deuxième partie de "Gallow Frontier" semble plus proche des ancêtres blackeux, plus respectueuse des fondements de base. Mais on ne tombe jamais dans les clichés. Tout transpire la sincérité qui jaillit des entrailles. Ces petits roulements de cymbales : OH MY GOD ! Arpèges légèrement discordants dans un esprit piano de saloon, envolées lyriques dans les vapeurs de whiskey, growl délectable laissant place au chant clair sur fond d'orgue Hammond et d'accords de piano... Et toujours ces rythmiques habitées aux sonorités parfaites. Le tout s'achève dans un déraillement synthétique moderne comme pour vous rappeler brutalement que vous êtes bien dans ce XXIe siècle décadent et à l'agonie et que cet instant de lâcher prise n'est finalement qu'un rêve en cinémascope. Tantôt filant dans un train à vapeur lancé à pleine vitesse, tantôt marchant seul dans les montagnes d'Europe du Nord, tantôt chevauchant dans les plaines désertes, entre mélodies de guitares épurées, basse séduisante tenant son rôle épais et sobre, riffs brutaux aux multiples strates, le tout sublimé par des rythmiques magistrales, A Romance with Violence porte bien son nom. Comment ne pas tomber violemment amoureux ? Comment ne pas être subjugué par ce sombre récit ?

L'artwork est sublime. L'écrin est parfait pour ce bijou de composition que nous offre Wayfarer. Outre une très belle galerie de portraits des musiciens, les références sont explicites : de beaux dessins façon gravure, évoquant des thèmes emblématiques : corde de pendu, pistolet, trains filant dans la nuit... Les paroles sont des poèmes entre espoirs et désillusions. Wayfarer rêve d'un monde dans lequel les violences telles que l'oppression ou la tyrannie n'auraient pas leur place. Un monde où les pistoleros ne seraient présents que dans les mythes et les chansons et non dans les rues. Roland de Gilead approuverait, si fait ! Le voyage s'achève en apothéose. "Vaudeville", hommage assumé à l'univers musical d'Ennio Morricone est une merveille absolue ! C'est le genre de morceau pour lequel on se dit « putain, comment pourrais-je avoir un autre pilier musical que le metal ? Comment ne pas vibrer, respirer, aimer, jouir, hurler, vivre metal ? ».

Shane, James, Joe et Isaac vous convient, non pas pour un simple voyage musical, mais bien pour une immersion totale au cœur d'un roman complet. Corps et âme sont visés et touchés. Ma conclusion sera courte car elle ira droit au but. A Romance with Violence est un immense album ! De ceux qui bouleversent.





The gunslinger is getting ready. He recites his litany: « I don't aim with my hand. He who aims with his hand has forgotten the face of his father. I aim with my eye. I do not shoot with my hand. He who shoots with his hand has forgotten the face of his father. I shoot with my mind. I do not kill with my gun. He who kills with his gun has forgotten the face of his father. I kill with my heart. » The bullet bursts out and follows its impeccable line. Straight to the target. Directly through the heart.

Wayfarer presents A Romance with Violence. A beautiful introduction with honky piano and viola then the curtain rises and the story catches you. From the first strains of "The Crimson Rider", the reaction is epidermal. What a sublime sound! Each riff is exploited to the limit. It is turned and twisted over and over to extract the essence of it to the last drop. The drums of Isaac Faulk are of a rare value, subtle and varied. A Romance with Violence is a perfect hybrid. Just as Stephen King sets in his monumental The Dark Tower - the most accomplished of westerns in a post-modern apocalyptic universe - his compatriots of Wayfarer succeed in the ideal union between universes that seem antagonistic. Here, our gunslingers evolve between the vast plains of Colorado and the vertiginous forests of Norway. A black metal in its finest tradition with a very sharp sense of construction serving a brilliant narrative! The serious things began six minutes ago, you believe you are in a certain zone already known although delicious, and suddenly, a twist. But where do these rhythms come from? And these sounds, what delicacy, what sharpness! At this point you can clearly feel the American roots in the most beautiful they can give. The layers are superposed, repeated, to lead you into a dreamlike state, the tale going all around, pushing you deep in the heart of the story. Ninth minute and again the gigantic trees dominate the horizon under a starry sky, the guitars again more electric, wild, fierce. And this is only the first track!
The second part of "Gallow Frontier" seems closer to the Black Metal ancestors, more respectful of the basic foundations. But we never fall into clichés. Everything transpires the sincerity which springs from the guts. Those little cymbal rolls: OH MY GOD! Slightly discordant arpeggios in a saloon piano spirit, lyrical flights in the whiskey vapors, delectable growl giving way to clear vocals on a background of Hammond organ and piano chords... and always these insane rhythms with perfect sounds. The whole thing ends in a modern synthetic derailment brutally reminding you that you are indeed in this decadent and dying XXIst century and that this moment of letting go is just a dream in cinemascope. Sometimes running in a steam train launched at full speed, sometimes walking alone in the Northern Europe mountains, sometimes riding in the deserted plains, between melodies of clean guitars, silky bass in its thick and sober role, rough riffs in multiple layers, the whole sublimated by brilliant rhythmic, A Romance with Violence is well named. How not to fall violently in love? How not to be subjugated by this dark story?
The artwork is gorgeous. The setting is perfect for this jewel that Wayfarer offers us. In addition to a beautiful gallery of portraits, the references are explicit: nice drawings like engravings, evoking emblematic themes: hanging rope, gun, train running in the night... The lyrics are poems between hopes and disillusions. Wayfarer dreams of a world in which violence such as oppression or tyranny would have no place. A world where the gunslingers would only live in myths and songs and not in the streets. Roland of Gilead would approve! The journey ends in a climax. "Vaudeville", a tribute to the musical universe of Ennio Morricone is an absolute wonder! It's the kind of song for which you think « How could I fucking have another musical mainstay than metal music? How could I not vibrate, breathe, love, thrill, scream, live metal? ».


Shane, James, Joe and Isaac invite you, not for a simple musical journey, but for a total immersion in the heart of a complete novel. Body and soul are targeted and touched. My conclusion will be short because it will go straight to the point. A Romance with Violence is an awesome album! One of those which shakes.


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